CHAPITRE: VI
MERYCISME ET AEROPHAGIE
Mérycisme el aérophagie volontaire ou involontaire chez les individus sains d'esprit, — Mérycisme et aérophagie pendant la guerre. — Mérycisme ef
aérophaägie chez les névropalthes.
L'éructation qui accompagne l’aérophagie est un phénomène très voisin du mérycisme. C’est une sorte de « rumination des gaz de l’estomac » (NATTAN-LaR- RIER). D'ailleurs, au point de vue mécanique, les phénomènes peuvent être tout à fait analogues ainsi que l’ont montré les travaux de TOUSSAINT et CHAUVEAU.
Les gaz rejetés au dehors au cours de l’éructation entraînent parfois avec eux une petite portion de substance alimentaire. De cette régurgitation au véritable mérycisme il n’y a qu'une question de degré, non de nature, et dans nombre de cas, on a pu se rendre
compte que l’aérophagie, volontaire ou non, était l’ac-
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cident qui appelait la rumination, et qu'une fois la régurgitation amorcée à l’aide d’une éructation, la totalité du contenu stomacal suivait.
Lorsque cet accident se produit chez un individu normal au cours d'une aérophagie involontaire, celui-ci rejette en général en dehors les aliments remontés dans sa bouche (mais ici comme chez les dyspeptiques, nous avons à faire à une rumination et non à un vomissement étant donné la douceur du phénomène et l’absence d’efforts qui l'accompagne). Ce mérycisme peut être qualifié d’accidentel, car le plus souvent il ne se produit qu’une fois par hasard et ne se reproduit pas.
On peut également observer le mérycisme au cours de l’aérophagie volontaire. On sait combien il est facile d’avaler de l’air et de l’expulser ensuite volontairement en rots plus ou moins sonores : un de mos maîtres à qui nous demandions des conseils pour ce travail nous racontait qu’étant au collège, un certain nombre d'élèves et lui avaient pris l'habitude d’avaler de l'air qu’ils expulsaient soit au milieu des rangs, soit au cours d’une étude en tirant des effets bruyants qui les amusaient fort malgré les punitions qu'ils s’attiraient, Or, un jour qu'il s’apprêtait ainsi à troubler l’ordre bien établi d’un défilé dans un couloir et qu'il y faisait effort, il sentit sa bouche se remplir d’aliments et ne put qu’à grand peine les empêcher ide s'échapper au dehors. Comme cet accident l'avait fort impressionné, il s’abstint à l'avenir d’imiter ses cama-
rades et le mérycisme ne se reproduit plus.
La rumination n'existe ici en somme que par unc exagération du mécanisme de l'éructation:; il suffit de la volonté du sujet pour faire cesser le phénomène ; c’est ce qui arrive en général pour tous les individus chez lesquels il s’est produit de cette façon.
Dans un autre ordre d'idée, on a pu observer de petits mérycoles pendant la guerre dans lés centres de pathologie digestive. Ils faisaient partie des innombrables « vomisseurs » de cette époque engendrés par des causes multiples. Leurs accidents présentaient en réalité le type du mérycisme (régurgitation sans efforts apparents), mais on peut bien penser qu’ils extériorisaient soigneusement ce qui leur remontait dans la bouche afin que nul n’en ignore. Chez les uns ce mérycisme était volontaire, chez beaucoup d’autres il ne l’était certainement pas, mais il faut tenir compte de ce que ces malades vivaient à une époque dont les circonstances avaient pü modifier grandement leur psychisme et les réactions de leur système nerveux. Beaucoup furent examinés aux rayons X. Dans la plupart des cas on a noté que l’aérophagie volontaire était l'intermédiaire entre le désir, ou l'impulsion volontaire de vomir, et cette action elle-même, et qu’une fois la régurgitation stomacale « amorcée » les dits malades arrivaient à régurgiter la totalité du con: tenu opaque (G. DURAND). On conçoit que le traitement devait porter plus sur l’état mental du sujet que sur les phénomènes stomacaux eux-mêmes.
Les conditions de la guerre étaient assez exccptionnelles pour que depuis on n'ait eu que très rare-
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ment l’occasion d'observer des mérycoles de cet ordre, mais en dehors d’elle l’aérophagie peut encore se ren: contrer à l'origine du mérycisme des sujets névropathes. j
Chez les idiots, les arriérés, les fous, la déglutition de l'air est en effet un tic extrêmement fréquent et contre lequel on ne peut presque rien, Le mérycisme débute alors par un mode analogue à celui de l’aérophagie chez les individus sains d’esprit au cours d’une éructation. Mais le pronostic n’est pas le même, car tandis que chez celui-ci il n’y a pour ainsi dire pas de participation nerveuse, ici cette participation est prédominante et va contrarier la thérapeutique.
C’est ce qui se produit également pour les cas de mérycisme qui surviennent ‘au cours de ces aéropha-
gies pithiatiques aux manifestations si bruyantes.