‹ La route fleurieChapitre 50 sur 51 · L'HIVER · texte numérisé non relu

L'HIVER

La neige, Lycoris, attriste au loin la plaine ; Le givre fait fléchir le chaume du vieux toit ; La brume est grise ; l'œil morne et vague ne voit Qu'arbres morts aux forêts où pleure le Silène.

Parfois, tremblantmalgré son lourd manteau delaine, Un passant peine et glisse en un sentier étroit ; Tout est silencieux et farouche : le froid A tué lçs oiseaux qui chantaient à voix pleine.

Les Nymphes par les champs ne peuvent plus courir, Si, dans le ciel glacé, les dieux allaient mourir? Est-ce leur râle qu'on écoute, quand il vente?

Hiver, ravis les dieux en ton mortel essor,

Mais laisse, ô blanc hiver, laisse à jamais vivante

Aphrodite, la Reine invincible aux yeux d'or.

CARISSIMiE SACRVM

Les monstres louches de la nuit Dans le ciel roux qui s'ensanglante S'avancent d'une marche lente; Le Dieu chevelu d'or s'enfuit.

C est le règne de la tristesse; On entend approcher des pas Traînants; il semble que, là-bas, Pleure une harpe de détresse.

Lumière des étés joyeux Que buvait ardemment la terre, Lumière amicale, ô Lumière, Refleuriras-tu pour les yeux?

La lumière féconde est morte; Les prés gémissent longuement, Et c'est le craintif froissement Des feuilles que le vent emporte.

Souvenir des beaux mois perdus, Tu rends, toi dont le cri nous hante, Plus cruelle l'heure méchante Qui dépare les cieux ardus.

Mais une lueur, pâle encore, Vague par la crête des monts.

Est-ce le dieu que nous aimons ?

Un nuage errant se colore.

CARissiM.r. SAGRVM 15'

Comme un glorieux messager Il se vMd'un rouge do fêle.

Il semble que le pré s'apprête A chanter un hymne léger.

Voici, voici que s'illumine La montagne. L'été paraît.

Il s'avance dans la forêt Qu'il émeut d'une haleine fine,

L'été joyeux n'était pas mort; La lumière puissante vibre, Et le dieu d'or emplit l'air libre De son rire clément et fort.

La brise aux frais parfums caresse la prairie, Des gouttes d'or tombent du ciel et de ses fleurs C'est une nuit tranquille et qui veut qu'on sourie

Aux visages pâlis reviennent les couleurs ; On n'a plus de chagrins ni de tristes pensées ; Les yeux ont oublié la brûlure des pleurs.

Au long des champs, par les sentes presque effacées, Elle approche, la Reine aux limpides regards; Elle a dans les cheveux des guirlandes tressées.

CÀRISSIM/E SACRVM 158

Elle a vaincu la noire embûche <I<>s hasards. D'où vient-elle ? De la lumière et de la joie. Où ses pieds ont passé des joyaux sont épars.

Sa voix a la douceur printanière. La soie De sa robe frêle est légère comme l'air ; Sa ceinture, un rayon de l'aurore, flamboie.

0 reine de bonheur, salut ! L'orage amer S'enfuit quand tu parais sur la terre embaumée. Chante î ton chant est amical, ton chant est clair

Ton chant est triomphal, ô grande bien-aimée !

Sur la crête, où s'attarde un rayon de soleil, Passe une merveilleuse bête.

Son bec est rose et sa crinière est d'or vermeil ; Elle a des ailes de tempête.

Elle vient des pays glorieux où, le soir,

Des clartés s'endorment aux palmes.

Elle a vu les grands monts où naît le cèdre noir Et la mer dont rient les flots calmes.

CARISSIMJB SACRVM 15">

Si nous allions tous deux aux pays enchanteurs D'où vient la divine chimère?

Là-bas, nous oublierons, dans les belles senteurs, La saison de la neige amère.

Autour de nous voltigera l'agile esprit Des abeilles et des cigales,

Et nous entendrons, sous la lune qui fleurit, Chanter les brises musicales.

Viens. Suis-moi dans le bleu silence de la lune. Vois s'allonger Fombre tranquille des cyprès. La nuit est bonne. Elle a béni notre fortune.

La nuit est tendre. La nuit est douce. Tout près Du chemin, l'olivier d'argent tend un sourire Vers les rayons aimés, si brûlants et si frais.

Viens dans la nuit. Sa paix heureuse est notre empire. Les collines d'amour ont une molle odeur. Et vois les yeux de la ville cligner et luire.

carissim/t: sachvm i 57

C'est la ville au beau nom, la ville de la Fleur. Lys de pleine harmonie et de gloire sereine Donne aux passants hâtifs un peu de ton bonheur.

Chanteuse dont la voix impérissable entraîne Vers les jardins féconds et les calmes vergers, Sois propice à ceux-là qui t'adorent, ô reine I

Dame dont la parole écarte les dangers, Fontaine pure d'où jaillit Tonde première, Étoile qui guéris les regards affligés,

Éclaire notre amour de ta sage lumière !

Le parterre embaumé s'est tout fleuri de roses,

Voici venu le clair été :

Allons errer tous deux parmi la paix des choses ;

Le ciel limpide est enchanté.

Des voix de bonheur ont chassé la nuit avare, Qui forçait la terre au sommeil.

Nous suivrons dans les bois le sentier lent que pare L'or palpitant du gai soleil.

CARISSIM/K BACRVM ir>9

Le vent harmonieux qui passe dans les aulnes Est plein de joyeuses senteurs,

Et les bonds cadencés des Nymphes et des Faunes Frôlent l'émail vivant des fleurs.

