‹ La Rumination chez l'HommeChapitre 40 sur 49 · EXAMEN DE ROGINSKI, PAR LE. D' CHARLIER · texte numérisé non relu

EXAMEN DE ROGINSKI, PAR LE. D' CHARLIER

Forme ei dimension de l'estomac. — L'examen à l'écran, praliqué le 4 juin 1921, montre que lout ce que déglutit notre sujet traverse lœsophage sans s'y arrêter et pénètre dans l'estomac.

Pour étudier la forme et les dimensions de la poche gastrique, il eut été logique de l’examuiner d’abord à jeun, puis d'y introduire des quantités croissantes de liquide opaque.

Malheureusement, je n'ai pu conduire mes recherches comme Je l'aurais voulu, M. Roginski, qui n'hésite pas à avaler du pétrole et des animaux vivants, redoutait d’ingérer l’'émulsion barytée malgré mes affirmations de sa complète innocuité. Il a tenu à commencer par avaler de grandes quantités d’eau, à en rendre, à en avaler de nouveau, de sorte qu'au début de l’exploration son estomac en était rempli, le niveau étant à quelques centimètres au-dessous du diaphragme, surmonté d’une assez considérable chambre à air. [Il procéda tout d’abord à l'ingestion et à la restitution de corps solides, puis il finit par consentir à absorber 250 gr. de gélobarine en suspension dans 250 cm. cubes de solution de gomme à 20 pour mille.

Voici ce que le D' Farez et moi constatons alors : l'émulsion se mélange immédiatement à l’eau ingérée auparavant et dessine les contours d’un estomac très dilaté. J'ai limpression qu'il contient au moins trois litres de liquide plus une chambre à air considérable. Sa hauteur, mesurée orthodiagraphiquement, est de 23 cent. 1/2; sa largeur, vers la partie moyenne, 6 cent. ; sa largeur maxima, vers le bas-

NT

fond, 10 cent. 1/2. Sa partie inférieure est portée vers la droite. Le pylore est à plusieurs centimètres au dehors de la colonne vertébrale,

Des contractions péristalüiques énergiques parcourent la grande courbure et chassent le liquide opaque à travers le duodénum, dont le siège et la forme sont classiques.

Les contractions’ volontaires de la paroi abdominale font remonter le bord inférieur de 6 centimètres environ.

Une radiographie est prise aussitôt après l'absorption de la baryte, dans l’état de repos des muscles abdominaux.

Une seconde, prise 10 minutes après, dans l’état de contraction, montre l’ascension de la partie inférieure, et, en même temps, montre qu'une assez forte proportion de la baryte à quitté l'estomac et se trouve dans l'intestin grèle.

Mode de remplissage: — La traversée de l’œsophage par le liquide opaque ne présente aucune particularité.

La traversée par des objets solides est étudiée ainsi qu'il suit : dans le fond d’un doigtier en caoutchouc, on met du carbonate de bismuth ; la partie vide est enroulée autour, enveloppée d’une feuille de baudruche ficelée par un fil, on a ainsi un paquet presque cylindrique ayant à peu près la forme et le volume d’une graine d’arachide (vulgo cacahuète) ; on en fait trois de dimensions un peu différentes.

Avec l’aide de quelques gorgées d’eau, les paquets sont avalés successivement. Ils descendent lentement. Le sujet sent quand ils s'arrêtent, quand ils reprennent leur marche, quand ils pénètrent dans lestomac. Chacun de nous, d’ailleurs, à des sensalions de ce genre quand, par inadvertance, il déglutit une bouchée trop grosse.

Pour des raisons exposées plus haut, nous n'avons pu étudier, comme nous l’aurions désiré, le mode de remplissage de l'estomac ; étant donné la vigueur de ces contracüons, 1} est probable que nous aurions constaté qu'il se moule exactement sur n'importe quelle quantité de liquide, pelle ou grande, si le suiet s'élait prêté à cette recherche.

Mode de restitution des liquides. — Le liquide est rendu sous une pression forte et continue, en un jet que M. Roginski dirige adroitement vers une cuvette ou un seau placé à un mètre ou plus de lui; on croirait voir des jets d'eau que lancent les dauphins des fontaines publiques.

Ce retour se produit sous l'influence de l’action combinée de la contraction du diaphragme et des muscles abdomi- -naux, on s’en rend compte en observant le sujet.

