‹ La route du TchadChapitre 1 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Los origines de la mission. - Départ de France. — La côte occidentale d'Afrique. — Recrutement des tirailleurs. — Libreville. — Arrivée au Loango. — Organisation des caravanes. — 3Iœurs et coutumes des Loangos.

C'était au début de Tannée 1891. Mue par un élan nouveau, la France se portait vers les vastes entreprises coloniales. L'opinion publique tout entière était favorable aux expéditions lointaines. On semblait avoir compris enfin qu'il importait à toute nation puissante de se créer un empire colonial, qui serait l'entrepôt de toutes les matières premières destinées à alimenter nos industries, en même temps que le débouché le plus assuré pour l'écoulement des produits manufacturés.

Et toute cette jeunesse instruite, brillante, qui ne demande qu'à dépenser son savoir et son énergie, se lancera dans les entreprises hardies, et contribuera à faire la France forte chez elle, grande et respectée au dehors.

Chacun ayant compris tout cela, les vastes conceptions trouvaient

faveur.

Et puis. Ton savait que le moment du grand partage du Conti-

nent noir était sonné. Il importait de prendre d'emblée une place qui nous ferait, plus tard, lors d'une nouvelle convention politique européenne , une position prépondérante. Les routes par courues par les explorateurs, les traités signés par eux donnent, en effet, aux nations qu'ils représentent des droits imprescriptibles.

Depuis une année bientôt, Crampel était parti. Il avait conçu le plan de réunir, en les faisant pénétrer plus avant dans le cœur de l'Afrique, nos colonies du Sénégal au Congo par le Soudan, et du Congo à l'Algérie par les régions inexplorées qui s'étendent entre rOubangui et le Tchad. Projet grandiose, dont la conception seule faisait honneur à son auteur, et dont la réalisation lui eût assuré le premier rang parmi les explorateurs africains. Car Crampel prêchait d'exemple, et dans ce plan d'enseml)le, il s'était réservé une tâche à accomplir, la plus difficile peut-être.

Il devait remonter le Congo et l'Oubangui, pénétrer ensuite dans des territoires inconnus jusque vers le Tchad, et, une fois là, tenter la traversée, jusqu'aujourd'hui inaccomplie, du Sahara par le pays du Iloggar, et regagner ainsi l'Algérie.

Pour soutenir cette entreprise, le Comité de l'Afrique française, qui avait organisé déjà la mission Crampel, songeait à soutenir l'œuvre entreprise, en formant une nouvelle mission qui irait rejoindre celle en cours de route et qui, en lui apportant de nouveaux éléments de force, pourrait assurer son succès.

Après avoir été chargé, dans le cours des années 1889 et 1890, parles ministères de l'Instruction publique et de l'Agriculture, de deux missions scientifiques dans le Sahara, je songeais à reprendre mes études des territoires africains, mais en abordant, cette fois, le Continent noir par la côte occidentale.

Les choses en étaient là, lorsqu'à la fin du mois de janvier, je reçus un avis du secrétaire général du Comité de l'Afrique française : M. Percher m'invitait à venir m'entretenir avec lui. Il voulut bien me montrer quelle était la situation présente et le grand intérêt qu'il y avait pour la France à abandonner, pour le moment, toute action isolée pour concentrer tous les efforts dans l'accomplisscmcnt du plan d'ensemble conçu par Crampel. Il me dit c[ue

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