CHAPITRE EL
De la noblesse, et des meyéns de la tenir dans un abaissement en harmonie avec le
régime russe.
Voici quel est Tétat des personnes en Kussie, en laissant de côté l'empereur , et ea nommant chaq^ue classe daiih son ordre;
La noblesse, qui a quatre degrés.
L Les premiers, par la naissance, Tautorité et le revenu, s'apellent les oudiélney kniam, ce qui Tent dire; princes apanar gés ou privilégiés, lis ont eu autrefois nue juridiction distincte , et une autorité absolue sur leurs territoires, à peu près comme les princes et les nobles* de l'Ailemagne. Plus tard, tout en se réservant leurs droits par composition, ils se sont donnés eux-mêmes à la maison de Béla, qui conuneniçait à devenir puissante, et à s'agrandir aux dépens de ses voisins. Ils s'étaient seulement obligés à servir l'empereur dans ses guerres ^ avec un certain
nombre de cavaliers. Mais le dernier empereur, Ivan Yassiliévitch ; qui était un homme d'un esprit hautain, et fort subtil par nature, voulant resserrer les liens de son gouYernement> se mit à les dépouiller par degrés de leur grandeur, et les ramena à une position plus humble. Il arriva enfin à en faire non seulement ses vassaux^ mais ses Khohp, c'est à dire ses esclaves : c'est le tàtre qu'ils se donnent et qu'ils écrivent dans tous les actes publics , comme dans leurs pétitions à Pempereur. De sorte que maintenant y de même que le reste de la nation, ils ne conservent leur autorité, leurs terres, et leur vie, tout enfin, que sauf le bon plaisir de l'empereur.
Voici comment Ivan réduisit à cette condition les princes apanagés et dWtres membres de la noblesse, autant du moins que j^ai pu en juger d'après le récit de ses actes.
D'abord, il excita parmi eux l'envie, à propos des prérogatives attachées aux titres et dignités. Il avait l'habitude d'élever les inférieurs, et de les mettre de niveau avec ceux des plus nobles races. Il tira avantage de leur méchanceté et de leur
envie mutuelle, en acceptant leurs machinations les uns contre les autres^ et en ^cueillant leurs accusations de manœuvres secrètes et de conspiratious contre personne et Tétat Lorsqu'il ent ainsi rompu avec les plus puissants, ce qu'approuvèrent tous les autres, il put en arriver sans danger à des attaques ouvertes, et forcer le reste des nobles à lui céder leurs droits.
Ensuite, il divisa ses sujets en deux partis ou tactions qui les comprenaient tous* 11 appela les uns Oprilclinik^\ ou hommes choisis. C'étaient les nobles et gentilshommes qu'il prenait pour lui, les protégeant et les défendant comme de fidèles sujets* Les autres, ils les nomma ZemskU^ ou gens du conunun. Painii ceux-ci était rangé le peuple, et tous les nobles et gen-
parce qu'il les soupçonnait de ne pas aimer son gouvernement et d'être disposés à des manœuvres contre lui» . Il veilla à ce que ' les Opritchnik l'emportassent de beaucoup sur les ZemMif en nombre, en va^ir,
♦) L'opritcbnin» fut établie en 1556 et supprimée
en fortune, en armes etc.... Les ZernshU
furent en quelque sorte en dehors de sa protection, tellement que si Tim d'entre eux était tué ou dépouillé pariun de ses Opritchmk^ il n'y avait pas de réparation à attendre par voie judiciaire ou par plainte adressée à Tempereur.
Chaque nom des deux partis ftit en^ registré avec soin^ de telle sorte qu'on sa^ vaît parfaitement qui était Zemshii et qui était OprkchfiMk. Cette liberté que les une avaient de dépouiller et de tuer les ^.utres^ sans reconlrs an magistrat ou à la loi, dnra pendant sept années. iliUe enrichit le partis et le trésor de l'empereur, et amena celui ci an résultat qu'il cherchait, savoir^ de se débarasser des nobles qu'il n'aimait pas* En une semaine, on en tua à Moscou jusqu'à trois cents.:, Cette manière tjranniqM de diviser tous ses sujets en deux partis venait, ce me semble, des dontes extrêmes et de la crainte immense qu'il avait de la plupart de ses nobles et de ses gentilshdfhieB, pendant ses guerres avec les Polonais et les Tart^res Orim. Il les soupçonnait très fort à cette époque, où ses affaires allaient si mal, de le trahir pour
Digili^uG Uy
les Polonais et les Tartares. Aussi en mitil plusieurs à mort et chercha-t-ii le moyen de se débarasser des autres.
