RETOUR EX FRANCE
prouvai de son tarrivée, amena dans mon état une amélioration sensible et de suite nous primes d'un commun accord nos dispositions pour repartir dans quelques jours, dès que les l^ateaux de l'administration seraient prêts. Guidé par l'expérience, je fis un choix parmi les nouvelles marchandises qui venaient d'Europe, pour n'emporter que celles qui nous étaient indispensables.
Mais, hélas! le mieux qui s'était manifesté dans mon état n'était qu'apparent et produit par l'espoir de repartir bientôt. Deux jours plus tard, je retombai dans un état tellement alarmant que l'excellent docteur Curaud, qui me prodiguait ses soins avec un empressement dont je lui garde une profonde gratitude, ne répondait plus de mon existence. Et lorsque je lui demandai dans combien de temps il pensait que je pourrais repartir, il me dit qu'il fallait renoncer à tout projet et essayer de gagner la côte, lorsque ma santé s'améliorerait.
La maladie triomphait de ma volonté. Désormais je ne pourrai plus être qu'une entrave à une marche rapide en avant. Quoi qu'd m'en puisse coûter, il fallait y renoncer. M. Maistre, qui arrivait de France, plein de santé, prendrait en main tout le personnel de sa mission et de la mienne. Je m'entretins longuement avec lui, le renseignant sur le pays parcouru et étudiant l'itinéraire à suivre pour continuer l'œuvre de pénétration. Il irait rejoindre le poste de la Kémo où personnel et marchandises l'attendaient, et de là, partirait vers le Nord, comme j'avais projeté de le faire moi-même.
Mon état s'aggravait encore. Un jour, je me réveillai d'une syncope et je vis tous les Européens réunis autour de ma couche. Je compris que le moment était décisif. Cependant je me remis.
J'avais emmené avec moi le fils de Bembé, le chef banziri. Je le confiai à M. Maistre pour qu'il le ramenât, car qui sait ce qu'il en sera de moi maintenant.
Le 2'i. avril, je vois partir M. Slaistre et je n'ai môme pas la force de l'accompagner jusqu'au bateau. — Ah! je le confesse, si en partant de France, au moment de me séparer de tous les miens, j'avais su garder l'œil sec, il n'en fut pas de même lorsqu'il me fallut renoncer à poursuivre la tâche qui m'avait été confiée. Je trouvai du
moins une consolation à songer que l'œuvre entreprise serait continuée utilement, puisque M. Maistre en prenait la charge dans ses mains vaillantes et qu'il était utilement secondé par les compagnons qu'il avait amenés de France et par ceux qui avaient fait partie de ma mission. Je savais, par les preuves que ces derniers m'avaient fournies en tant de circonstances, combien leur concours serait précieux. Je chargeai M. Maistre de leur dire ma gratitude pour le dévouement qu'ils avaient apporté à la cause que nous avions servie en conmiun, et aussi toute la douleur que j'éprouvais de me séparer d'eux.
MM. Brunache et Briquez devaient continuer à faire partie de l'expédition. MM. Bobichon, Chalot et Chaussé rentraient en France.
Le 27, je vis arriver M. le lieutenant de vaisseau Mizon, qui venait de FAdamazoua parla Sanga; combien je le félicitai du beau voyage qu'il venait de réaliser et dont les conséquences devaient être si utiles à la France I
Peu de jours avant lui, le capitaine Decœur, qui avait accompagné M. de Brazza, était revenu également à Brazzaville, atteint de graves accès de fièvre.
Le 3 mai nous partîmes, MM. Mizon, Decœur et moi, pour aller rejoindre la côte, en suivant le Congo et passant par l'État Indépendant.
De Brazzaville nous primes la route de terre jusqu'à Manyanga, qui est le point de frontière de notre territoire sur le bas Congo. Nous avions ainsi contourné les redoutables rapides de Livingstone. Après avoir traversé le fleuve en pirogue, nous nous embarquâmes dans un boat en fer appartenant à la Société Anonyme Belge, qui nous avait accordé l'hospitalité la plus large et la plus bienveillante, dans son importante factorerie de Manyanga, rive gauche. La descente du Congo jusqu'à Issanghila est pleine de péripéties émouvantes, car le courant est impétueux et plus d'une fois notre embarcation fut prise dans des tourbillons qui la firent valser sur ellemême sans que l'on sût comment on sortirait de ce pas difficile. Puis d'Issanghila nous allâmes par terre, — le cours du Congo est coupé par des chutes effroyables, — gagner les factoreries de Vivi en suivant la rive droite. Traversant une fois encore le cours du fleuve.