‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 90 sur 140 · A ‘or · texte numérisé non relu

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vos agriculteurs attribuent des phénomènes du

même genre et dus aux mêmes causes, est incon-

nue chez nous, le terme même de June rousse n'existe pas dans notre langue. D'un autre côté, un mois de mai froid, à condition que la baisse de la température n'arrive pas à des excès, et surtout humide, est toujours considéré dans nos parages comme un précurseur d’une récolte abondante. Au Midi, c'est le mois d'avril qui joue le mème rüle.

Il est à remarquer que, sous le rapport calorique, il y a une différence notable entre la terre noire et: les terres sablonneuses, et ceci encore au désavantage de la première. Il résulte, d'après Îles observations de nos stations météorologiques, que lesterres sablonneuses emmagasinent pour ainsi dire plus de froid en hiver et plus de chaleur durant la période de végétation. Mais, en revanche, la terre noire, étant de beaucoup plus compacte, plus dense que ces der-

nières, se laisse plus diflicitement pénétrer par la

chaleur printanière, se dégèle plus lentement de haut en bas au printemps, et les phénomènes que j'ai mentionnés plus haut, de la dislocation des couches provoquant la rupture des parties souterraines des plantes, suivie par leur déperdition immédiate, se manifestent plus souvent dans le tchernozème que dans les terrains sablonneux, et d'autant plus qu'il

‘est plus compact, qu'il contient plus d'argile et de

matière organique, d'humus. Plus le terrain contient dé parties sablonneuses, plus il est perméable tant

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pour l’eau que pour les rayons de chaleur; et la végé-

tation est toujours en avance sur le sable par rapport

à la terre noire ; la récolte s’y fait également quelques jours ou même une semaine plus tôt que sur les terres noires de Ja même région.

Le même phénomène se répète par rapport à l'effet des pluies. Malgré leur grande perméabilité, les terres sablonneuses résistent généralement beau-

coup mieux à la sécheresse que le tchernozème, et la croûte superficielle, dont celui-ci se recouvre

après chaque pluie un peu forte, ne laissant pas l'eau s’infiltrer dans sa profondeur, ne se forme

‘jamais sur celles-là. Aussi, les terres sablonneuses ‘ profitent mieux des pluies que ne Île fait le tcherno-

zème ; toute l’eau qu'elles reçoivent du ciel, elles l’'engloutissent et en fournissent les plantes. L'expérience démontre que dans les années de fortes sécheresses, comme celles de 1891, 1897 et 1905, Îles

. récoltes ont été de beaucoup supérieures sur les

tive tant bien que mal,

terrains sablonneux que sur [ä terre noire.

Ceci suffit, je crois, pour démontrer comment il se fait que le. tchernozème, malgré sa haute fertilité naturelle, laisse la population qui lhabite et le culet mal plutôt que bien, — plus souvent en détresse que les terrains sablonneux les plus pauvres de nature. Les conditions météoro-

‘logiques néfastes réagissent sur lui avec beaucoup

plus d'intensité ; il'se dégèle plus lentement au printemps, il se laisse difficilement pénétrer par la cha-

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leur ; malgré sa haute puissance d'absorption, il absorbe une moindre quantité de l’eau des pluies et même de celle qui provient des fontes des neiges, car elle s'écoule en grande partie à sa surface, et il n'en apporte par temps de sécheresse qu’une moindre provision aux racines des plantes. Pour parer à tous ces inconvénients, dont les agriculteurs de la région du tchernozème se ressentent si souvent, on doit adopter des procédés de culture tout spéciaux, et dont le but principal consiste dans la lutte contre les effets pernicieux de la sécheresse, le fléau dominant de ces parages.

Si je parle si souvent de Îa sécheresse, si je lui attribue les mauvaises récoltes dont nous souffrons périodiquement malgré la fertilité naturelle de nos terres, il ne faut pas cependant me prendre € trop à la lettre et se représenter la Russie, ni mêmeles régions du Centre et du Midi qui font l’objet de mes études actuelles, comme une espèce de Sahara dénudé et aride. Rien ne serait moins conforme à la réalité, et j'étonnerai peut-être le lecteur en disant que, dans ces parages mêmes, la moyenne annuelle de l'eau qui nous tombe du ciel, tant sous la forme de pluie que sous la forme de neige, n'est presque point infégèure à celle que l'on constate ailleurs, même dans les contrées où l'on se plaint plutôt d’un exces

.d’humidité. Ceci peut paraître étrange, et néanmoins

c'est la vérité pure, qu'il ne m'est point diflicile de

prouver par des chiffres, résultant des observations

d'un grand nombre de nos stations météorologiques.

