‹ La Russie au XVIe siècleChapitre 9 sur 30 · CHAPITRE YU · texte numérisé non relu

CHAPITRE YU

De Tétai, au de la forme du gouvernemeut.

Le gouYeraement est à peu près à la turque. Les Eusses semblent imiter les ToroB autant que le leur permettent, et la nature du pays^ et leur capacité politique.

Ce gouvernement est ûne tyrannie pure simple, car il subordonné toutes choses À l'intérêt du prince, et cela, de la manière la plus barbare et la plus ouverte. On pourra en juger d'après les maximes du gouvernement russe, que nous expliquerons plus tard 9 de même que par l'abaissement de la noblesse et du peuple, qui ne peuvent faire contre-poids au pouvoir, et aussi par les impots et les exactions, qui vont jusqu'à l'excès, et frappent sans distinction la noblesse et le peuple. Le gouvernement accorde aux nobles un pouyoir injuste et sans mesure sur la classe moyenne et le bas peuple, qùlls dépouillent de leur liberté*

et soumettent à des exactions^ partout où ils se trouvent, et surtout dans leurs terres, ou dans les gouvernements que leur confie l'empereur. Celui-ci concède aux gens des.

classes moyennes ce faible avantage, do transmettre leur terre au fils qu'ils ont choisi — d'habitude les parts sont égaies.

— et de disposer de leurs biens sans contrôle, par donation ou testament. Mais^ malgré cela, la noblesse et la classe moyenne ne sont guère que des espèces de trésoriers du prince^ car tout ce qu'ils ont finit par rentrer dans les coffres de l'empereur: ce qu'on verra clairement à ]a manière dont celui ci remplit son trésor^ et aux exactions dont nous parlerons à propos des douanes et des revenus.

Quant aux principales affaires d'état, — telles que rétablissement et l'abrogation de lois, la création des magistrats, le pouvoir de faire le guerre ou de contracter alliance, le droit de gracier ou de mettre à mort, et l'appel, au civil et au criminel — tout cela appartient si pleinement et d'une manière si absolue à l'empereur et à son conseil, qu'il est vr^jment souverain maître et exécuteur en toutes choses.

S'il 8 agit par exemple d^une loi ou d'une mesure d'ordre public, Taffaire est toujours .décidée à ravance, lorsqu'il convoque une assemblée ou parlement. Cette assemblée ne 88 compose; outre les conseillers de Vempereur, que d'un petit nombre d evéques, d'abbés et de moines^ j*eunis à seule fin de tirer ayantage"^ de la superstition populaire contre le peuple lui-même, qui trouve saint et juste toute mesure, guelle qu'elle soit, consentie par les évéques et la clergé.

Aussi le.s empereurs exploitent ils la corruption actuelle de TEglise, et Pentretien-nent ils par des faveurs entraordinaire, et des immunités qu'ils accordent aux évéques, aux abbés et aux moines : sachant bien que la superstition et une religion corrompue Tont bien avec la . tyrannie, et sont un excellent moyen de la maintenir et de Taugmonter*

En second lieu, quant aux fonctions publiques et aux magistratures, aucune n'est héréditaire, et il n'en est pas une, grande *eu petite, qui ne soit conférée directement par l'empereur lui même. C'est au point que même les Dîaks ou secrétaires des villes principales sont pour la plupart nom-

inés par lui. Cependant Tempereur actuel^ pour pouvoir mieux faire ses dévotions^ abandonne complètement toutes ces affaires d'état au frère de sa femme, le seigneur Boris Fédoroyitcli Grodounoy.

Troisièment, on peut en dire autant de la justice et spécialement des questions de vie ou . de mort. Personne n'a d'autorité et de juridiction liéréditaire ou établie par une charte. Tous les magistrats sont choisis par Tempereur^ et à son bon plaisir, et il& rendent la justice avec si peu de liberté et tant de crainte, qu'ils n^osent prononcer sur aucun cas, et qu'ils s'en réfèrent tou* jours à l'avis du conseil impérial de Moscou; — Pour montrer son pouvoir de vie et de mort, le dernier empereur, Ivan Vassiliévitch, lorsqu'il rencontrait sur son chemin quelqu'un dont la figure ou la personne lui déplût ou qui osât lever les yeux sur lui, donnait Tordre de lui couper la tête. On obéissait sur l'heure, et la tête était coupée devant lui.

Quatrièmement, quant à l'appel an souverain^ et à la grâce des x^ondamnés en matière crinûnelle, tout dépend du bon plaisir de

Vempereur. L'impératrice aotuelljd ^) qui est une femme très clémente, et aimant par dessus tout à s'immiscer dans les affaires publiques — un peu pour suppléer à l'insuffisance de son époux — agît sur cette matière en souveraine absolue; elle accorde des grâces, — surtout à rairniversaire de sa naissance et à d^autres époques solennelles — et cela, en son propre nom, sans mentionner celui de T empereur, et par proclamation. Naguère il y avait encore quelques membres de Tancienne noblesse, qui possédaient héréditairement des provinces, avec autorité et juridiction absolue, et qui j réglaient et décidaient d/s toutes choses, sans contrôle et sans appel à Tempereur.

Ce pouvoir leur a été par ravi par Ivan Vassiliévitch, père de l'empereur actuel.