Vient-1l s’y surajouter des contractions des parois stomacales. Cela ne me paraît pas douteux. Chez les malades que nous examinons, nous voyons habituellement les ondes péristaltiques devenir plus fréquentes et plus énergiques au moment où 1ls contractent leur sangle abdominale pour faire ventre creux, Chez notre sujet, nous voyons le même phénomène se produire. Mais ici, vraisemblablement, la contraction des paroïs n’a pas pour effet de pousser le hquide opaque vers le duodénum. Elle doit plutôt, conformément à ce qui se passe dans le vomissement, ouvrir le cardia et chasser le liquide vers l’æœsophage. Le pylore doit être fermé. Je n'ai pas vu le liquide le franchir au moment du retour du liquide, Cependant, je n’oserais pas insister sur ce point, n'ayant pu prolonger la recherche aussi longtemps qu'il aurait été nécessaire.

Le cardia et l’œsophage ne jouent dans le retour des liquides qu'un rôle passif, se contentant de ne pas s'opposer à la sorte des liquides.

Mode de restitution des objets solides. — Dans un premier temps, l’objet sort de l'estomac pour rentrer dans l'œsophage. Nos petits sacs de baudruche flottent à la surface du liquide. Plaçant le sujet en oblique antérieure droite, nous voyons que sous l'influence des contractions, ils se rapprochent du cardia. Tout à coup, lun d'eux est projeté dans l’extrémité inférieure de l’œæsophage ; il retombe dans l'estomac ; il est projeté une seconde fois et le cardia se referme derrière lui. À ce moment, le rôle des contractions

LTÉE

abdominales est terminé. Dans le deuxième temps, l’objet remonte du cardia dans la bouche. Notre pelit sac parcourt ce trajet avec régularité, lenteur, en 10 secondes environ, sans effort apparent du sujet, sous l'influence des contraclions antipéristaltiques de l'œsophage. Finalement, il apparaît dans la bouche entr'ouverte de l'opérateur.

Il me paraît que notre méryciste trouve dans le remplissage au maximum de sa poche stomacale une condition favorable pour la réussite de ses expériences. La contraction des muscles abdominaux produit évidemment ainsi plus facilement son effet; et, d'autre part, le niveau du liquide est plus voisin du cardia. M. Roginski s’en rend probablement compte puisqu'il boit une grande quantité d’eau «pour faire son plein » avant de commencer et aussi au cours de ses expériences pour remplacer l’eau qu'il rend par la bouche ou qui s'échappe par le pylore.

Ceci s'applique à la restitution des liquides et aussi à la restitution des objets solides.

Pour les objets solides, il me paraît de plus très favorable qu'ils flottent à la surface de l’eau, on en comprend aisé le pourquoi. Ceci n'a d'ailleurs rien d’absolu puisque M. Roginski fait revenir des poissons vivants et puisque, même en dehors des mérycistes très entraînés, beaucoup de personnes régurgilent spontanément soit des fragments d'aliments indigestes, soit de petites pierres avalées avec la nourriture.

Comment le sujet reconnaitAl, parmi les différents objets contenus dans son estomac celui qu'il en doit extraire ? Il déclare qu'il n’en sait rien et qu'il est guidé par une sorte d'insüinct. Notons qu'il éprouve plus de difficultés à faire revenir nos petits sacs de bismuth qu’à ramener les noiselles ou les billets de banque. Il est, en conséquence, possible que le sujet reconnaisse plus ou moïns nettement le corps soit à la résistance opposée à son passage par le cardia, soit à la sensation qu'il procure à la partie infé-

re rieure de l'œsophage. Sentant qu'il üent le corps désiré, il fait un eflort qui détermine la fermeture du cardia et les contractions antipéristaltiques de lœsophage.

Je propose cette hypothèse pour les pelts corps flottants à la surface du liquide, ayant vu comment notre sujet les restilue. Je ne sais si elle peut être envisagée pour la restitution des poissons vivants, n'en ayant pas vu faire.

En résumé, l'observation de notre méryciste m'a permis de faire les constatations suivantes : Les liquides et les objets avalés s'accumulent dans l'estomac qui est de grande dimension, avant d'en remonter au commandement,

Le retour des liquides s'effectue en un jet puissant el régulier, sous l'influence des contractions des muscles abdominaux.

Le retour des solides s'effectue en deux temps ; les contracüons abdominales les projettent dans l’œsophage, puis le cardia se ferme et les objets remontent sous l'action des contractions antpéristalüques de l’æœsophage.

Le remplissage au maximum de l'estomac paraît une condition favorable pour le retour des liquides et des solides. Pour le retour des solides, une autre condition favorable est qu'il flottent à la surface du liquide.

Il est possible que le sujet reconnaisse les solides d’après le degré de la résistance que leur oppose le cardia et d’après la sensation qu'ils procurent à la partie inférieure ‘de l’œsophage.

Page 1