Ainsi, la moyenne annuelle de l'eau, tombée à Saint-Pétersbourg, est de 504 millimètres. Pour Moscou nous avons une moyenne de 541 millimètres, pour Riga 541 millimètres, pour Varsovie 561 millimètres. Ces chiffres ne différent pas trop de ceux que nous trouvons pour Paris : 594 millimètres, Berlin : 590 millimètres. Or, voici les chiffres correspondants pour quelques localités de Ia partie centrale de la Russie, région de la terre noire : ‘Famboff 505 millimètres, Orel 547 millimètres, Woronège:332 millimètres, Kharkoff 490 millimètres. A mesure que nous avançons vers l'Est, la moyenne annuelle décroît, mais nous avons néanmoins : à Penza 464. millimètres, à Saratoff 371 millimètres, à Samara 360 millimètres, etc., et 1l faut aller bien plus loin vers le Midi et dans nos provinces asiatiques. pour arriver à des chiffres tels que 110 millimètres pour Bacou (Caucase oriental), 60 millimètres à Petro-Alexandrovsk (Turkestan) et ainsi de suite. Jci ce sont véritablement des contrées arides, où la culture n’est possible qu'à l’aide de l'irrigation, mais on ne peut en dire autant de nos régions du Centre et même du Sud-Est de la Russie d'Europe.

Il est vrai que si les écarts entre les maxima cet les minima des moyennes annuelles y sont très considérables, nous trouvons néanmoins, même pour les années de disette, des nombres qui sont loin de “ie à un manque d'eau absolu. En eflet, on a eu,

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en 1801: à Tamboff 361 millimètres de pluie, à Penza 396 millimètres, à Woronège 263 millimètres, à Saratoff 250 millimètres et à Samara, une des régions les plus éprouvées, 171 millimètres contre

‘des maxima de 627 millimètres, 536 millimètres,

431 millimètres et 499 millimètres pour les mêmes localités dans des années différentes.

Mais la vraie cause de disette se révèle à nous, ici encore, tout comme je l'ai démontré par rapport aux années 1904 et 1905 pour les gouvernements de Riazan et de Woronège, du moment que nous pre’ nons en considération non la quantité totale de l'eau tombée durant l’année entière, mais sa distribution durant les mois de l’année qui exercent chez nous une influence prépondérante sur la végétation, et notamment août et septembre pourles semis d'hiver, avril et mai pour les blés de printemps. — Voici ce que nous constatons en Ce Cas pour l'année 1891, de funeste mémoire, comparativement aux moyennes :

| 1890 MOYENNES 1801 MOYENNES | | A a ns "sn | « : | Son. ep- ; Août Ch Aotsl) 26p- Avril Mai Avril Mai | Ê tembre tembre | | | —— | = | . millim.}millim.!{millim. millim.Imillim. millim, !mililim./{millim,.} Tamboff. .. .. 0,4 8,7 | 50,0 | 41.9 | 20,3 | 20,1 32,5 | 45,2 | | Penzai : 20 15,3 | 27,9 | 25,0 | 43,0 | 14 0 | 25,0 | 31 46,3 Woronège. . .| 14,2 2,0 50,0 12,0 15,9 18,8 38,7 48,2 Saratotie 23,4 4,5 | 30,6 | 27,0 9,2 | 12,2 | 28,5 | 29,0 Samara . ., .| 8,5 | 26,0 | 32,1 34,2 5,6 | 28,7 | 24.1 3217 mit)

Il est endôfe à noter que si l'automne précédant

l'année 1891 a donné si peu d’eau à Ja terre, l'hiver

de 1890-1891 a Cté presque dépourvu de neige; le

sol n’a pu emmagasiner, durant les dégels du printemps,’ qu'une quantité d'eau absolument insuffi-

sante à la végétation. Ainsi, durant les mois de décembre 1890, janvier et février 1891, la quantité d’eau tombée sous forme de neige, n'était pour ces

. mêmes localités que de 27 mm., 1, 48 millimètres, ‘14 mm.,4, 16 mm.,4, 5 mm., 8 contre des moyennes

normales de 102 millimètres, 94 mm., 6, 117 milli-

mètres, 87 millimètres, 67 millimètres.

