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aide notre Banque foncière de l'Etat, dont les statuts demanderaient à être réformés, car jusqu'ici elle fonctionnait en partant du principe, fort juste sous un autre point de vue, que l’on ne doit prêter qu'aux riches. C’est à eux que l'Etat devrait en première ligne faciliter l'émigration vers les pays lointains et vierges de la Sibérie, en leur donnant des subsides et même des subventions à fond$ perdus, car leur situation actuelle les met dans l'impossibilité absolue d'entreprendre Île voyage à Ieurs propres frais.
Si j'ai dit précédemment que l'émigration vers la Sibérie servait de déversoir pour le surplus de la population rurale de certaines parties de Ia Russie, - je dois ajouter que, dans les conditions actuelles, ce n'est point la partie la plus pauvre, la plus misérable de la population qui en profite, car il lui manque pour cela les fonds nécessaires, si minimes qu'ils soient, mais les paysans relativement plus fortunés, pouvant subvenir aux frais du transport et qui n'y sont pas toujours poussés par la misère. Le résultat en est que l'émigration ne donne pas tobs les bons résultats que l’on pourrait en attendr: et que souvent même les émigrés, déçus dans leurs espérances fantastiques de trouver au delà des monts Oural une terre coulante de lait et de miel, s'en reviennent vers leur village natal, mais s'en reviennent ruinés, désespérés et, ne retrouvant plus leurs habitations ni leurs terrains d'autrefois dont
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leurs co-villageois se sont emparés de droit, ne font. qu'augmenter la classe des prolétaires et des mé-'
contents. Dans ces conditions, l'émigration ne pourra se pratiquer sur des bases rationnelles et profitables pour les partants comme pour les restants, qu’en tant que l'Etat en prendra la direction ct la facilitera aux plus déshérités, aux plus besoigneux, qui n'ont rien à attendre chez eux et qui, dans les pays loin- tains où l’on devrait les appeler, pourraient se créer, avec l’aide du Gouvernement, une existence nouvelle de bien-être et de prospérité relative. L'organi-
sation rationnelle de l’émigration est donc encore
une tâche sur laquelle les représentants du peuple devront dire leur premier mot.
Mais ce n'est pas tout encore. J'ai déjà démontré dans quelles circonstances do à l’exploi-
tation se trouvaient souvent les terres des paysans;
éparpillées en un nombre considérable de petites . parcelles éloignées des habitations, etc. Il est évident que tant que durera cet état de choses, aucune culture rationnelle ne sera possible. Ceci s'applique à la situation de chaque paysan, membre de la commune, en particulier. En outre, on doit mentionner
les conditions tout aussi défavorables d’un grand. nombre de villages par rapport à la configuration
de leurs terres, souvent divisées par des terres appar-
tenant à des particuliers, ne possédant ni bois pour.
se chauffer, ni prairies ni pacages pour leurs troupeaux, ni parfois même de lieux d’abreuvoir pour
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ces derniers. En outre, leurs terres ne sont pas toujours nettement délimitées des terrains appartenant à d’autres villages ou à des propriétaires voisins. Si le dicton français : « Qui terre a guerre a » trouve son application partout, on comprend à quel point ces espèces de guerres doivent être fréquentes,
acharnées et pernicieuses pour tous les rntéressés,
dans les conditions qu’on vient de mentionner. Les paysans, n'ayant ni bois, ni prairies, ni pacages, ne pouvant mener leurs troupeaux à l’abreuvoir qu'en passant par des terrains étrangers, sont à la merci de leurs voisins. Îls sont obligés de louer ce qui leur manque (prairies, pacages) coûte que coûte, à des prix souvent exorbitants. Ils doivent payer à leurs voisins Île droit de mener le bétail à l’abreuvoir, tant par tête, au risque de le laisser mourir de soif. Ils. doivent se procurer le bois de chauflage et de construction aux prix que les voisins voudront bien fixer, | ou bien chauller leurs pauvres huttes avèc de la paille, construire leurs isbas avec des b'iques de terre, les couvrir de chaume, au risque de perdre tout leur avoir par suite des incendies si fréquents en Russie, et qui emportent des centaines de millions par an. Les endroits où l’on peut se procurer de la pierre de construction à bon marché. sont rares, l'ardoise manque, la tuile ne résiste pas aux rigueurs des hivers, le fer, que l’on emploie de préférence pour la toiture des constructions en Russie,
est relativement cher.
