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manière différente et qui n'amena qu'à des résultats tout contraires à ceux qu'on espérait en obtenir. : Notamment, les terres, délaissées par leurs anciens propriétaires les Tcherkesses, furent soit distribuées gratuitement et à titre de récompense aux généraux ayant pris part à la conquête du Caucase, ainsi qu’à divers hauts personnages de l'administration locale,
soit vendues au taux dérisoire de 25 francs l’hectare,
avec faculté de verser cette somme si infime, non en une fois, mais dans le courant d'une période de dix ans. Les lots de terrains ainsi distribués ou vendus étaient généralement très considérables, de 500 à 3 000 hectares, selon le mérite et les services de chacun.
On supposait que Îles personnes ainsi favorisées se donneraient pour tâche de cultiver et d'exploiter les terres qui leur échurent si avantageusement ; mais en réalité, à de rares exceptions près, il n’en fut rien ; pendant plus de vingt ans la presque totalité de ces terres resta inculte ; même les derniers vestiges de l'ancienne culture des Tcherkesses disparurent bientôt, la forêt envahit les champs autre-
fois défrichés, les plantations ‘d'arbres fruitiers se
perdirent au milieu des bois,:où on les découvre parfois encore aujourd'hui, à l'état demi-sauvage, ou bien furent abattues sans merci par les rares
habitants de la contrée, afin d'en recueillir plus ., aîtsément les fruits !
C'étaient les plus belles terres avoisinant la mer
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qui furent, pour la plupart, distribuées de la sorte à des particuliers. Dans les localités moins accessibles et plus difficiles à cultiver, on installa des colons, soit des Cosaques, sur lesquels on comptait pour la défense du pays, mais qui présentaient un élément de colonisation absolument défectueux et que le Gouvernement devait pendant de longues années entretenir et nourrir à ses frais, soit des Arméniens et des Grecs, que l’on faisait venir à grand frais de PAsie Mineure, espérant qu'ils seraient capables d'introduire ici une culture nouvelle, appropriée aux
, conditions du pays. Ces colons furent également
très privilégiés sous le rapport des terres, car on ne leur alloua pas moins de 20 à 30 hectares pour chaque famille ; mais ils ne parvinrent jamais à en cultiver qu'une part minime, le reste est encore aujourd'hui à l’état inculte et sauvage.
Après toutes ces allocations de territoires, il ne resta entre les mains du Gouvernement que des espaces relativement restreints, sur lesquels nous basâmes néanmoins, M. Abaza et moi, notre nouveau système de colonisation du littoràl. Nous partageàmes le terrain disponible, dans les localités où 1l pouvait se prêter aux cultures les plus lucra-
tives, en petits lots de 2 à 10 ou 20 hectares, et
nous les proposämes en location à ceux qui voudraient s'engager à les défricher, à les mettre en culture et y bâtir des habitations, avec la faculté, pour ceux qui auraient, dans l’espace de cinq ans,
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rempli leurs engagements, de les acquérir en propre au moyen du rachat de la redevance annuelle. Nous fimes des contrats assez sCvères, en indiquant la partie de la surface à cultiver (dans les commence ments un quart, plus tard la moitié de la superficie totale des lots), le nombre des arbres ou des visnes à planter, et jusqu'aux dimensions minima des mai-
. sons à bâtir. Tout ceci Ctait fait pour éloigner les accapareurs de terrain, qui ne voudraient poursuivre que des buts de spéculation. Tous les lots sur lesquels les engagements ne seraient pas remplis à l'expiration de la période de cinq ans, devaient revenir au Gauvernement sans rémunération aucune des possesseurs temporaires, pour être alloués à d'autres. compétiteurs. Nous fixämes, toujours dans Île but d'évincer la spéculation, des taux de location assez élevés pour l’époque, de 10 à 25 francs de redevance annuelle par hectare, ce qui correspondait à des prix de vente de 200 à 500 francs l'hectare, selon la localité et la situation du terrain, au lieu de 25 francs que devaient vérser en dix ans les propriétaires privilégiés dont j'ai parlé plus haut, exempts en outre de toute obligation par rapport à la mise en culture'de leurs lots.
Le succès couronna notre système au delà de toute espérance. Les compétiteurs affluèrent en masse, nous n'avions entre eux que l’embarras du choix ct nous eùmes la possibilité de don-
ner la préférence à céux qui nous semblaient
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présenter le plus de garanties. Les entrepreneurs sérieux ne se laissaient pas intimider par nos exigences et je dois rendre justice à la plupart d'entre eux ; ils remplirent leurs engagements bien au delà des conditions obligatoires et souvent bien avant le terme fixé par le contrat, ce qui leur donna le droit de racheter en propre les lots bâtis et cultivés par eux. Nous n'eûmes à appliquer les mesures de rigueur que vis-à-vis d'un tout petit nombre de nos fermiers, les. autres reçurent leurs terres en pleine
possession ; quelques-uns s'établirent définitivement
dans le pays, d’autres les revendirent à des prix qui non seulement couvrirent leurs frais, mais leur donnèrent d'énormes bénéfices, car les prix des terres du littoral montèrent bientôt à des taux fabuleux s'élevant, aux environs de Sotchi par exemple, à 20 000, 30 000, 40000 francs l’hectare et même au dela. |
Le succès des premiers venus en attira d'autres et le pays progressait à pas de géant. Il fut même question de construire le long du littoral une ligne de chemin de fer, qui devait donner à Îa contrée une impulsion nouvelle. Malheureusement, la guerre avec le Japon, d’abord, les troubles révolutionnaires dont le littoral a été le théâtre ensuite, vinrent entraver nos efforts et ralentir ce développement progressif; mais il faut espérer que ce nest que partie remise. Ce qui est fait ne sera pas perdu pour la contrée, ct l'attention générale en Russie
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