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Bien que les manifestations de cette affection paraissent très gênantes à une personne non prévenue, puisque pour la très grande majorité de ces sujets c’est en effet chaque jour et à tous les repas que la rumination se produit, nous verrons qu’en réalité ils n’en retirent habituellement aucun ennui, C’est presque toujours pour une maladie intercurrente et non pour leur mérycisme que ces malades viennent
consulter.
Entre la prise d’aliments et le début du phénomène peut s’écouler un temps variable qui, chez les uns, peut être extrêmement court : « Après avoir mangé mon potage, dit l’un d'eux, je peux le ruminer avant que le bœuf soit entamé » qui, chez les autres, au contraire, peut être plus considérable : quelques minutes, un quart d'heure ou même plusieurs heures après la fin du repas. M. BLANCHART note que sa rumination commence plus tôt s’il a mangé plus rapidement, et si après son repas il se livre immédiatement à un travail intellectuel.
Les mérycoles sont avertis du début soit par des sensations d'ordre digestif : sensation de tension à l’épigastre, de plénitude à l’estomac, voire même par des éructations, soit par quelque chose de particulier, souvent indescriptible, sorte d’aura mal définie que l'habitude leur fait interpréter.
Ainsi prévenus ils attendent immobiles, la tête projetée en avant, la langue collée sur le palais et
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sans qu'ils aient à faire le moindre effort, le bol alimentaire remonte tout doucement dans la bouche, sans aucune violence, sans aucun bruit, sans quil soit possible de noter du côté de l'abdomen la moindre contraction.
Aucun de ces caractères n’est constant, surtout le dernier. :
Tout d’abord, la première régurgitation peut être difficile et jusqu’à un certain point pénible, on peut alors voir le mérycole faire une inspiration pour abaisser son diaphragme, « il se produit une saillie dans la région épigastrique puis aussitôt apres, si rapidement qu’on a de la peine à dissocier les deux mouvements, survient un affaissement de cette région, pendant que la bouche reçoit un bol alimentaire plus ou moins volumineux » (LEMOINE et Lainos- SIER).
D’autre part, lorsque les aliments remontent, il peut se produire un bruit de gargouillement, fort désagréable pour le malade quand il se trouve en public.
Enfin, si le plus souvent les aliments remontent doucement, d’autres fois ils sont si violemment projetés dans la bouche que malgré la main qu'il tient devant ses lèvres fortement serrées, le mérycole me peut éviter de voir s'échapper au dehors une quantité plus ou moins grande de Îa bouillie alimentaire.
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D'une manière générale, une fois commencées, les: régurgitations se répètent fréquemment. Au début
elles peuvent même se reproduire presque sans interruption et le malade est entièrement occupé à recevoir dans sa bouche des aliments, à les mâcher et à les déglutir de nouveau.
D’autres fois il existe entre chaque régurgitation un intervalle de quelques minutes qui devient plus long quand la rumination approche de sa fin. Alors le temps qui s'écoule entre l'ascension de chaque bouchée peut être d’une demi-heure et même davantage.
La durée totale de chaque séance est différente suivant les malades : elle peut se réduire à 15 ou 20 minutes; on a pu la voir se prolonger pendant &
ou 7 heures.
Tout aliment contenu dans la cavité gastrique peut être ruminé : la longue étude de CamBAY en est la preuve, mais là encore il y a des variations individuelles.
Il est des mérycoles (ce sont les plus rares d’ailleurs) qui ruminent toujours la totalité de leurs aliments et toute substance avant d’être digérée par l’estomac, doit subir un deuxième passage dans la cavité buccale. Ces aliments reparaissent parfois séparés les uns des autres, remontant suivant l’ordre dans lequel ils ont été ingérés, mais ce n’est pas l'ordinaire et à l'habitude chaque gorgée est formée d’un mélange de chacun d'eux.
Beaucoup plus souvent, le mérycisme est partiel ;
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une partie du contenu stomacal plus ou moins importante, quelquefois un ou deux bols seulement sont ramenés dans la bouche, l'autre portion est digérée comme chez les individus normaux.
La partie qui remonte comprend ordinairement une fraction de chaque espèce d'aliments déglutis, parfois au contraire c’est une seule classe d'aliments. les viandes par exemple, ou bien les légumes, qui son! soumis à une deuxième mastication.
A vrai dire, les malades ruminent en général plus facilement les substances très aromatiques ou de digestion difficile (les graisses, le gibier, certains poissons, le porc, etc), ide même que les produits dont l'organisme ne peut tirer aucun profit : noyaux de cerises, pépins de fruits, tendons, aponévroses, etc...
Les liquides ne reviennent jamais que pendant le premier quart d'heure. Lorsque le mérycole semble ruminer tardivement des liquides, il mérycise en réalité des aliments solides dont la chimification est achevée. En effet, dans le début de la rumination, les aliments reviennent encore solides, et il se produit toujours avant la deuxième déglution une deuxième mastication, tandis qu’à la fin les substances reviennent sous l'aspect d'une pâte plus ou moins liquide, et les bouchées sont avalées immédiatement presque sans mastication ou même sans mastication du tout.
Considérée en elle-même la rumination est en
général indifférente au malade. Quelquefois, pourtant, elle lui est très agréable : M. BLANCHART nous dit ne manger certains aliments que pour le plaisir qu'il aura plus tard à les ruminer: Fabrice d’'AQUAPEN- DENTE, dans son observation princeps de mérycisme, écrit que le moîne de Padoue qui en était atteint ruminait avec « volupté », et le Suédois cité par Winp- THIER dit que sa rumination a la sensation du miel le plus doux.
Il est tout à fait exceptionnel, par ailleurs, que le phénomène soit accompagné de répugnance, puisque parmi toutes les observations on ne peut en relever qu'une dans laquelle le mérycisme causait du dégoût. Cependant presque tous les mérycoles avouent que {si le début de la rumination est agréable, très souvent ‘vers la fin les aliments prennent un goût acide qui leur est déplaisant.
Quelle est l'influence de la volonté sur un tel phénomène ?
Tantôt il y est entièrement soumis, c’est-à-dire qu'il est au pouvoir du malade de le provoquer, de l’accélérer; de le retarder, ide le supprimer. Nous verrons à quel point les individus qui se sont exhibés dans les cirques ont su discipliner leur estomac pour lui faire exécuter à la minute qu'ils désirent et autant de fois qu'ils le veulent les exercices requis par leur profession.
D'autres fois, l'influence de la volonté est partielle,