Cette misérable politique^ ces mesures tyranui^iues, quoiqu'elles aient cessé maintenant, troublent encore le pays^ et l'ont rempli de haines et de mortelles rancunes, qui semblent ne pouvoir b'assouvir que dans les feux d^ine guerre civile.
Enfin ^ après avoir dépouillé ces princes, et s'être emparé de leurs héritages, de leurs terres, privilégea etc. . . sauf fort peu de chose qu'il leur laissa en propre, Ivan leur donna en place d'autres terres à titre de pamiestié (fief), qu'ils ne tiennent et conservent que sauf son bon plaisir, et gui sont toujours situées, bien loin de leur province natale, afin qu'étant étrangers et peu connus dans la contrée, ils n'aôquièrent ni autorité, ni popularité.
Ainsi, les oudelmi hniaZy ces chefs de la noblesse, sont maintenant descendus au niveau des autres nobles, sauf que le peuple les classe plus haut, et que dans les assemblées publiques ils conservent les prérogatives de leur rang.
On emploie divers moyens pour les em-
pécher de se relever et de reûouYxer leur importance. Dabord, on interdit le mariage à beaucoup d'héritiers de ces maisons , atin que leur race s^éteigne avec eux. Il y en à qu'on envoie en Sibérie, à Eazan^ à Astrakhan, sous prétexte de service public, et là, on s'en défait, ou on les claquemure.
D'autres sont placés dans des abbayes, et deviennent moines, prononçant des vœux qu'on prétend être faits librement et de bon cœur, mais qu'en réalité leur a dictés la crainte, lorsqu'ils se sont vus accusés oalonmieusement de crimes qu'ils n'ont pas commis. Il s'en trouve dans ce cas beaucoup, et de la première noblesse. — Ces moyens et d'autres semblables, inventés par Temperem' Ivan Vassiliévitch, sont encore pratiqués par les Godounov^ qui s'étant élevés par le mariage de leur parente avec l'empereur actuel, gouvernent l'empereur et l'empire — surtout Boris Fédorovitoh Grodounov, firère de l'impératrice — et qui chercheut à abaisser par tous les moyens la meilleure et la plus andenne noblesse.
Déjà ils se sont débarassés de ceux qu'ils croyaient le plus en état de leur tenir tête et de les arrêter, tel que le pcinee Andreï
iLourakin Boulgatkov, honime de haate naki^
sauce et de grande autorité. De même à Tégard de Pëtr GoUantiiy qu'ils oot mis dans un donjon où il est mort, du prince Vassili lourévitch Golitsin, et du prince Ivan Pëtrovitch Souskoy^ homme d^vsm grande yaleur et qui avait rendu d'împor^ tants services : c'est lui qui, il y a cinq ou BIX ans 9 soutint le siège de Pskov contre Etienne Battori, roi de Pologne^ et une armée de 100,000 hommes, et qui repoussa vaillamment Etienne, au grand honneur de son pays et de lui même, et à la honte des 'Polonais^) En outre, Mkita Bomanovitch louriev, oncle maternel de l'empereur, passe pour avoir péri par le poison, ou par quelque autre pratique criminelle.
Voici les noms des familles de la première noblesse, chacune placée à son rang.
1) Les princes Vladimir: Us ne sont plus représentés que par une femme, veuve et sans enfants, qui a été mariée au duc Magnus, ûrère du roi de Panemark. Elle est maintenant enfermée dans un monastère, comme
*) Ce siège célèbre eommeiiça le 18 août 1581} dora jusqu'à la paix , coschie e& janyier 1682.
nouB lavons déjà dit. 2) Le priace Ivan Mstislavsky, placé dans un couvent, Oti interdit le mariage à son fils unique. 3) G-iinskoy: il est seul de sa maison^ et na qu'une fille. 4) Sonskoy: ils sont quatre frères^ jeunes et non mariés, ô) Troubetskoy:
quatre membres existants. 6) Boulghaloy — nommés maintenant Geuletehy — : six sont vivants actuellementi mal« tous très jeunes.
