LA NUIT ROUGE
A Victor Basch.
J'entends, là-bas, j'entends la nuit rouge venir.
0 vous dont nous craignons les funestes voyages, Vous qui faites la terre morne, lourds nuages, Vous passez dans le ciel épais, chargés d'orages.
Voici les durs chevaux de la rage hennir.
Des monstres grimaçants guident le char qui grince.
O nuages méchante, nuages noirs, crevez !
Aux champs, que des eaux perfides ont abreuvés,
Que, par vous, les cruels travaux soient achevés î
Les chevaux fouleront la chair du mauvais prince.
On voit à la parade un pitre tout sanglant.
La pluie agile est drue et la grêle est active. Moisson vaine, les blés s'en vont à la dérive, Et la vendange meurt, dont riait la fleur vive.
Les loups, les maigres loups approchent en hurlant,
Le Matamore a de grands gestes de colère.
La mort hache les prés et dévaste les bois,
Et l'ardent laboureur, sans couleur et sans voix,
Pleure en voyant périr l'œuvre de tant de mois.
Les loups ont faim . Leur troupe est là, qui rôde et flaire.
Le galon du héros commence à se ternir.
L'orage a fui. L'espoir renaît. Le soleil brille, Et déjà le fermier et sa jeune famille Pour la récolte neuve aiguisent la faucille.
J'entends, là-bas, j'entends le jour doré venir.