‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 75 sur 140 · LOT L · texte numérisé non relu

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passant, la fumure ne produit pas toujours sur la terre noire l'influence que l’on pourrait en attendre ; les effets des engrais chimiques minéraux sont sou-

ent encore moins appréciables ; durant les bonnes

années, les années d'humidité suflisante et de chaleur modérée, le surplus de fa récolte qu'on leur doit suffit à peine à couvrir leurs frais d'achat, surtout pour les céréales, et ils sont tout aussi impuissants à combattre linfluence néfaste de la sécheresse durant les mauvaises années. On ne pourrait en dire autant des engrais azotés, dont l'application sous forme de sulfate d'ammoniaque ou de nitrate donne parfois de bons résultats et se manifeste par une croissance plus puissante des plantes et par leur état plus luxuriant ; mais sans parler du prix trop élevé de ces engrais, l'effet de l'introduction des matières azotées dans une terre dont la richesse en azote est déjà très considérable, ne nous avance pas : beaucoup au point de vue de la question qui nous occupe. ——

Le professeur Dehérain cherchait à expliquer la fécondité de la terre noire par l'épaisseur de la couche-arable+ la couche productive. Il est vrai que la couche de tchernozème atteint quelquefois un mètre et même au delà ; mais, d'abord, avec l’outillage imparfait dont disposent nos paysans pour le labour des terres, cette couche n'est utilisée que très superficiellement et les racines des céréales, qui prédominent dans notre culture, ne pénetrent que

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difficilement à une profondeur plus ou moins grande

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profondeur de cette couche ne joue point, comme l'a

démontré l'expérience, de rôle appréciable par rap-

port aux rendements du tchernozème n1 durant les

bonnes, ni durant les mauvaises années, à autres , conditions égales.

I! faut donc chercher la solution de notre problème ailleurs. En ne tenant compte, pour le moment, que des propriétés chimiques du tchernozème, je la trouve dans les belles recherches de M. Grandeau sur le rôle des matières organiques du sol dans les phénomènes de la nutrition des végétaux. Les études que le savant professeur a publiées il ÿ a plus d'une trentaine d'années, ont été en leur temps saluées par le célèbre Liebig comme une phase nouvelle dans la science, éclairant d'un jour nouveau faction, quoique indirecte, mais puissante de l'humius dans la production végétale; ces recherches nousexpliquent la cause de la fécondité, ou, comme je l'ai désigné plus haut, — de la prodigalité du tchernozème, dont la composition chimique ne dépasse pas à un degré marqué les autres terres, d'une fertilité bien inférieure. | I m'est impossible d'entrer ici dans les détails de Ja question. Je rappellerai seulement que si, d’après M. Grandeau, l’humus ou les matières organiques du sol ne sont point assimilables par les racines des plantes, elles sont des agents de la plus

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haute importance pour le développement des végétaux, jouant le rôle d'intermédiaires entre le sol et Ja plante ; elles transforment, en s’y combinant, les éléments minéraux en composés solubles, que les racines des végétaux détruisent à leur tour, pour s'emparer des substances inorganiques, en laissant * dans le sol la matière combustible. Cette matière est donc le véhicule indispensable, destiné à transporter, en les rendant assimilables, Îles éléments minéraux, impuissants, sans leur secours, àalimenter les plantes. La principale cause de la fertilité des terres noires de Russie n'est donc point leur richesse absolue en matières minérales, qui ne surpasse point celle de beaucoup d’autres sols d'une fécondité bien inférieure, mais réside dans l'état particulier où s'y trouvent les principes minéraux indispensables au développement des végétaux, — c'est-à-dire en combinaisons avec les matières organiques du sol, ou l’humus, dont le tchernozème est si richement pourvu. Dans les terres qui on manquent, le même rôle bienfaisant est joué par la matière organique du fumier ; enlevez la matière noire au tchernozème, il devient tout aussi stérile que les autres, tant qu'on ne Îla leur restitue pas artificiellement. En l'absence de cette dernière (ou quand, par suite de conditions physiques dont je parlerai plus tard, elle ne peut jouer le rôle important qui lui incombe), les engrais chimiques, à eux seuls, l'apport à la terre des matières minérales même en abondance, ne peuvent produire

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un cffet semblable à celui que celles-ci produisent lorsqu'elles sont en combinaison avec la matière organique, dont Île rôle est si bien défini par EM. Grandea.

Cette théorie semble parfaitement justifierles particularités du tchernozème, énencées plus haut. La richesse naturelle en humus, facilitant aux plantes l'assimilation des matières minérales, dont cette ‘terre ne manque point, explique la fertilité du tchernozème, sa faculté de production en présence des conditions naturelles propices au développement des plantes, à la migration, aux transformations des principes minéraux en combinaisons solubles. L'apport du fumier, l'enrichissement en matières orga- ‘niques de Îa terre qui en contient déjà en abondance, est sinon inutile, car celles du fumier agissent peutêtre avec plus d'énergie encore que les matières organiques du sol, mais est loin d’avoir une importance aussi capitale que pour les sols pauvres en humus, et produit par suite beaucoup moins d'effet sur les récoltes. L'apport des matières minérales à l'état d'engrais chimiques resteencore moinsefficace ; si ce n’est point verser de l'eau à la rivière, si, comme dit un proverbe russe, le lard ne gâte point le gruau, leur action n'est que relativement faible, absolument incomparable à l’action qu'ils produisent . sur les terrains pauvres, manquant d'éléments minéraux nécessaires à la plante.

En admettant même que la terre noire ne leur en

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