7) Vorotinsky: il en reste deux. 8) Odgosky: deux. 9) ïelletskoy (Jeletsky?):
un. 10) Tatev: trois. — Tels sont les noms des principales familles des oiidelnn kmaz.
Elles ont tout perdu^ sauf leur nom et la faveur populaire; mais cela seul semble devoir suffire pour les relever un •jour, s^ en reste alors.
II. Les Boyars (Boyarm) forment la seconde classe des nobles. Ce sont, outre les nobles, ceux que l'empereur honore du titre de conseîfiOT. Le revenu de ces deux espèces de nobles, leur vient des terres à eux assignées par l'empereur, et qu'ils ne tiennent que de son bon plaisir — il leur reste, nous l'avons dit, fort peu de biens héréditaires.- Oe revenu monte environ à mille marcs par an. Us ont ea
outre une peasion que leur fait l'empereur pour leurs services militaires; elle est de 700 roubles^ et jamais davantage.
Il en faut pas considérer comme un boyar le * seig'neur Boris Eédérovitch Godounov, oar il n'est pas au même rang, mais au dessus^ en sa qualité de beau-firère de l'empereur et de son protecteur. Quant à .la direction des affaires, au commandement et à Tautorité, c'est lui qui est le vérilâsible empereur. Son revenu en terres et en pensions monte* à plus de 93,700 roubles, dont Yoici le détail. Son patrimoine, qu'il a augmenté à Yiasma Borogobosk, lui rapporte 6000 roubles; ses fonctions de Koniouchii, . ou grand écuyer, 12,000 roubles, provenant de la KonncLsloy sloboda, ou des droits qui appartiennent à cette fonctiôn, et qui consistent dans des terres et des villes voisines de Moscou. En outre, tous les prés et pâturages sur les deux rives de la Moskva, jusqu'à trente vertes au dessus et quarante au dessous de Moscou; une pension de 15,000 roubles; 32,000 roubles et une rente de fourrures que lui fournit la provinoe de Yagha, parce qu'elle est distraite du tcheùoerte de Posolskoy; des provinces
de Biazan et de Sever^ âO^OÛÛ roables, et de Tver et de Touriok, 8000 roubles: cè»
proTinceB sont également distraites du tckeAverte; puis comme revenu «des bains de Moscou, 1,500 roubles. Il â en outre son pomiestié^ on ces terres qu'il tient du bon plaisir de Tempereur, et qui sont bien plus considérables que les concessions faites aux autres nobles.
Un autre boyar, de la maison de Glinskoy^ touche par an environ 40,000 roubleft de ses pensions et de ses terres. On lui laisse cette fortune, parcequ*il a épousé la sœur de la femme de Boris, et qu'il est incapable et'très maniable. Boris est chargé de veiller sur lui et sur ses terres.
m. Au troisième rang sont le& Voévoda, ces nobles qui ont été, ou sont généraux en temps de guerre. Ce titre passe à lenra enfants, et ils prennent rang au de&sus des princes ou nobles qui ne sont pas des deux premières classes.
Bans ces trois classes des Oudelnn kmcmi^ des Boyarm et des Voévoday eft ajoute au nom de son père la terminaison par exemple, [fions Yédiéiovîtch. C'est une marque d'honneur que les autres ne peu-
vent usurper. Si on ne la leur donne pas en les nommant, ils peuvent demander le betstckesUé, ou punition du deshonneur, contre ceux qui la leur refusent.
IV. Les derniers parmi les nobles sont ceux qui ont le titre de Knùiz^ ou prince^ mais qui ne descendent pas des aines de leur maison» et qui n'ont d'autre héritage que ce titre de Kmaa. L'usage en £.ussie est de donner à tous les enfants le titre que porte leur père, de telle sorte que le fils d'un général (Voévoda), est appelé général, quand même il n'aurait jamais fait campagne, et le fils d'un prince (Kniaz) est prince, lors même qu'il n'a pas un denier, par héritage ou autrement, pour soutenir son titre. Il y en a tant dans cette position que ces titres ne valent pas cher.
Aussi voit -on des < princes qui sont trop heureux de servir un homme de rien pour un salaire de cinq ou six roubles par an, tout en le prenant de très haut, lorsqu'il s*agit de Iqui beztchesiîé.