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I est vrai que l'Etat, par l'organe de l’ancien
: Ministère de l'agriculture dont j'ai eu l'honneur Rn d’avoir la direction, est venu libéralement en aide manqi aux paysans en leur vendant, à des prix considéra- roue blement réduits, le bois de construction et de. passer Chauffage des forêts domaniales; mais ces forêts sont (La loi ‘disséminées très inégalement sur la superficie des de l'Empire, étil est de localités, des provinces tout quand entières, où elles manquent presqu'entièrement. rien à Les 7emsivos, organisations de self government "y | les p: jouant un rôle très important dans la gestion: de" des: ri affaires locales du pays, — mais qui, aussi, n'existent ” Lorie que dans une partie de l’Empire, — tâchent dg leur + ER o côté de venir en aide aux paysans en organisant A
Est assurance mutuelle contre je feu, en Ieur enseisnant atteini à faire des constructions bien #, en leur bre procurant le fer pour toitures à prix réduits et à LI crédit. Mais tout cela ne peut suffire à améliorer 7 despa sérieusement le sort des villages manquant de tout Maisc
)- ce qui est nécessaire à leur bien-être. À l'époque de couTr la libération des serfs, on n'y regardait pas de si nous ce près, et l’on songeait peu à l'avenir. Le bois abon- de <au dait presque partout et se vendait à bon marché; les : pas nc pacages servaient souvent aux troupeaux des pro- oraduc
- priétaires et des paysans, en commun ;siles prairies prairic manquaient, les paysans n'avaient qu’une partie de leur 1 leurs terres en culture et laissaient les autres en terrait
:. friche, — l'herbe y venait naturellement, — ou bien : la ha les steppes non encore défrichées remplaçaient. les poussé
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‘prairies et servaient de pâturage. Aujourd'hui, tout:
est bien changé, changé à jamais. Les. paysans, manquant avant tout de terres arables, ont défriché
tous les terrains où la charrue pouvait seulement - passer. Ils ont abattu leurs bois, là où ils en avaient (la loi protégeant les forêts et défendant les. coupes
“dévastatrices n’a été promulguée que bien plus tard,
quand dans beaucoup de localités il n’y avait plus
rien à protéger); — ils ont transformé les steppes, les pâturages, les prairies jusqu'aux bords même des rivières, en terre arable, ils ont parfois — horribile dictu — détruit les digues des étangs et en ont laissé écouler l’eau, pour en labourer les fonds, — et ceci dans un pays où lé manque d'eau atteint souvent à la hauteur d’une calamité publiq ug4
oblige les habitants à émigrer. 4 ÿ
Tels sont les côtés néfastes de ja situation actééile des paysans dans bien des iocalités de notre pays: Mais de cette situation ceux-ci ne sont pas seuls à souffrir. Nous, les proprictaires, leurs voisins, nous nous en ressentons tout auto” t qu'eux. Quel moyen de sauvegarder nos terres, ‘dont les: limites ne sont pas nettement déterminées, contre l’envahissement graduel de nos bons voisins ? Comment garantir nos
: prairies et même nos champs contre l'invasion de
leur bétail, qui ne trouve pas sa pâture sur leur terrain à eux? Comment préserver nos forêts contre la hache des voleurs de bois, qui sont souvent
poussés par la misère et obligés de nous soustraire
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les quelques büches, sans icsquelles ils risqueraient de mourir de froid dans leurs chaumières pendant Ja rude et longue saison d'hiver, surtout quand la provision de paille et même de fumier d’étable desséché qu'ils emploient pour se chauffer est à court!
Je ne parle point du braconnage dans nos forêts ni de la pêche clandestine dans nos rivières à nos
lacs, — ce sont des bagatelles auxquelles nous ne regardons pas d'aussi près; — mais le moyen € ne
pas poursuivre les infractions plus sérieuses :: nos droits, l'envahissement denosterres, les dévästations de nos prairies, la coupe de notre bois, ètx.? Les gardes champètres, les gardes forestiers, sant souvent insuffisants à nous protéger, et puis ils risquent quelquefois leur vie en sauvegardant les intérêts de leurs patrons avec trop de zèle. Nous sommes donc obligés de nous adresser aux tribunaux, quand nous parvenons à connaître le nom de ceux dont nous avons à nous plaindre, — ce qui n'est pas toujours facile; — mais, même dans le cas d’un verdict de culpabilité, nous n'y gagnons pas grand'chose, une indemnisation de nos pertes est rarement possible sans la ruine définitive du condam né, et saséquestration en prison ne servirait qu'à nous créer un ennemi de plus dans notre voisinage le plus proche, — ce qui n’est guère désirable et prudent, — Îles meules de foin, les granges de blé et mème nos bâtiments rustiques prennent feu si facilement...
Il ressort de tout ce qui précède que les proprié-
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