*) Irène, sœur de Boris OodoosoT, alors le prfh' tecieuT de Tempire, et depuis empereur.

CMAPiTllË VUI.

Manière de tenir les parlemente.

La plus haute cour consultative pour les Maires d'état est le Sobor, ou assemblée nationale. Ceux qui font partie de ce parlement sont y dans Tordre suivant: 1) l'empereur lui même; 2) quelques jiobles, une iringtaine environ, tous membres du conseil impérial; 3) des membres du clergé, ^n même nombre, ou à peu près. Uuant' ^ux bourgeois et autres représentants du peuple, ils ne sont pas admis, le peuple •en Russie ne comptant que comme serviteur, ou comme esclave, et devant obéir, «au lieu de faire des lois ou de prendre ^ <)onnaissance des affaires publiques avant <)u'elles ne soient décidées.

Voici comment se tient le parlement.

D'abord, l'empereur fait convoquer ceux des nobles qu'il lui convient, les choi*

sissant exclusivement dans son conseil. Il

appelle en même temps le patriarcliey qui amène avec lui son clergé, savoir: le»

deux métropolitains, les deux archevêques^ et ceux parmi leurs évêques, abbés et moines qui ont le plus de réputation et d'importance. Lorsque tous sont rassemblé»

à la cour, on leur fixe un jour pour ouvrir la session. C'est d'ordinaire un vendredi^ à cause du caractère religieux de ce jour«.

Le jour venu, le clergé se rassemble à l'heure et au lieu indiqué, qui s'appelle le Stol, Lorsque l'empereur arrive, suivi de sa noblesse, tous se lèvent, et vont aa devant de lui dans une antichambre, ayant à leur tête le patriarche, qui bénit l'empereur en lui imposant deux doigts sur lei»

joues et sur le front, et qui lui baise la.

poitrine, du côté droit. On passe ensuite dans la salie des séances, où on s'assied dans l'ordre suivant. D'abord Terapereur sur son trône, à Vun des côtés de la salle» * Après lui, et non loin de lui, devant une petite table carrée, qui donne place à douze personnes, ou environ, le patriarche s'assied avec les métropolitains, les évêques^ quelques uns des principaux nobles du con-

seil impérial y et deux secrétaires, appelés doumnyi diah^ et chargés de rédiger. Les antres se placent tont antonr snr des bancs^ chacun suivant son rang. Alors un des secrétaires^ qui fait office de président, expose le motif de la réunion, et les prîn* cipales alBEaires dont il y ^ lieu de traiter. Quant à des propositions de lois par des membres de l'assemblée, conune on en fait en Angleterre, le parlement russe n'a pas cet usage; on ne reconnaît pas ce droit à des si\jets*

Les questions posés, le patriarche et son clergé ont ce privilège qu'ils sont les , premiers auxquels on demande un vote, ou un avis sur les mesures présentées. Ils répondent chacun à son rang, mais tous de la même manière, et sans discours, comme des gens qui savent leur leçon d'avance, et la répètent à chaque session, quoi qu'on leur propose. Ils disent ordinaireiuent :

— ' Dempermr et ses conseâlers sont pleins de sagesse et d escpérience y quant h la jjoUtique et aux aj^'aires publiques du

royaume^ et bien plus capables de juger de ce qui est bon pour Vétat que ne seraient des hommes occupés seulemetU du service

de Dieu^ et de matières religieuses. En conséquence y qt£tl plcdee h V empereur et h son conseil de décider. Au Heu de donner avù, ils offrent le concouï^ de leurs prières j comme le commandent leurs devoirs et leur vocation etc. . . •

Lorsque chacun à son tour a fait cette réponse^ un abbé ou un moine se lève^ plus osé que les autres — mais cette audace est chose convenue, et affaire de forme — et il prie l'empereur de vouloir bien ordonner qu'on leur fasse connaître quelle e^l Topinion et le bon plaisir de Sa Majesté sur les matières proposées par son diak.

A cela, le secrétaire répond au nom de Tempereur :

Sa Majesté et les nobles membres de son conseil, apr^ mur et sériçtêx examen, , ont trofuvé que les proposition faites sont ^ ti^ès bonnes y et nécessaires au bien du royaume. Cependant^ comme des hommes de religion savent bien ce qui est juste.

Sa Majesté réclame leur approbation, et même leur censure , pour approuver au corriger les dites propositions. C'est pourquoi il leur ordonne de nouveau de dire librement leur avis. JEt s^ils donnmJt leur

approbcttian, il commande qm ce sait affcdre conclue.

Lorsque le clergé a donné son assen- .

timent — ce qu'il fait d'ordinaire sans trop attendre — il prend congé, en donnant à rempereur sa bénédiction. L'empereur reconduit le patriarche jusqu'à la pièce voisine, et il revient s'asseoir, pendant qu'on fait les préparatifs de sa sortie.

Les mesures qui ont ainsi passé au Scbor

sont rédigées par les diaks sous forme de

proclamation, et expédiées dans toutes les

provinces et les principales villes, pour

être publiées par les princes ou les dioJcs.

La session terminée, Tempereur invite les

membres du clergé à un diu^r d'apparat.

Puis, chacun s'en retourne chez soi.

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