Tels sont les divers degrés de noblesse.
La seconde classe en Russie est formée des 8yn Botarskuy enfants boyars. Ils sont tous au service de l'état, et tirent leur
nom de leur service militaire^ oar ils sont soldats de naissanoe. A cet ordre ee rattachent les diaka ou secrétaires , qui servent Tempereur dans chaque chef-lieu, et sont commissionés par lui, ainsi que le prince qui y commande,
La dernière classe est celle des Moujik. On range parmi eux les * marchands et les artisans. Quant à la partie la plus infime de cette classe , elle est désignée par le nom de Kristianin^ (Chrétiens).
Kôub parlerons des Syn Boiarskii^ qui sont tous soldats y en décrivant les armées russes y et des MovQih^ de leur condition^ de leurs mœurs, dans le chapitre intitulé Du bas peuple.
CHAPlTftfi L
Du gouvernement des provinces.
La Kussie est, comme nous ravons dit, partagée en quatre quarts' (tclietverte).
Chacun cet divisé en plusieurs parties , et dépend d'une administration, dont il tire son nom.
Le premier s'appelle le posaoUtwoy tchet- "Verte, ou le quart des ambassades. Il est administré actuellement par le secrétaire général des ambassades, qui a nom Andreï Chalkalov, et dont le salaiie annuel est de 100 roubles.
Le second quart porte le nom de rasrmd tchetvertê parcequ'il dépend du rasriady ôu grand connétable. Ce titre est maintenant porté par Vassili Chalkalov, frère du chancelier, mais la fonction est remplie par un ' certain Zapon Abramov. Son traitement est de 100 roubles par an.
Le troisième est le tchetverte des pâmestîê. On y tient registre de toute terre donnée par Temperenr, pour prix de leurs services^ aux nobles^ gentilshommes et autres ; on y prend et donne cantion. Le chef actnel s'appelle Eléazar Yélousgine. H reçoit .500 roubles par an.
Le Kaamkaldi dvoipeta (conr de Kasan) forme le quatrième quart. U tire son nom de la juridiction qu'il a sur le royaume de Kazan, d'Astrakhan et les autres villes sur le Volga. Il e.st maintenant administré par Droujina Pentéléov, homme fort considéré en Bussie pour sa sagesse et son coup d'oeil prompt en politique. Il reçoit 150 roubles par an.
Le Yottchina (domaine) de l'empereur est distrait de la juridiction de ces. quÉPrts, parcequ'il appartient en propre depuis long* temps à la maison régnante de Béla. U se compose de 36 villes, avec leur territoire. D'autres localités sont également en dehors des quarts; par exemple, le pays de Yagha, qui est la propriété du seigneur Boris GodounoY.
Tels sont les chefs du gouvernement des provinces. Ils ne remplissent pas leurs
fonctions loin de la coor. Au contraira^ ils suivent Tempereur partout où il va, emmenant leurs bureaux avec eux. Mais, la plupart du temps, ils sont à Moscou^ la résidence principale de l'empereur.
Le rôle de ces quatre dignitaires est de recevoir, chacun dans sa juridiction, toutes plaintes ou actions judiciaires, et d'en informer le conseil impérial; en outre, d'expédier aux fonctionnaires tous ordres relatifs aux mesures décidées par Tempereur et son conseil, et qui doivent être exécu^ tées dans leur ressort.
A la tête de chaque province des quatre quarts est 'placé un Kniaz. Cçs princes, qui sont, nous l'ayons dit, des nobles de la dernière classe, résident dans les chefslieu. Chacun d'eux a auprès de lui un diakj ou secrétaire^ nommé pour l'assister; ou plutôt pour, le diriger, car dans la pratique, c'est le diak qui fait tout.
Yoici quelles sont leurs fonctions:
1) Connaître de toutes les affaires civiles, et rendre des an^êts. A cet effet, ils ont sous leurs ordres d'abord des goubnoï atarostaj qui jugent les suicidés et mettent les criminels en état d'arrestation; puis des
soudia, juges inférieurs, qui connaissent également des faits de ce genre chez les paysans de leur district. Les parties peu- YenL appeler de leur jugement auprès du hmaz et. du diah du chef-lieu, et de là^ au conseil impérial de Moscou, qui est la cour suprême. — Ils ont encore au dessous d'eux des sotsku, ou centeniers.
