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PRESENTATION DE LA BEAUCE A NOTRE-DAME DE CHARTRES

JL/toile de la mer, voici la lourde nappe

Et la profonde houle et l'océan des blés

Et la mouvante écume et nos greniers comblés,

Voici votre regard sur cette immense cbape

. Et voici votre voix sur cette lourde plaine Et nos amis absents et nos coeurs dépeuplés, Voici le long de nous nos poings désassemblés Et notre lassitude et notre force pleine.

Etoile du matin, inaccessible reine, Voici que nous marchons vers votre illustre cour, 1 Et voici le plateau de notre pauvre amour,

Et voici 1 océan de notre immense peine.

Un sanglot rode et court par delà l'horizon,

A peine quelques toits font comme un archipel.

Du vieux clocher retombe une sorte d'appel.

2 L épaisse église semble une basse maison.

Ainsi nous naviguons vers votre cathédrale. De loin en loin surnage un chapelet de meules,

3 Rondes comme des tours, opulentes et seules Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux. Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux Un reposoir sans fin pour 1 âme solitaire.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite. Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents 3ur ce large éventail ouvert à tous les vents La route nationale est notre porte étroite.

Nous allons devant nous, les mains le long des poches, 3ans aucun appareil, sans fatras, sans discours, D'un pas toujours égal, sans hâte ni recours, Des champs les plus présents vers les champs les plus

proche - .

Nous sommes nés pour vous au bord de ce plateau, Dans le recourbement de notre blonde Loire, Et ce fleuve de sable et ce neuve de gloire N est là que pour baiser votre auguste manteau.

Nous sommes nés au bord de ce vaste plateau, Dans 1 antique Orléans sévère et sérieuse, Et la Loire coulante et souvent limoneuse N est là que pour laver les pieds, de ce coteau.

Nous sommes nés au bord de votre plate Beauce Et nous avons connu dès nos Tplus jeunes ans Le portail de la ferme et les durs paysans Et 1 enclos dans le bourg et la bêche et la fosse.

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Un homme de chez nous, de la glèbe féconde A fait jaillir ici d un seul enlèvement, Et d'une seule source et d un seul portement, Vers votre assomption la flèche unique au monde.

Xour de David voici votre tour beauceronne. C est 1 épi le plus dur qui soit jamais monté Vers un ciel de clémence et de sérénité, Et le plus beau fleuron dedans votre couronne.

Un homme de chez nous a fait ici jaillir,

Depuis le ras du sol jusqu au pied de la croix,

Plus haut que tous les saints, plus haut que tous les rois,

La flèche irréprochable et qui ne peut faillir.

C est la gerbe et le blé qui ne périra point, Qui ne fanera point au soleil de septembre, Qui ne gèlera point aux rigueurs de décembre, est votre serviteur et c est votre témoin.

C est la tige et le blé qui ne pourrira pas, Qui ne flétrira point aux ardeurs de 1 été, Qui ne moisira point dans un hiver gâté, Qui ne transira point dans le commun trépas.

C est la pierre sans tâche et la pierre sans faute, La plus haute oraison qu on ait jamais portée, La plus droite raison qu on ait jamais jetée, 9 Et vers un ciel sans bord la ligne la plus haute.

Celle qui ne mourra le jour d'aucunes morts, Le gage et le portrait de nos arrachements, L image et le tracé de nos redressements, La laine et le fuseau des plus modestes sorts.

Nous arrivons vers vous du lointain Parisis. Nous avons pour trois jours quitté notre boutique, Et 1 archéologie avec la sémantique, ÎO Et la maigre sorbonne et se^s pauvres petits.

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D autres viendront vers vous du lointain Beauvaisis Nous avons pour trois jours laisse notre négoce, Et la rumeur géante et la ville colosse, D autres viendront vers vous du lointain Cambrésis

Nous arrivons vers vous de Paris capitale. C est là que nous avons notre gouvernement, Et notre temps perdu dans le lanternement, Et notre liberté décevante et totale.

Nous arrivons vers vous de 1 autre Notre-Dame, De celle qui s élève au coeur de la cité, Dans sa royale robe et dans sa majesté, Dans sa magnificence et sa justesse d âme.

Comme vous commandez un océan d'épis, Là-bas vous commandez un océan de têtes, Et la moisson des deuils et la moisson des tètes 3e couche cbaque soir devant votre parvis.

13 Nous arrivons vers vous du noble Hurepoix. Cest un commencement de Beauce à notre usage,

14 Des fermes et des champs taillés à votre image, Mais coupés plus souvent par des rideaux de bois.

Et coupés plus souvent par de creuses vallées Pour 1 Yvette et la Biévre et leurs accroissements, Et leurs savants détours et leurs dégagements, Et par les beaux cbâteaux et les longues allées.

D autres viendront vers vous du noble Vermandois, Et des vallonnements de bouleaux et de saules. D autres viendront vers vous des palais et des geôles Et du pays picard et du vert Vendômois.

Mais cest toujours la France, ou petite ou plus grande \ô Le pays des beaux blés et des encadrements,

16 Le pays de la grappe et des ruissellements,

17 Le pays de genêts, de bruyère, de lande.

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