FIN
Notes.
Yoici, en quelques mots, l'histoire de ce fameux système de Law:
Lorsque Philippe, duc d'Orléans, eut été nommé Régent du royaume, après la mort de Louis XIV, il trouva les finance? dans il. 21
le plus grand désordre, et TÉ tnt presque ruiné. Par un mémoire qu'il rendit public, la dette nationale, à la morf du Roi, montait à deux milliards soixante-deux millions en capital , portant quatre-vingt-dix millions d'intérêts. Le maréchal de JWoiulIes assure dans ses mémoires, qu'au lieu de onze cents millions d'espèces que l'on devait avoir, il eût été difficile d'en trouver sixcents, tant l'exportation avait été énorme et tant le commerce en avait souffert.
L'an 1716, le Roi donna un édit , portant l'établissement d'une banque générale par tout le royaume, sous le nom du sieur Law et compagnie. 11 était libre à toute personne de porter son argent à la banque, qui devait donner en échange de» billets payables à vue. Le commerce du Mississipi, du Sénégal et des Indes% devint la base du svstème de LaiiK
L'an 1718, le 4 dcembrc, la banque générale est déclarée banque royale, et Law en est nommé directeur. Le 27 du même mois, sort un arrêté du conseil , qui défend de faire des payements en argent audessus de 600 livres : ce qui rendit nécessaires les billets de la banque royale, et obligea d'en créer une multitude innombrable.
Cet arrêt fut l'époque et la cause d'une révolution étonnante dans les mœurs de la nation. L'intérêt étouffa la voix de la nature et de l'équité ; on se sacrifia mutuellement comme dans un naufrage ou un incendie; le frère fut trahi par le frère, et le père par le fils. L'homme secourable fut écrasé par celui dont il avait prévenu la ruine, et périt par son propre bienfait. On vit des noms augustes et respectables
anéantis, des noms vils ou flétris prendre leurs places.
Le 23 décembre 1719, arrêt du conseil, portant une diminution considérable sur les espèces monnayées.
Le 1 1 décembre , défense de faire des payements en espèces au-dessus de io liv., ce qui, joint aux variations faites ou annoncées des espèces monnayées, obligea les particuliers à porter leur or et leur argent à la banque, et à les échanger contre des billets.
t Le bruit qu'on fit répandre — dit un » historien — qu'on avait trouvé deux mines »d'or à la Louisiane; le discrédit de l'ar- »gent, la confiance du public dans le pa- »pier, concoururent à faire enlever les » nouvelles actions, à donner des regrets à » ceux qui n'en pouvaient obtenir, à faire
■ offrir du gain à ceux qui les avaient en-
• levées, de sorte que chacun les enchéris- »sait successivement et à l'envi, et qu'elles «montèrent à des prix excessifs. Au mois »de mai 1720, on prétend qu'il y en avait » pour plus de six milliards ; crédit énorme » qui surpassait de plus des deux tiers les » espèces en matières d'or et d'argent qui
• pouvaient être dans le royaume. »
Enfin, le 21 mai 1720, parut le fatal édit pour la réduction graduelle, de mois en mois, des billets de banque et des actions de la Compagnie de» Indes.
Ce fut l'époque de la chute du système de Law. En vain on révoqua cet édit six jours après , sur la réclamation générale de la nation et les remontrances du parlement, les actions et les billets perdirent la confiance du public sans retour. Chargé
de leur masse entière, le gouvernement se retrouva par là au premier pas, et, semblable à un voyageur qui s'égare, revint après une longue fatigue au point d'où il était parti.
Le 29 mai suivant, le conseil rendit un arrêt qui remettait ^n circulation les espèces d'or et d'argent.
On rue lira peut-être pas sans intérêt la lettre s ni vante, attribuée au Contrôleur- Général des finances, et relatée dans les mémoi rc s du temps :
Lettre de Jean Law adressée à Williams Nordingthon , banquier à Londres.
« N'avez- vous pas vu , mylord 9 votre »ami Stairs de retour à Londres avec • trois ou quatre millions que je lui fis » gagner rue Quincampoix? Il vous aura » dit de mon système ce que tou t le monde » en dit, qu'il ressemblait à l'escalade des » géants pour s'emparer du ciel. II est » étrange que la banque qui fait tant de «fortunes, n'ait pas fait la mienne, du » moins telle que je l'espérais; les ban- » quiers de Venise m'ont perdu beaucoup d'argent, et je m'en vais mainte-
• liant recueillir le reste; voilà ce qui fait
• que je vous écris. Croiriez-vous que sur
• mon nom je ne trouverais pas mille gui- » nées à emprunter en France ? Force m'est » donc de m'adresser à mes débiteurs dont
• vous êtes, mylord. Un gala ît homme tel
• que vous n'a pas oublié qu'en 1698, je
• pariai contre lui mille juinées qu'un
• jour je ruinerais la France par le papier.
• C'était, si je m'en souviens, à l'occasion
• d'une lettre de change oe mille guinées
• que je voulais avoir sur Bernard, le juif,
• banquier à Paris ; je m vods offrais que » des billets de L'Échiquier que vous refu- » sâtes, disant que le papier ne saurait que
• ruiner l'Angleterre; je fus d'accord avec
• vous sur ce point, et cependant je proposai de parier la so^rae susdite que je
• saurais quelque jour donner cours au
• papier en France ; vous avez, en pré-
»sence de lord Stairs , de lady Colbrige, » de milord Cadhogan , accepté mon pari » sur votre parole loyale, attendu, disiez- » vous, que les Français onl trop d'esprit »pour se laisser prendre à ce piège gros- «sier. Donc je vous prie de me dire ce » que vous en pensez, et si j'ai bien et dû- »ment gagné la gageure? Il me semble »que j'ai outrepassé même les conditions » du pari ; j'en prends pour juges vous d'a- »bord, et la voix publique de toute l'Eu- *>rope. Ainsi, milord, comptant sur votre » parole, je compte sur les mille guinées, » et vous dispense d'y ajouter , quoique » j'aie ajouté au pari — Voyez, s'il vous » plaît, ce que j'ai fait sans autre aide que » mon génie : j'ai réduit le roi de France »à être mon sujet, et l'Angleterre doit me «savoir gré de mon système à cause de »cela. Je poursuis mon éloge, car ici la
• modestie serait mensonge: j'ai fait du
• Régent mon camarade et complaisant;
• des plus hauts seigneurs, mes commis;
• des princesses du sang, mes maîtresses; » des plus grandes dames, mes câlins ; de
• toute la France, ma dupe et ma vache à ilait. Enfin, savez-vous comment je signale mon départ? Le premier prince » du sang est devenu mon loueur de chaise » de poste : je serai incessamment à Bruxelles; avant que j'en parte pour Venise, où
• me rejoindra mon épouse, faites, s'il
• vous plaît, passer les mille guinées à
• Jean Méeus, banquier, qui doit être de
• retour à Bruxelles. J'ai omis une parti- » cularité qui vous donnera bien à rire : Je
• suis, à cette heure, aussi bon catholi-
• que romain que quiconque a reçu le «baptême, communion et confirmation.
«Vous penserez comme moi que c'était
» payer bon marché le privilège du Mis- » sissipi, du tabac et de la monnaie. 11 ne »m'a manqué que le titre de duc. IN'est-ii »pas plaisant de se moquer de toute une «nation pendant quatre années consécu- » tives?
» Votre affectionné compatriote,
»Jean Law. »