2) En toutes matières criminelles, telles que vol , meurtre y trahison etc. . ils ont droit d'appréhender, d'examiner et d'euprisonner le malfaiteur.' Lors^juils ont fait une enquête pleine et entière, ils doivent la transmettre à Moscou, bien en état et en bonne , fonûe, au chef du quart dont la province ressortit Celui-ci en rétère au conseil impérial, et donne son avi^^. Mais, quant à décider en matière criminelle, ou à agir contre le coupable, cela n'entre pas dans les attributions des gouverneurs de province.
3) Ils sont chargés de tous les services publics de la province, tels que la proclamation des lois et des mesures d'ordre j^ublic, la perception des taxes et impote, les levées d'hommes, leur envoi au lieu ét
^ jour indiqués par l'empereur, ou son conseil.
Ces gouvemeurs et ces diaks sont nommés par l'empereur lui même, et d'ordinaire pn les change an bout de l'année, à moins que quelque rai&on spéciale ne les fasse conserver un an ou deux de plus. Par eux mêmes, ils sont sans crédit, sans popularité dans le pays qu'ils gouvernent, car ils n'y sont pas nés et n'y ont pas été élevés, et ils ne possèdent de patrimoine ni là, ni ailleurs. L'empereur leur donne pour ce service 100 roubles au plus par an; quelques uns n'en reçoivent que 50, ou même que 30. Ils en sont d'autant plus suspects et odieux au peuple, qui les voit tomber sur lui chaque année ^ nus et ai£amés^ pour le tondre et le dépouiller sans justice , ni conscience. Ces exactions sont tolérées par les chefs des tchetverte^ qui
•veulent piller à leur tour les gouver-
nem*s, et en tirer plu^ de butin lorsqu'ils
rendront leurs comptes^ ce qui arrive à la
fin de leurs mission. Alors, leurs injustices
envers le pauvre peuple, et leur oppression
profitent è leurs chefs. Il en est peur qui
ne passent sous les lanières quand le jour
est venu, et la^ plupart s'y attendent bien.
• Aussi prennent-ils soin de se garnir autqo^t
que possible des dépeuiiles de leurs admi* nistréSy afin d'en avoir assez pour Tempereur et les chefs des tchetverte^ et de s'en réserver une bonne part pour eux mêmes.
Telle est la qualité des gouverneurs de TÎlles et de provinces. Seulement^ ceux des villes frontières les plus importantes sont des gens de plus de valeur; et plue surs; il y en a deux par ville^ dont Tun est toujours membre du conseil privé. Les quatre villes frontières sont Smolenak, Pskov, Novgorod et Kazan, les trois premières dans le voisinage des Polonais et des Suédois, la quatrième formant froatière contre les Crim - Tartares. Leurs gouverneurs ont plus de pouvoir que les autres, et le droit de donnei; suite au^ jugements au criminel. On trouve cela nécessaire à la frontière^ car des circonstances peuvent se présenter où il ne serait pas possibie d'eu référer à l'empereur et à son conseil , et d'attendre une décision de si loin. — ^ Ils sont changés tous les ans^ sauf les exceptions indiquées, et ils jouissent d'un traitement de 700 roubles au maximum. Quelques-uns n'en reçoivent que 400. Plusieurs de ces places, et les plus importantes, sont actoéU**
ment, comme presque tout le pays., occupées par les Godounov et leurs clients.
La ville de Moseon, qui est la résidence de lempereur, est gouvernée uiiiquemeut par le conseil impérial. Toutes les affaires civiles et oriminelies . sont traitées et décidée» dans les différentes oliambres du conseil, qui 7 reste toute Tannée.
Seulement^ quant aux affaires ordinaires, telles que constructions, réparations, entretien et propreté des rues, levées de deniers, perception des taxes et impots, et autres choses semblables, on choisit deux gentils-hommes et deux ddak^ qui forment une cour, appelée le Zemahii Sonda, et qui décident en cette matière. Si un bonmie de la ville soupçonne son serviteur d'un vol, on d'un autre méfait, il peut l'amener devant ce tribunal, qui fera enquête à coups de lanière, ou par quelque autre torture.
