‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 76 sur 140 · AU · texte numérisé non relu

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offre pas un stock plus abondant que d’autres terres à richesse égale, moins la matière organique, les plantes y trouvent une table mieux servie, un régal,

“plus alléchant, des mets plus digestifs. Quant à un

épuisement eflect# de ces matières par des cultures répétées, 11 n’est pas à craindre de longuc date, vu surtout la couche épaisse du tchernozème et la possibilité de profiter, au moyen de défoncements, de couches sous-jacentes, dont la composition est à peu près identique à celle de la couche superficielle, seule exploitée jusqu'ici. Aussi les labours profonds donnent-ils généralement de très bons résultats en élevant le rendement de la terre, sauf dans les années de sécheresse, quand ils semblent au contraire activer le dessèchement de la couche arable à une plus grande profondeur, comme je le démontrerai par la suite, ce qui fait que le labourage superficiel compte de

chauds partisans parmi nos agriculteurs dans les

régions les plus sujettes à la sécheresse.

D'un autre côté, le ‘caractère particulier de la terre noire ct l’état des substances qui entrent dans sa composition nous permettent d'expliquer l'in-. fluence si marquée d’une période plus ou moins longue d'abandon de la terre en jachère sur sa capacité de production, comme aussi la fertilité prodigieuse des terres nouvelles, des steppes mises en culture pour la première fois, fertilité qu’elles conservent pendant une série plus ou moins longue d'années. Après, une période de repos de quinze à

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vingt ans, le sol reprend, comme on dit, ses forces et retrouve les qualités des terrains vierges, capables de donner les plus belles récoltes tout comme auparavant k on en profite pour y semer les plantes les plus exigeantes, mais aussi les plus lucratives, tels que blés durs, millet, lin pour graine, melons et <pastèques, qui entrent parfois dans l'assolement, ct que l’on cultive sur une large échelle dans certaines provinces du Midi. | Durant la période de repos, la terre n’a rien recu du dehors, à l'exclusion des parties infinitésimales d'azote qui lui tombent pour ainsi dire du ciel avec la pluie et la neige. Mais il est évident que la régénération des forces productives de la terre ne vient pas de Îà. L'efficacité du procédé ne provient pas d’un accroissement dans la richesse absolue en matières minérales, mais dans la reconstitution du stock des ‘matières nutritives que la terre contient naturellement en quantités plus que suflisantes pour la végétation, mais dont les plantes ont, durant Îa période précédente de culture, épuisé la provision assimilable. Cette reconstitution, ce passage des matières minérales d’un Ctat inerte à l’état accessible aux racines des plantes, se produit grâce aux parties humiques du sol d'abord, et grâce à toute une série de réactions chimiques d'autant plus actives et fécondes, que les conditions physiques du sol et le caractère climatérique des saisons les favorisent. Dans un sol desséché, durant les périodes

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de sécheresse, en l'absence de l'humidité nécessaire, ces réactions se ralentissent, leur marche subit des arrêts ; le sol ne reprend ses propriétés primordiales qu'après une période beaucoup plus longue, ce dont

“on peut juger d’après les plantes qui y apparaissent

spontanément.

Nos savants botanistes ont depuis longtemps constaté l'apparition et la disparition consécutives des plantes sur une terre abandonnée à elle-même, à mesure du changement et de la reconstitution de

ses propriôtés chimiques et physiques, ces plantes

pouvant servir d'indice à l'agriculteur sur l'état de sa jachère prolongée. Sans entrer dans les détails

des changements graduels de la végétation sur des

terres laissées en friche, je me bornerai à dire que la terre est considérée comme reconstituée et apte à porter une nouvelle série de cultures, quand y apparaissent en quantité plus ou moins considérable les herbes de l'espèce nommée Stipe : la Stipa pennata et surtout la Stipa capillata, qui recouvre

le sol de ses longues tiges fleuries, pareilles à des

cheveux argentins. « La terre s'est recouverte de

-stipe, disent nos paysans, amène ta charrue et sème

ton blé. ». On peut être sûr d'avance d’une bonne récolte, car la terre est reposce, elle a repris ses forces.

Il est à remarquer, en outre, que la végétation

souvent luxuriante qui recouvre une terre abañdon-

née à elle-même, sert à en augmenter la richesse tant

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à ENCORE LA TERRE NOIRE 193 directement qu'indirectement. Elle l’augmente çd’une manière directe et absolue par les matières azotées qu'emmagasinent les plantes légumineuses dont cette végétation spontanée est en grande par- stie constituée, et d’une manière relative, grâce aux matières nutritives que Îles racines de ces plantes, pénétrant à une grande profondeur dans le sous-sol, . y puisent pour nourrir leurs parties supérieures ; elles sont abandonnées ensuite dans la couche superficielle du sol. C’est absolument le même rôle que jouent dans une culture plus intensive et rationnelle la Îuzerne, le sainfoin, Île trefle, et d’autres plantes améliorantes introduites ailleurs artificiellement dans l’assolement, et dont Îles analogues viennent ici spontanément.

: Mais à côté de ce rôle bienfaisant des plantes spontanées, enrichissant la couche superficielle du - Sol par l'apport des matières nutritives provenant du sous-sol, ou plutôt des couches sous-jacentes à la terre arable et non encore entrées en culture, — la charrue n'ayant généralement touché que la surface, un quart et souvent même moins de toute l’épaisseur du tchernozème, — il faut encore citer un phénomène physique naturel tout aussi important, qui sert également à enrichir cette même couche de terre arable. C'est le transport des éléments utiles, solubles dans les solutions aqueuses qui circulent dans la terre, montant des profondeurs à la surface, par l’entremise des canaux capillaires du sol. C’est

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