Le monde chante. Aucun nuage sombre ou blême

N'entache le rire du jour.

Viens. Puisque la nature est belle et puisqu'elle aime,

Marchons dans le royal amour.

Le bel Amour a paru dans mon rêve.

Tous les oiseaux s'égayaient par les champs

Comme en un jour de printemps qui se lève.

Il m'a parlé: « Viens, ami. Des méchants M'ont lapidé des pierres les plus folles Et m'ont crié l'injure de leurs chants.

Et moi, j'ai ri de leurs vaines paroles, J'ai ri de la faiblesse de leurs coups, Et j'ai senti les nouvelles corolles.

CAMSSIM/K SACT1VM 101

L'air est limpide et le soleil est doux ;

L'onde frissonne et la terre palpite;

Tout le bonheur rayonne autour de nous. »

Et j'ai suivi dans la clarté du site Le jeune dieu dont souriait la voix.

Partout brillait une beauté subite.

Les fleurs s'ouvraient par les sentiers étroits, Des flûtes d'or chantaient dans les ramures, Et j'oubliais les ennuis d'autrefois.

Dès que le dieu levait ses mains très pures, Les bois riaient et les sources d'argent Avaient des bonds pleins de joyeux murmures

Amour, Amour, je te suis en songeant.

O toi qui rends au monde la jeunesse, Amour, Amour, daigne m'être indulgent.

Amour, Amour, que ta bonté me laisse Vivre aux pays qu'éveille le jour blond, Protège-moi de la noire tristesse !

Que le chemin lumineux me soit long

CAHissiMi; SACRVM 168

L'astre de la clématite S'entr ouvre au mur du jardin; Le ciel superbe palpite, Ému d'un hymne soudain.

Le jour chante. Un dieu s'éveille; Ses regards sont attendris, Et de la clarté vermeille Tombe de ses doigts fleuris.

Il passe. Il a pour cortège Des oiseaux purs et légers.

Son sourire d'or protège Les jeunes fruits des vergers.

Grâce à lui, le vieil automne S'emplira de cris vainqueurs.

Autour de la blonde tonne Voici que dansent les chœurs,

Et la ronde qui tournoie Dans le déclin roux du jour Dit la glorieuse joie De la vie et de l'amour.

CARISSIM/i: SACHVM 100

Le troupeau fait sonner ses cloches; il propage Une gaieté mélodieuse dans l'herbage.

Le chevreau, fort et fier, a des bonds valeureux Une abeille a frémi. Le ruisseau, tout heureux D'emporter dans ses eaux de la clarté fleurie, Court réjouir la jeune paix de la prairie. L'air tendre s'est ému d'un grondement léger: C'est que passait une libellule. Au verger

S'avive le velours des bienveillantes pèches. Le jardin est tout parfumé de roses fraîches. Le matin bleu rit à l'espoir du moissonneur, Et pour nous s'est levé le soleil du bonheur.

CAHISSIM/E SACHVM Hi7

La montagne sourit ce matin ;

Le soleil roi la caresse, Et la vie agit avec ivresse

Dans la bruyère et le thym

La chanson de la source est plus belle Qu'aux jours où le ciel pleuvait;

Le granit rosé luit, que revêt Un manteau vert en dentelle.

Écoutons l'hymne doré des champs;

Que le bonheur nous enfièvre; Ayons les yeux clairs, ayons la lèvre

Joyeuse déjeunes chants.

CAïussiM/i: SAGRVBI 1C.)

Sous le roux soleil de l'automne L'ardent Dionysos bondit par les coteaux. Le fruit tombe sous les ciseaux et les couteaux,

Le vin heureux emplit la tonne.

Le dieu sourit au bon soleil Grâce à qui les raisins ont la force et la joie. Le soir tranquille approche ; à l'horizon flamboie

La gloire de l'astre vermeil.

Viens. Écoute le dieu superbe.

Tout frémit de bonheur à son hymne clément. Comme il rayonne, et comme il foule fièrement

La terre qu'exalte son verbe!

CARISSIM/i: SAC.ItVM 171

Beau pays où le sol est nourri de lumière, Où la vigne au grand fruit illustre les vieux monts, Où court en frémissant le fleuve à Tonde fîère, Donne-nous, beau pays, les fleurs que nous aimons.

Le jour est glorieux d'innombrables arômes Au penchant violet de tes ravins sacrés. Les fleurs et les parfums, les couleurs et les baumes, Oréades, c'est vous qui nous les cueillerez.

Guirlandes et bouquets, ô talismans et charmes, Vous nous protégerez ! et quand viendra le soir, Nous nous endormirons sans remords et sans larmes, Et des chants amoureux berceront notre espoir.

CAR1SSIM/K SACRVM 178

Il faut que notre amour vainque Foubli des âges.

Puissant comme le jour, Il devra dissiper la nuit et les nuages,

Notre invincible amour.

Il faut que notre amour ait le rire et la joie.

Heureux comme l'été, Il devra resplendir sous un ciel qui flamboie,

Notre amour enchanté.

Il faut que noire amour ait la force et la gloire.

Beau comme le soleil, Il doit railler la mort et sa faulx illusoire,

Notre amour sans pareil.

CARISSIMiE SACRVM

Cesl la douceur 9

Les roses du matin 11

Vois. Les nuages fuient 13

Vor clément du raisin 15

Voici qu'au mât divin 18

Un hymne a traversé V espace 20

Bel amour . 22

Quand le soleil rira 24

Regarde le soleil 26

Voici les feux légers du malin 28

V orage a rajeuni la terre 30

Je veux que le printemps 32

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