Les mêmes faits se sont reproduits, quoique avec moins d'intensité, pour les années 1897-1898 qui,

sans atteindre à la calamité de 1891, ont été désas-

treuses pour certaines des mêmes localités. En

‘revanche, nous trouvons pour l’année 1899, qui a -été exceptionnellement belle, des maximas de

pluies, dépassant de beaucoup la moyenne, notamment pour le mois de septembre, qui semble jouer un rôle prepondérant sur la récolte de l'année suivante. On a mesuré, durant ce mois, 89 mm., 9 à Tamboff (contre une moyenne de 41,9), 85 mm., 4 à

‘Penza (contre 43), 50 millimètres à Saratolff (contre

27,6), 106 millimètres dans le gouvernement de Woronège (contre 42,6), 64 mm., 3 à Samara (contre

34,2). Les mois d’hiver ont été tout aussi bien par- tagés par rapport à la neige ; les deux mois de prin-

temps se rapprochaient à peu près de la moyenne normale ; si dans certaines localités ils ont été infe-

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rieurs, mars en revanche cest venu apporter un maximum de pluie (54mm., 3 contre une moyenne

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Il est beaucoup plus diflicile d'établir une corrélation directe entre les quantités d’eau tombées en juin et juillet et la valeur de la récolte. Ces deux mois peuvent en donner relativement beaucoup, sans que la récolte pour cela en soit meilleure que ‘dans les années où ces deux mois sont beaucoup plus pauvres en eau; mais ici, comme je l'ai, démontré, faits en mains, pour les deux dernières années, 1904 et 1905, ce n’est plus autant la quantité de l’eau qui joue un rôle prépondérant, que sa distribution, le nombre des jours de pluie, leur caractère, les averses pouvant en apporter beaucoup, sans que la terre en profite, etc. Il faut, en outre, mettre en ligne de compte la température, la chaleur des ‘rayons du soleil qui dardent sur la plante et en hâtent la maturité avant terme, produisant le phénomène si pernicieux et si fréquent malheureusement dans nos contrées, de l’échaudage, les vents secs et brülants du Sud-Est, et même les ravages occasionnés par toute une série d'insectes nuisibles, qui apparaissent généralement en quantité d'autant plus grande que l’année est aride.

Combien j'en ai vu de ces invasions d'insectes durant ma longue pratique agricole en Russie! Généralement ils apparaissent en masse, une année, nous enlèvent une bonne partie de nos récoltes,

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sinon tout, pour disparaitre presque entièrement l'année d'après, sans qu'on les revoie ensuite de

longtemps. Parmi ces insectes, dont linvasion

atteint quelquefois à la hauteur d'un vrai fléau, je citcrai. en première ligne un petit hanneton du genre des Anisoplies, l'Anisoplia austriaca, que l'on trouve toujours en quantité plus où moins grande au Midi de la Russie, mais qui, en 1880, est apparu en une masse si grande, qu'il n . avait pas d'épi sur lequel on n'en trouvât pas moins de 3, 4, 5; il suçait les grains encore verts, quitte à ne-laisser aux agriculteurs à moissonner que la paille; depuis, il n'a jamais reparu en quantité aussi grande. Puis, c'était le tour de deux petits insectes : la mouche de Hesse (Cecydomia destructor) et le céphe pigmée (Cephus pygmœæus) dont Îles larves font des ravages plus ou moins grands selon les années, surtout dans les champs de blé, de seigle, d'orge et d'avoine, en nous emportant quelquefois les récoltes sur lesquelles nous comptions le plus. La sauterelle ou criquet voyageur n'apparaît que plus rarement et n'occasionne de grands dégâts que dans les provinces méridionales, où on la combat avec succès au moyen du vert de Schweinfurt ; mais noùs avons eu à nous plaindre d’autres varictés de criquets (Caloptenus italicus, Œdipoda cœrulescens, etc.) qui se propagent on plus au Nord et au Nord-Est, et dont l’extermination est beaucoup plus difficile, car ces insectes ne volent et

ne se tiennent pas en masses compactes, comme le criquet voyageur, mais envahissent des étendues de centaines de kilomètres carrés et ne font grâce à liens

