‹ La route fleurieChapitre 28 sur 51 · L'HOMME QUI RICANE · texte numérisé non relu

L'HOMME QUI RICANE

A Malhias Morhardl.

Le Destin a marqué l'homme qui ricane ; Il sort de son palais, la crainte le suit. Ses yeux sont blessés par le jour diaphane, Ses cris durs et stridents appellent la nuit.

De ses cruelles mains il trame dans l'ombre La toile de deuil où prendre l'innocent. Il est tout glorieux de meurtres sans nombre, Il aime à humer l'acre parfum du sang.

Contre son bras nul ne connaît de refuge; Sitôt qu'on lui résiste, il a l'œil en feu. Il détient la puissance et la force, et juge Qu'on doit le vénérer à l'égal d'un dieu.

Dans les temples dorés, aux plus fiers pilastres, Qu'on grave en lettres d'or son nom immortel; Ceint de jeune soleil et couronné d'astres, Ne pourrait-il pas escalader le ciel ?

En son fol orgueil, il ordonne qu'on l'aime, Nul, jamais, ne viendra briser ses espoirs. Et cependant, là-bas, à l'horizon blême, Voici s'accumuler les nuages noirs.

Voici hurler les chiens rauques de l'orage. La peur a terni le regard surhumain, Et du dieu gonflé de superbe et d'outrage Il reste une charogne au bord d'un chemin.

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