Outre les quatre personnes qui administrent toute la ville, il jr a des Starosta, ou anciens, pour chaque compagnie. L'ancien a sous ses ordres un constable appelée Sots/m (centenier), et eelui-ci, plusieurs Déctatnik, ou décurions, surveillant chacun dhc maisons, ce qui permet de découvrir
plÛB vite les désordres^ et rend . très rapide le service public. Tous les citoyens, riches et pauvres y sont classés par compagnies.
Les principaux fonctionnaires ^ tels que les ddàk et les gentilshommes, sont nommés par r empereur; le . Staroata par. les Dioh et les gentilshommes ; les Sotshii par le Starosta^ et les Dédotnik par les Botêkii. . .
Si ce régime avait pour but de faire également justice à chaoïm, qael que soit son rang, comme il a pour résultat de prévenir tout changement, en maintenant l'ordre dans la noblesse et la soumission chez le peuple^ il ne serait ni mauvais, ni mal choisi, comme moyen de ! conserver un état aussi étendu que la £Lussie. Mais l'oppresion est si ouverte et la servitude si grande, <^uoh ne comprend, ni coumient la noblesse et le peuple ont pu souffrir d'y être soumis, lorsqu'ils pouvaient encore s'y soustraire, ni comment les empereurs, maintenamt qu'il est bien établi, peuvent se complaire à le conserver, avec son oppression et son injustice,
eux qui cependant "font profession d'être chrétiens.
On voit d'après cela combien il serait
difficile de clianger la nature du gdouveraement russe. *
D'abord, il n'y a pas un noble qui soit ^ de force à tenir tête« Les chefs des quatre tchetverte ne sont pas des nobles, mais des Diak qui ont reçu de rempeieur leur avanceoient, qui dépendent de lui/ et ne s'attachent qu'à sa personne. Les kniaz^ qui gouyernent sous leurs ordres, n'ont de dignité que celle de leui* titre; ils manquent de pouYoir, d'autorité et de crédit, sauf ce que leur en donnent leurs tbnctipns pen-^ dant le temps qu'ils les remplissent. Or ces fonctions Jes font haïr, au ■ lieu de leur valoir la iayeur populaire. . Le peuple voit trop qu'elles leur sont confiées, moins pour lui faire droit et lui rendre justice > quss pour le maintenir sous le joug; il est kop clair qu'ils ne font pas comme le père de famille, qui se borne à débarrasser ime fois par an ses moutons de leur toison, mais qu'au contraire, tant que l'année dure, ils ne sont occupés quà tondra, ou à arracher la laine. En outre, le pouvoir qu'exercent ces Knia«& est très divisé, car ils sont plusieurs par province, et chacun pour fort peu de temps, ce qid ne leur
permet ni de prendre pied, ni d'entreprendre quelque amélioration, si par bonheur ils en Tonlaient faire.
Quant aux jgens du peuple, on Terr% lorsque nous décrirons leur condition et leur caractère, d'abord qu'on se garde bien de leur permettre d'avoir des armes et d'aoquérir la pratique de la guerre ; eneuite, qu'à chaque instant on leur prend leur argent^ leurs maisons^ et le reste, quelquefois sous le prétexte de la défense du territoire, quelquefois sans même alléguer Tintérêt du prince ou de l'état.
Ainsi, ni la noblesse, ni le peuple n*ont assez de force pour essayer de changer la condition du pays, du moins tant que Tarmée impéiiale — qui se compose au minimum de 8000 hommes soldés — restera fidèle à Tempereur et soutiendra le régime actuel. Or, c'est ce qu'elle fera nécessairement, d'abord parcequ'elle est xme armée, ensuite, parceque les soldats sont en possession du droit de molester et de dépouiller le peuple à volonté, ce qu^on leur permet avec intention, et pour les attacher à l'ordre dô choses actuel. — Aucune entente n'est à redouter entre le soldat et le peuple;
Diyuizeo by
ils sont dans la pratique trop opposée, trop hostiles Ynn à l'autre.
Cet état désespéré de la Russie a Mt que le peuple désire généralement l'invasion de l'étranger. H pense que cela seul pourrait le délivrer du joug d'un gouYeme* ment aussi t^^rannique.
Digilizeu by