I m'est arrivé de voir des champs de tournesols absolument exterminés, des tiges de 15 à 16 centimètres d'épaisseur rongées à ras de terre et mangées sans qu'il en reste de traces. Cet insecte, lorsqu'il paraît, se reproduit et se propage durant deux ou trois ans, puis il disparaît comme par enchantement, — les entomologistes ont prouvé que les nymphes étaient attaquées par des parasites du règne animal et végétal qui en exterminaient la race, — sans qu'on le voie reparaître en masse durant de longues années. Les ravages produits par ces insectes ont été surtout sérieux vers les années 80 du dernier siècle, mais ils sévissent encore aujourd'hui en Sibérie et dans le Turkestan.

Il y a trois ou quatre ans, nous avons été envahis par des nuces de tout petits papillons gris, l'£urycreon sticticalis, dont les larves dévastaient nos champs et nos potagers, sans qu'il fût humainement possible de les combattre, mais qui ont disparu à leur tour grâce à la même infection parasitaire des œufs et des nymphes. Enfin, j'ai déjà enregistré dans une de mes études précédentes les dégâts que nous avons eu à subir sur nos semis d'hiver en 1904, par suite de l'apparition en masse des larves de la noctuelle, l'Agrotis segelum, qui n’a presque plus

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reparu l’automne suivante, mais qui nous revient périodiquement. Et c'est toujours durant Îles années sèches que toutes ces calamités nous frappent ct nous enlèvent Île peu que nous comptions récolter. Pour parer à ces malheurs, comme aussi pour combattre les conditions intempestives des saisons, nous devons avoir recours à des modes de culture spéciaux, dont 11 me faut dire quelques mots, avant de terminer cette étude, de la région du tchernozème qui est toujours en première ligne pour en souffrir.

Pret sc Rè cf: :

Importance de l’eau pour la régularité de la production, Moyens adoptés pour utiliser l'eau des neiges et des pluies, Lissjuru tance et rôle des cultures sarclées. — Transformations réälisées dans les modes de boisement. — La méthode Tikhonofl. — Simplification de cette méthode.

Vu les conditions climatériques si particulières de la région de la terre noire, que l’on appelle néan- ‘moins le grenier à blé dela Russie, vu surtout la corrélation: directe des récoltes avec la provision d'eau que les plantes trouvent pour leur développement, il s’agit avant tout ici de ‘leur fournir cette eau, qui ne leur vient pas toujours du ciel: aux .moments où elle leur est le plus nécessaire. Si, en somme, d’après ce que j'ai démontré dans ma lettre précédente, l’agriculteur russe ne peut se plaindre d’une pénurie d’eau absolue, comme c'est le cas dans le Turkestan et dans certaines parties du Caucase, où la culture n'est guère possible qu'à l’aide de lirri- .gation, ici tous ses soins doivent ètre dirigés vers l'emmagasinement en terre et la conservation de l'eau que lui fournissent les pluies automnales, les ” neiges de l'hiver, les dégels du printemps.

Dans la majeure partie de la Russie, les irrigations proprement dites sont sinon impossibles, du moins trop onéreuses pour que les cultures puissent en couvrir les frais. Nos rivières coulent au bas de vallées

. profondes et l’on ne pourrait en tirer l'eau pour la livrer aux champs que, soit au moyen d'engins mécaniques, de pompes, étc., soit au moyen de canaux d’une grande longueur ; dans l’un et l’autre cas, les dépenses seraient trop élevées. Aussi, n’a-ton recours aux irrigations artificielles que dans des cas relativement rares, là où les conditions topogra- ‘phiques spéciales favorisent leur installation, et seulement pour des cultures plus rémunératrices, ‘telles que légumes, aux environs des villes, vergers, etc. Ainsi, dans ma terre de Woronège j'ai pu installer, sans trop de frais, l'irrigation d'un jeune jardin fruitier de 7 hectares de superficie, en profitant d’un étang, créé artificiellement au moyen d'une digue barrant un ravin et destinée à retenir

