FÉCONDATION DE LA REINE
La fécondation de la reine a préoccupé pendant bien longtemps les savants et les apicu'teurs et a donné lieu à bien des théories. Si un grand no nbre de mâles sont enfermés dans une boite, ils émettent une odeur s forte que Swamnimer lan Shpposa que In reine était fécondée par l'odeur
des inâles,
Réaumur, entomologiste renommé, écrivait, en 1744, qu'il pensait que l'accouplement avait lieu dans la ruche, D'autres prétendirent que les œufs étaient fécondés par les mâles, dans les cellules, après qu'ils avaient été pondus.
Après avoir fait plusieurs expériences pour vérifier ces diverses théories et les ayant trouvées toutes erronnées, Huber à la fin, reconnut que la reine était fécondée en pleine air et au vol et que l'inflnence de cet agcouplement durait plusieurs années, sinon pendant toute sa vie.
La jeune reine sort à la rencontre d’un mâle cinq jours au plus tôt, après sa naissance. Plusieurs apicu'teurs renommés, tels que Dzierzon en Allemagne et Neighbour en Angleterre, ont écrit qu'une reine peut sortir à l'âge de trois jours. Toutefois, nous n'avons jamais reconnu que le temps écoulé entre la naissance d’une reine et sa première sortie fft de moins de cinq jours et nous sommes sur ce point d'accord avec M. Alley, actuellement édit-ur de l'A nerican A piculturist et certiinement le pli ‘dl éleveur de reines du monde entier, La raoyenne est lement six ou sept jours. Quand laccouplement est anticipé, c'est le résultat des visites de l'apiculteur, car nous avons remarqué que lorsqu'on trouble une colonie, en la visitant, ses jeunes abeilles sont plus vite disposées à aller à la récelte Nous indiquerons donc six ou sept jours comme Île temps ordinairement nécessaire à une
jeune reine avant sa fécondation.
La sortie nuptiale a lieu vers midi: à ce moment-là jies mâles volent en grand nombre. En sortant, la reine vole la tête tournée du côté de sa ruche; elle rentre et repart À plusieurs reprises avant de s'élancer dans les airs. Ces précautions sont indispensables pour la mettre à même, à son retour, de bien reconnaitre son habitation ; car si, par erreur, elle se présentait à l'entrée d'une autre ruche, elle y trouverait la mot Cette erreur est une des plus grandes causes des pertes de jeunes reines. Ni la jeune reine n’a pas réussi À rencontrer un mâle des sa première sortie, elle recommence
le lendemain si le temps est propice, et les jours suivants s il
est nécessaire, jusqu'à ce qu'elle ait satisfait son désir.
Huber ayant retarqué que les jeunes reines, au retour de leur course ruptiale, portaient, sortant de leur abdomen. un objet binchâtre et épais, reconnut bientôt que c'était l'organe du mâle qui avait été arraché après l’accouplement,
Comme la rencontre du mâle et de la reine a lieu dans les airs, peu de personnes ont eu la chance d'en être témoin. La narration suivante plaira sans doute à nos lecteurs :
“Il y a quelques jours, par une (les rares b:Îles journées que nous # données ce mois de mai, qu'on s'obstine à #spérer beau et qui est toujours mauvais, j'errais à l'aventure dans les champs non loin de Courbevoie
“Tout à coup un fort bourdonnement se fit entendre et le vent d’un vol rapitle vint passer contre ma joue. Croyant à l'attaque d’une &uêpe, je fis de la main un mouvement instinctif pour chasser l'insecte présumé.
“ C'étaient deux insectes dont l'un poursuivait l'autre avec acharnement et qui semblaient tomber des hauteurs de l'air. Efrayés sans doute Par mon geste, ils relevèrent leur vol et remontèrent presque verticalement à une très grande hauteur, toujours se poursuivant.
“ Je crus à une bataille et, Curieux de connaître l'issue d’un combat aussi furieux, je suivis de mon mieux leurs évolutions dans l'air, me préparant à saisir les combattants aussitôt qu'ils passeraient à ma portée.
“ Mon attente ne fut pas longue. L'insecte poursuivant s'éleva un peu au-dessus de l’autre et se laissa tont à coup tomber sur lui de tout son poids.
