ISLE LA RUSSIE AGRICOLE
Comparées aux terres noires d'autre provenance, celles-ci ont prouvé être riches en matières céolitiques, tout comme en humus. Elles peuvent être également considérées comme riches en potasse ; ainsi la terre noire de Podolie (Uladowka), analysée jadis par M. le professeur Grandeau, n'en contient ‘que 0.25 pour 100 contre 0.80 et 0.69 pour 100 ici. Leur teneur en acide phosphorique (0.19 pour 100) peut être considérée comme moyenne, car M. Grandeau cite des exemples de terre noire en contenant jusqu'à 0.29 ; mais l’on sait qu'il est des terres dont la teneur en ces éléments est encore bien plus forte, sans qu'elles se distinguent pour ce motif par leur fertilité.
Ainsi, ces analyses démontrent une fois de plus que, sous le rapport de sa composition chimique, et surtout en tant que matières minérales, le tchernozème ne présente rien de particulier, rien qui puisse le caractériser comme une terre exclusivement riche. Ce fait a du reste été constaté depuis longtemps ; je puis m'en rapporter à ce sujet à l'opinion de M. le professeur Déhérain, qui dit dans son Cours de chimie agricole, que « si l’on compare la composition de la terre noire de Russie à celles des nombreuses terres de France (entre autres celles de Brie), on n’y découvre rien qui permette d'expliquer la difference excessive de leur fertilité, et cependant si la terre de Brie cessait d'être fumée, elle ne donnerait plus bientôt que des récoltes très chétives, tandis
que les terres noires de Russie sont capables de fournir pendant une longue série d'années des récoltes de céréales sans recevoir aucun engrais. » La richesse du tchernozème en matières humiques, et par suite en azote, ne nous avance pas ‘* beaucoup dans la solution de ce problème, car on sait que l’humus ne peut servir directement à la nutrition des plantes et que l'azote entrant dans la composition des matières organiques du sol ne leur sert pas davantage sous ce rapport, d'autant plus que, même en ceci, la terre noire ne détient nullement'le record, si on la compare aux terres tourbeuses par exemple, dont j'ai parlé plus haut. Nous n'en sommes donc pas plus avancés pour cela : ‘e pur se muoye, ct pourtant la terre noire peut à juste titre être considérée comme la plus féconde des terres connues, car pour peu que les conditions physiques de l’année soient favorables à la production végétale, elle ne se refuse point à donner presque indéfiniment de bonnes récoltes, parfois des récoltes hors ligne, sans réclamer pour cela aucun engrais ; si après une longue série de culture elle manifeste des signes d’épuisement, si ses bonnes récoltes deviennent de plus en plus rares, il fui sufht de quelques années de repos, qui pourtant ne lui apportent rien ou presque rien du dehors, pour que ses forces productives soient pour ainsi dire rétablies et que la série des bonnes récoltes reprenne. : I y a même plus, car, comme je l’ai indiqué en
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