“ au ptintemps les eaux provenänt de la fonte des

neiges sur les champs avoisinants. De cet ctang, situé à près d'un demi-kilomètre du jardin, et qui nsreste pas à sec même dans les années les plus arides, l'eau est conduite par un canal, pour être distribuée par tout un système de canaux secondaires, et ensuite par des rigoles qui l’amènent au pied de chaque arbre. On fait à la bèche une petite rigole ‘circulaire autour de l'arbre, en observant que l'eau n'immerge pas le tronc, ce qui pourrait être nuisi-

ble, et on répète l’arrosage deux ou même trois fois

l'an, selon le caractère de la saison. La première

irrigation se fait généralement vers les premiers jours de juin, la seconde fin juillet et la troisième vers la mi-août ; mais il est des années où l’on n'en fait que deux, une seule, et même pas du tout, si la saison est pluvieuse. |

On peut voir des jardins irrigués de la sorte dans les gouvernements de Saratoff, de Samara, dans la région des cosaques du Don, etc. ; mais ce ne sont que des faits isolés et qui ne peuvent se reproduire qu’en tant que la configuration du terrain $ y prète. Il est évident que l’on ne peut raisonnablement compter sur l'irrigation dès qu'il s'agit de la grande culture, de la culture des champs. Aussi c'est à d'autres moyens qu'il faut recourir pour fournir aux plantes l'eau qui leur est indispensable.

Il s'agit, avant tout, de proliter autant que possible de l’eau provenant des neiges d'hiver et des pluies automnales et printanières, tout en prévenant la déperdition inutile par l’évaporation. J'ai déjà indiqué comme quoi, et quoi qu'on en dise, les labours profonds, l’ameublissement du sous-sol, peuvent être sous ce rapport d'une grande utilité. Mais à eux seuls ils sont loin de suflire et il faut avoir recours

1 Je ne parle ici, bien entendu, que de la Russie centrale et des gouvernements du Sud-Est, la pratique de l'irrigation étant générale pour les vergers en Crimée et pour toutes les cultures en Turkestan et dans certaines parties du Caucase.

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à d’autres moycñs culturaux. L'un de ces moyens consiste dans l’ameublissement de la couche superficielle du sol. La moisson des blés d'hiver et du - seigle une fois faite, on procède aux labours pour préparer, dès l'automne, les champs destinés aux cultures d'été. Un champ labouré absorbe l’eau et la conserve mieux qu'une terre non ameublie, qui la laisse s'écouler ou s’'évaporer plus facilement si elle reste à sa surface. On évite de faire des hersages en automne, parce que la neige s’assemble davantage sur un champ à surface inégale, labouré à la charrue. À l’époque de la fonte des neiges au printemps, l'eau s'infiltre plus facilement entre les sillons, que sur un champ à surface plate. Les hersages ne se font qu'au printemps et cette opération doit précéder d'aussi près que possible les semailles, que l’on commence des que l’état de la terre le permet. Plus elles se font tôt, plus les blés d'été ont de chance de réussir, car les semences et les jeunes pousses peuvent alors profiter de lhumidité dont la terre s’est imbibée ; les semailles trop tardives sont gfresque toujours manquées. S'il arrive parfois autrement, ce ne sont que de rares exceptions, qui peuvent dépendre de conditions météorologiques particulières, telles que froid trop intense, sécheresse ou chaleur excessive dans la première partie du printemps, suivies de pluies plus tardives, etc. Les semis se font généralement dans l’ordre suivant : petits pois, blé d'été et avoine, orge. Le lin, le

mullet et le sarrasin sont ensemencés beaucoup plus tard, quand on n'a plus de gelée à craindre. Si les semis se pratiquent en ligne, on peut Îles retarder un peu. |