“ Le choc dût être violent, car les deux insectes, qui ne
faisaient plus qu'un groupe, tombèrent tout en volant, avec la rapidité d'une flèche et passèrent assez près «le moi pour que, d’un coup de mouchoir, je les abattisse dans l'herbe.
‘ Je pus alors constater que cette bataille si acharnée était tout simplement une poursuite d'amour
“Je les ai pris sur le fait, car les deux insectes completement étourdis et immobiles étaient bien et dûment accouplés.
“ L'accouplement avait donc eu lieu dans Flair, au moment où j'avais vu l’un des insectes se précipiter sur l’autre. Le fait s'était passé à une hauteur que je puis évaluer à 9 ou 10 verges au-dessus du sol.
“ Or ces deux insectes étaient une femelle d'abeille commune, parfaitement caractérisée, et un faux-bourdon de son espèce
Croyant avoir tué les pauvres bêtes, je ne me fis aucun scrupule de les piquer toutes deux sur la même épingle, encore accouplées et dans leur position respective.
“ Mais la douleur les rappela à l'existence et le mâle ne
tarda pas à se séparer de la femelle.
La femelle vivait enco o le lendemain. Quelque temps après sa séparation d'avec le mâle, elle se brossait les d-rniers
anneaux de l'abdomen, comme pour en extraire le pénis. Elle
faisait des efforts pour se plier en deux et sans doute pour
amener cette partie ‘le son corps à portée de ses m indibules toujours en mouvement Mais la rigidité de l'épingle l'empêcha d'arriver à ses fins.
Peu à peu, d’ailleurs, son activité diminua et bien que vivant encore, elle ne fit bientôt plus de mouvements.
“Paris, 1869 ALEXANDRE LÉVY, Journal des Fermes.”
MM. Cary et Otis avaient été témoins d'une semblable rencontre en juillet 1S61 (À merican Bre Journal, vol, VII, page 66).
Il est bien reconnu aujourd'hui qu'un seul aceouplement féconde une reine pour toute su vie, quoiqu'il ait été ras onté que parfois des reines ont été fécondées deux jours de suite, leur premier accoup'ement n'ayant pas été suffisant, notam-
ent par M. Devachelle (Bulletin de lu Societé de lu Somme, 1885).
Quoiqu'on ait essa jé bien souvent d'obtenir la fécondation des reines en captivité, on n'a jamais pu y réussir,
Après avoir reconru que la reine est féconidée dans l'air et au vol, Huber ne pouvait se former une idée satisfaisante de la manière dont les œufs sont imprégaés par la matière fécondante, Dés 1792, John Hunter Supposa que la reine devait avoir un réceptacle du sperme du mâle, s'ouvrant dans l'oviducte. Dzierzon, quo peut regarder comme l'un des
plus capables Promioteurs de la «<cience apicole des tenips
modernes, annonça quil avait découvert chez la reine un réceptacle rempli d'un liquide ressembiant à In liqueur sémi-
nauie des mâles.
Dans l'hiver IS51-52, Dadant donna pour les soumettre à l'examen, plusieurs reines au docteur Jos, Leidy, de Philadelphie, qui jouissait d'une gran le réputation tant aux Etats- Unis qu'ailleurs, comme naturaliste et anatomiste microscopiste. En faisant ses dissections, il trouva un sac globulaire d'un millimètre de diamètre environ. Communiquant avec l'oviducte et rempli d’un liquide blanchâtre.
Dzierzon atfrma que fous les œufs impréqnés produisent des femelles, reines ou Outrières, et que lous ceux qui ne Le sont pas donnent des müles ou bourdons. 11 déclara que dans plusieurs c'e ses ruches, il avait trouvé des reines pondeuses de mâics, dont les ailes étaient si défectueuses qu’elles ne pouvaient voler et qui, à l'examen, furent reconnues n'avoir pas été fécondées. En Conséquence il concluait que les œufs pondus par une reine non fécondée ont assez de vitalité pour produire des mâles. Le mot de parthénogénèse, signifiant génération d’une vierge, fut le nom donné à cette faculté d'une femelle de donner naissance à une progéniture sans avoir été fécondée, fait qui n'est pas rare parmi les insectes.