‹ La ruche canadienne [microforme]Chapitre 11 sur 59 · DE LA VIE DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

DE LA VIE DE LA FAMILLE

La reine est traitée avec autant de respect que d'affection

par les abeilles. Chaqne fois qu'elle s'approche d'un greupe

de ses filles, celles-c! se ret.-vrnent et lui montrent de diffé.

1e rentes facons Jeurs attachement respectueux, Les unes en lu enressant de leurs antennes : d'autres en lui offrant de lu nourriture ; toutes se reculant pour lui faire place quan: elle s'avance sur les rayons, Si on In lui enlève, ln colonie entière est jetée Jans un état d'agitation extrôme nussitôt que son absence est constatée ; tous les travaux de la ruche sont suspendus, les abeilles parcourent les raVons en désordre ot fréquemment courent en dehors de la ruche, à ln recherche de eur mère biencnimé Si elles ne réussissent pas à le trouver, elles reviennent à leur habitation, attristées et, par leurs plaintes déso'ées, elles montrent combien elles sentent leur douloureuse culumité, Leur VOIX, à ce motment-|[à, surtout au moment où elles reconnaissent leur perte, est sinuulière. ment plaintivs, Elle résonne quelque peu comme une série de lamentations et ne peut pas p'us être confondue, pur l'apiculteur expérimenté, avec leur bourdonnement heureux que les plaintes d'un enfant imalacl ne prouvent être Pr ises par Si mere anxieuse pour les cris joveux de la santé et bon ur, Nous allons donner à ce propos le récit d'une intéressante exspelience :

Une suchce populeuse fut, un matin. portée à une autre

place et une ruche vide fut mise sur son plateau, Des milliers

d'ouvrières, qui étaient aux champs OÙ qui quittérent la richée après son deplacement, revinrent à la place accoutumée, C'était vraiment touchant de voir leur peine et leur désespoir. Elles volaient sans relâche en cercles autour de la place où était auparavant leur demeure tranquille, entrant continuellement dans la ruche vide et eXprimant de diffé rentes manières la douleur que leur cnausait une si cruelle dépossession. Vers le soir, cessant de voler, elles entraient dans la ruche et en sortaient en groupes sans s'arrêter, On leur donna alors un petit morceau de Couvain contenant des œufs d'ouvrières et des larves L'effat produit par son introduction se montra plus vite qu'on ne pourrait le dire, Celles

qui le toucherent les premières tirent entendre une note purticulière et, en un instant, le ravon fat convert d'une épuisse masse d'abeilles ; À mesure quelles reconnurent dans ee mor. ceau de couvain les movens de reconstituer ln Famille, le désespoir tit place a l'espérance, leurs mouvements inquiets et leurs plaintes cesserent et nn bourdonnement heureux proelama leur bonheur Niquelqu'an entenit dans un appartement rempli de milliers de personnes s'arrmehant leche veux, se battant li poitrine et montrant par des eris de douleur et par des gestes désespéres qu'un grand malheur les a frappées, et si le témoin de ces peines, par un seul mot, remplacait toutes ces démonstrations d'angoisse par des son. rires et des manifectr ions de plaisir, le changement ne serait

pris plus subit que celui qui se pro-

duisit quand les abeil'es reeurent

ce rayon de couvain (Dadant) CELLULES DE REINES

Tandis que <eellules ordinaires sont ouvertes horizontulement. les celluies de reines ont leur ouvers ture en bas fie 12) Certains ipiculteurs ont pense que cette position particulière a quelque intinence <ur le développement des lurves de reines: tandis que d'au- Pere tres avant reconnu que ces larves neprouvent aucun dommage dans

quelque position qu'elles soient placées, considèrent cette

déviation aux mienrs des abeilles comme un des mystères

insondables de Fi ruche. Nous pensons que c'est pour économiser de la place que leur entrée est place en dessous. La distance entre deux riyons parallèles dans la ruche est généralement trop petite pour que les cellules allongées des reines puissent s'ouvrir horizontalement sans se tronver en

CONTACT avec les cellules du layYon opposé. Pour epargper l'espace, les abeilles les placent «sur les tranches inoccupées du rayon où il y an de la place pour d'aussi grandes cellules

Le nombre de cellules de reines dans une ruche varie beaucoup. Quelquefois il ny en n que deux on trois, rare-

ment plus d’une donzaine,

Cependant certaines rnces d'abeilles ont une disposition À en élever un plus grand nombre que d'autres. À In réunion des apiculteurs qui s'est tenue à Toronto, en septembre ISS3, M. D.-A. Jones, | inportateur bien connu d'abeilles svriennes et chypriotes et lediteur du Canudicun. Bree Journal. a montré un rayon contenant à peu près S0 cellules de reines, construites par une colonisé d'abeilles de Syrie. M. Bertrand, de ln Revue Znternationute. à reçu d'Alvérie un morceau de rayon Contenant Une soixantaine de cellules ioyales,

Nous avons plusieurs fois remarque que toutes les

cellules de reines sont toujours détruites peu d'heures après

la naissance de la reine, À moins que la colonie n'ait le désir

d'essaimer, En ce cas les ouvrières empêchent la jeune reine de s'approcher des cellules r vales et les protègent contre sa colère, en attendant qu'elle soit assez âgée et assez forte pour suivre l’essaim.

