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La route fleurie

C'est la mort pâle et timide des choses ; Le ciel s'embrume et la lumière est floue Que murmure le soir aux bois moroses?

Par les rameaux la brise douce joue.

Voici tomber les pleurs vagues de l'ombre ; La voix des nuits bienveillantes s'est tue. La nuit est longue et la vallée est sombre. Entends gémir la forêt abattue.

CARISSIM/i: SACRVM 1 1

Les roses du matin ont parlé d'espérance.

Le ruisseau fraternel murmure doucement

Un hymne ; et l'hymne est pur, et l'hymne est si charmant !

L'heure sourit : c'est une heure de délivrance.

Ai-je connu déjà l'automnale souffrance?

Je ne sais plus. Le jour est beau, le jour clément,

Le soleil amical emplit le ciel, semant

De perles l'air et sa pieuse transparence.

La barque d'or léger glissera sur les flots, Le fleuve lumineux n'aura plus de sanglots ; Le fleuve va frémir au lent baiser des rames.

Entends là-bas la voix joyeuse des garçons A qui répond le chant ailé des jeunes femmes, Entends nos âmes qui sont pleines de frissons.

CARISSIM7E SACHVM 1 :i

Vois. Les nuages fuient. Le ciel s'égaie. On ne voit plus de larmes aux rosiers. Des yeux rieurs s'entr'ouvrent à la haie. Allons par les chemins extasiés.

Nous oublierons les noirs ennuis du monde. Le ciel sonore est tout semé d'oiseaux. Entends là-bas les murmures de Tonde Dont la fraîcheur caresse les roseaux.

Allons parmi l'amicale nature ;

Sa blonde voix nous charme et nous conduit,

Et nous avons fléchi la longue injure

Du ciel néfaste et de la lourde nuit.

CÀRISSIM7E SACRVM 15

L'or clément du raisin éclate aux lourdes treilles, Les chants des vendangeurs résonnent au lointain ; Le parterre devient plus beau quand tu t'éveilles, Des parfums plus subtils s'emparent du matin.

Les chants des vendangeurs résonnent au lointain. Un long frémissement s'attarde dans les branches. Des parfums plus subtils s'emparent du matin. Sitôt que s'ouvre la fenêtre où tu te penches.

Un long frémissement s'attarde dans les branches ; Des murmures sans fin enchantent la forêt. Sitôt que s'ouvre la fenêtre où tu te penches, Voici que rit gaiement la source qui pleurait.

Des murmures sans fin enchantent la forêt ; La brise lente joue en les feuillages frêles. Voici que rit gaiement la source qui pleurait, Les oiseaux viennent te saluer de leurs ailes.

La brise lente joue en les feuillages frêles; Quelque Dryade va paraître. L'air est pur. Les oiseaux viennent te saluer de leurs ailes ; Là-bas, dans le verger, vois briller le fruit mûr.

Quelque Dryade va paraître. L'air est pur. Les heureux vendangeurs descendent la colline. Là-bas, dans le verger, vois briller le fruit mûr ; Charme le clair matin de ta chanson divine.

CAHISSIM/i: SACRVM 17

Les heureux vendangeurs descendent la collino ; Les vendangeurs sont fiers du travail accompli. Charme le clair matin de ta chanson divine ; Les sons volent sans peur dans le jour embelli.

Les vendangeurs sont fiers du travail accompli, Le vin va ruisseler dans les cuves vermeilles. Les sons volent sans peur dans le jour embelli. L'or clément du raisin éclate aux lourdes treilles.

Voici qu'au mât divin de la barque flamboie

Le pavillon doré.

Et des ondes de paix s'élève un chant sacré,

Un chant de libre joie.

La voile a déployé ses heureuses couleurs Vers la claire aventure ;

Loin de nous, la brise fraîche, la brise pure Emporte les douleurs.

CARISSIM/K SACKVM 1!)

Au bord du fleuve, vois le tranquille sourire

Des arbres fraternels ; Ils ont des voix, ils nous font des signes réels

Où du soleil vient luire.

C'est toute la saison qui chante. Elle a guéri

Les blessures anciennes.

Songe : est-il des chagrins desquels tu te souviennes

Quand le ciel est fleuri ?

Regarde briller les corolles que tu cueilles

Près du fleuve clément.

Aimons-nous, bien-aimée, aimons-nous longuement

Sous la clarté des feuilles.