La préparation des champs pour les semis d'hiver exige beaucoup plus de peine et de soin. Ici encore il s’agit d'emmagasiner en terre autant d'humidité que l’on peut. Le principal pour y arriver est de labourer la jachère qui les précède aussi tôt que pos-

sible. Certains agriculteurs préconisent la jachère.

complète, jachère noire, comme on l'appelle chez

- nous, en la labourant pour la première fois dès

l'automne de l’année précédente eten répétant les labours ensuite durant l'été, tout en ayant soin de ne pas les faire par un temps trop chaud, afin d’éviter la dessiccation de la couche superficielle. D'autres donnent la préférence aux labours faits au printemps, dès que les semis terminés laissent la main-d'œuvre libre. Il est indispensable de ne pas laisser la jachère se couvrir d'herbe, car toute végétation diminue la quantité d'eau que la terre a emmagasinée en hiver et au printemps ; or, 1l s’agit de conserver celle-ci coûte que coûte. C’est pourquoi l’on évite également d'occuper la jachère par des plantes fourrageres, telles que vesces, comme cela peut se faire sans danger dans les contrées où l'humiditéabonde. Pour la même raison, onévite les engrais verts, qui, s'ils enrichissent la terre en matières végétales, l'appauvrissent en eau. Il a été constaté maintes

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fois que les semis d'hiver réussissaient bien mieux sur la jachère complète, noire, que sur la demijachère. Malheureusement les paysans ne peuvent pratiquer le système de la jachère noire, car ils sont obligés de se servir des champs laissés en jachère pour y faire paître leur bétail, qu'il leur est impos-

‘sible de conduire ailleurs, n'ayant généralement pas

de pacages spéciaux. Il est certain que c'est une des causes pour lesquelles les rendements de leurs terres sont toujours inférieurs à ceux des terres seigneuriales. Les semis d'hiver doivent, tout comme ceux d'été, être faits de bonne heure ; on considère comme la meilleure époque pour les pratiquer la mi-août ; si l’on tarde, les jeunes plantes risquent de ne plus avoir le temps de se développer, de prendre racine et de taller avant les gelées, qui commencent parfois dans les premiers jours de septembre.

Tels sont les principes de culture généralement observés. Mais il est d'autres procédés, qui ne sont pas encore entrés dans la grande pratique, qui sont à l'étude dans nos champs d'expériences, mais dont on obtient souvent les meilleurs résultats. Ici je dois de nouveau entrer dans quelques explications avant

. de les énoncer.

J'ai déjà indiqué, et tout le monde le sait du reste, que les plantes culturales, que l’on sème en

ligne, et auxquelles on donne des labours de.sarclage

durant leur période de croissance, telles que betterave, pomme de terre, dont le nombre de pieds sur

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une surface de terrain déterminé est de beaucoup inférieur à celui des plantes que l'on sème dru, comme cela est le cas pour les graminées, les Iégumineuses, le lin, le sarrasin, etc., évaporent relativement beaucoup moins d’eau que ces dernières, et par suite Jaissent au sol, la récolte faite, un plus grand degré d'humidité. Le sarclage réitéré, tant à la main qu'à la machine, ainsi que le binage auquel ces plantes sont soumises, élimine les mauvaises-herbes, qui de leur côté enlèvent au sol beaucoup de cette eau si précieuse. Malheureusement, nos conditions climatériques et l'époque tardive à laquelle se fait leur récolte, nous empêchent, dans la plusgrande partie de la Russie, sauf le Midi et le Sud-Ouest, de les faire suivre par des blés d'hiver, semés la même année. Il nous est tout aussi impossible, et pour les mêmes raisons, d'occuper notre ee par des plantes à racine, mème les plus précoces, telles que raves, etc. Aussi ne pouvons-nous consacrer Îles champs de pommes de terre ou de betteraves qu'à des cultures d'été, généralement moins lucratives que celles d'hiver.

Outre les plantes à racine et à tubercule, les mêmes procédés de culture, semis en ligne, labours de sarclage, ameublissement des intervalles entre les Hlites, sont également appliqués pour le maïs et le tournesol, dont la culture se fait quelquefois sur une très grande échelle, car l'huile de tournesol trouve une grande consommation en Russie. Tout

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