Quelquefois deux reines quittent leurs cellules au même instant. Voici une narration de Huber, qui a été témoin d'une pareille circonstance :

“ Le 15 mai dit-il, deux jeunes reines sortirent de leurs cellules presque au même moment, dans une de nos ruches les plus minces. Dès qu'elles furent à portée de se voir, elles s'élancèrent l’une contre l’autre avec l'apparence d’une grande colère et se mirent dans une situation telle que chacune avait ses antennes prises dans les dents de sa rivale : la tête, le corselet et le ventre de l'une étaient opposés à la tête, au corselet et au ventre de l'üutre ; elles n'avaient qu'à replier l'extrémité postérieure ce leur corps, elles se seraient percées réciproquement de leur aiguillon et seraient mortes tontes

les deux dans le combat, mais il semble que la nature n'a pas voulu que leurs duels fissent pi le: eux rombattantes ; on dirait qu’elle a ordonné aux re'es qui <e ticuiveraient dans la situation que je viens de doerire (c'est. .dire face à face et le ventre contre ie ventre), 4e 2e fr à l'instant même avec ln plus grande précipitation. Aussi, dès que les deux rivales dont je parle sentirent que leurs parties postérieures allaient se rencontrer, elles se dégagerent l’une de l'antre et chacune enfuit de son côté... Quelques minutes après que nos deux reines <e furent séparées, leur crainte cessa et elles recommencérent À se chercher ; bientôt elles S'aperçurent et nous les vimes courir l'une contre l'autre : eiles se snisirent encore comme la première fois et se mirent exactement dans la même position : le résultat fut le même : des que leurs ventres S'approchèrent, elles ne songèrent plus qu'à se dégncer l'une de l'autre et elles S'enfuirent. Les abeilles ouvrières étaient fort agitées pendant tout ce temps-là et leur tumulte parnissuit s'aceroitre lorsque les deux ndvercnires se séparaient Nous les vimes, par deux fois, arrèter les reines dans leur fuite, les saisir par les jambes et les retenir prisonnières plus d'une sninute. Entin, dans une troisième attaque, celle des deux reines qui était In plus acharnée ou la plus forte courut sur su rivale nu moment où celle-ci ne ln voyait pas venir : elle In saisit avec ses dents à la naissance de l'aile, pais monta sur son corps et amena l'extrémité de son ventre sur les derniers anneaux de son ennemie, qu'elle parvint facilement à percer de son aiguillon : elle lâcha alors l'aile qu'elle tenait entre ses dents et retira son dard : la reine vaincue tomba, se traina languissamment, perdit ses forces très vite et expira bientôt après”

Quoique deux reines ne puissent habiter ensemble la même ruche, cependant il arrive parfois que la mère et la fille soient trouvées vivant en paix dans ln même colonie et

y pondant toutes deux en même temps. Cela arrive lorsque

les ouvrières, avant remarqué chez ln vieille reine une dimi-

nution de fécondité, en ont élevé une jeune pour la remplacer. Mais cet état anormal ne dure que quelques semaines, rarement plus.

Une autre fois nous cherchions, dit Dadant, pour la remplacer une reine dont la fécondité avait diminué ; à notre “grand étonnement, la ruche était pleine de couvain. Nous trouvâmes la Vieille mère ; évidemment une reine si petite, si maigre et si Vieille ne pouvait être la mère d'une si nombreuse progéniture. Nous continuñmes nos recherches et bientôt une autre reine, tille de Ja première, grosse et grasse, parut devant nos yeux. Si après avoir enlevé !a vieille reine que nous avions trouvée la première, pensant avoir rendu la ruche, orpheline, nous avions donné à In colonie une antre reine, les abeilles l’auraient détruite immédiatement.

Nous pourrions raconter, ajonte le même auteur, un grand nombre d'incidents du même genre. Le cas le plus remarquable est de deux reines de ditférentes races, l'une noire, l’autre italienne, pondant en méme temps, dans la même ruche, La colonie avait deux reines, quand nous avons introduit la reine italienne. Nous avions trouvé et détruit la jeune et, sans le savoir, laissé sn mère, que les abeilles estimaient de si peu de valeur qu’elles acceptèrent notre reine italienne et les laissèrent vivre l’une pres de l’autre, À notre grand étonnement, il y avait des abeilles noires éclosant au milieu de nos pures italiennes et ce ne fut que lorsque nous eûmes trouvé par hasard la vieille reine noire que nous avons

pu avoir l'explication de l'énigme.

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