Un hymne a traversé l'espace ; Le printemps va naître ce soir, Le ciel en fleur est plein de grâce,

L'hiver, on causait à voix basse Comment rire sous le ciel noir ?

Un hymne a traversé l'espace.

La douce prairie était lasse,

0 soleil, de ne plus te voir.

Le ciel en fleur est plein de grâce,

Cakissim/i: SACRVM 21

Du nuage envieux qu'il casse Sort le jour, ardent au pouvoir.

Un hymne a traversé l'espace.

Le lierre vigoureux enlace Les arbres, enfants du terroir.

Le ciel en fleur est plein de grâce.

C'est un Dieu bienveillant qui passe, Les regards lumineux d'espoir.

Un hymne a traversé l'espace, Le ciel en fleur est plein de grâce.

Bel Amour, dont la main asservit et délivre,

Toi qui braves la mort, Amour, tu m'as donné l'espoir qu'il faut pour vivre,

Tu m'as fait grave et fort.

J'ai vu de la prison timide des nuages

S'évader le soleil.

Le chemin s'ouvre clair pour les futurs voyages,

Voici l'été vermeil.

CARISSIM/i: SACRVM

Viens, belle, viens errer dans la douce nature,

Viens cueillir les saisons...

Oublions tous les deux que l'heure ancienne est dure;

L'air est plein de frissons.

Quand le soleil rira dans la douce vallée, Nous irons tous les deux y cueillir le printemps, L'onde nous charmera de sa chanson perlée Et les prés nous seront des tapis éclatants.

Tu tiendras la jeune pervenche et la jacinthe Fières d'illuminer la grâce de tes doigts, Et les vieux arbres, où jouera la clarté sainte, Se pencheront vers nous pour entendre ta voix

CARISSIM/E SAC.KVM 26

Nous passerons dans la gaieté de la nature; De grands oiseaux planeront au ciel enchanté, Et la saison sera plus joyeuse et plus pure D'avoir parmi les fleurs vu ta jeune beauté.

Regarde le soleil. Ses baisers charment les prairies : Nous ne les verrons plus traîner aux coteaux attristés, Les brumes lentes où vont les âmes endolories, Les âmes des fleurs qui parèrent les anciens étés.

Nous pleurions de toujours voir renaître les brumes gris Et nous n'étions pas sûrs que le cher soleil reviendrait Et voici qu'il a paru dans le cortège des brises ; Il miroite aux eaux du fleuve, il enchante la forêt.

CARISSIM/K SACKVM

O Soleil, nous dirons la gloire! Et que notre louange Nous fasse recevoir les rayons purs de ta faveur ! Viens bénir notre moisson, viens bénir notre vendange Et donne-nous des fruits clairs où sommeille ta saveur.

Voici les feux légers du matin. L'heure est douce.

Ecoute fredonner les fleurs.

Ne songe plus au temps où la terre était rousse

De feuilles, le ciel gris de pleurs.

C'est la chanson des fleurs qui charme la ravine.

La brise rit aux églantiers.

Qu'ils sont loin, les jours où la pluie active et fine

Allongeait les tristes sentiers.

CARISSIM/E SACRVM 29

L'hymne sacré des fleurs grandit. L'empire immense De l'air rayonne, ardent d'amour.

Vois le soleil qui vainc la tempête en démence : Le monde acclame son retour.

L'orage a rajeuni la terre.

On entend mourir les douleurs Et voici les oiseaux siffleurs Qui rompent leur silence austère

Du bois un hymne salutaire Monte, ennemi des mornes pleurs.

L'orage a rajeuni la terre.

On entend mourir les douleurs.

CAlMSSIM/i: SACKVM :\\

Viens, loin des soucis querelleurs, Errer aux sentiers de mystère Où la Naïade solitaire Court et chante parmi les fleurs.

L'orage a rajeuni la terre,

Je veux que le printemps magique te salue De ses fleurs, de ses voix, de son jeune soleil ; Je veux que vers la joie et son palais vermeil Il te conduise, toi, l'élue !

Là, tandis que la paix divine de tes yeux Contemple les couleurs et les danses hardies, Ecoute longuement les belles mélodies Et sens les baumes précieux.

carissimj»e sacrvm s:*

Dans la salle aux murs frais un blanc rayon poudroie . 0 toi qui sais le juste, ô toi qui hais le faux, Dis-moi les mots chéris et les chants triomphaux, O toi, grâce, lumière et joie !

INTERMEDE PASTORAL

A Paul Valéry.

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