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LES FINANCKS 12o
que lo déficit a été permanent. Dans les premières années de la guerre suédoise, il est patent, avoué; jjIus tard, même lorscpie les chiffres s'équilibrent sur le papier, les irrégularités dans les payements témoignent des embarras de l'Ktat. En 1723, un oukaze substitue aux appointements en argent dus au\ fonctionnaires des payements en fourrures de Sibérie : un peu plus tard, et vu les grands besoins du Trésor, un autre oukaze astreint les mêmes fonctionnaires à restituer — en argent — une |)artie des appointements touchés en nature. En 1721, on ne paye personne. xNous avons déjà vu qu'eu 1725, à la mort de l'Empereur, les régiments les mieux tniités de toute l'armée n'avaient rien reçu depuis plusieurs mois, dépendant le peuj)le était écrasé d'impôts, torturé par les collecteurs des taxes. <« Pour dix kopeks, écrit Possochkof, ils font périr une àme », et, dans tous les villages, le nombre des huttes abandonnées allait croissant. Les oukazes constataient le mal, siiulignaient des malversations, mena(;aient les Ichinovniks, mais en vain. Le vrai remède était la fin des grandes entreprises, et la réduction de l'armée.
Pierre le Grand ne s'y fût jamais résolu ; mais, après lui, pendant quelques années, la Russie respira. Le Haut Conseil Secret supprima nombre d'emplois, diminua l'armée, laissa dépérir la llolle, et, par suite, put abolir la plupart des monopoles, et abaisser les tarifs de douanes, etc. Les misères reparurent sous le règne d'Anna ioanovna. Les Allemands, qui gouvernaient sous son nom engagèrent la Russie dans de grandes guerres : en 1730, le budget militaire revient au chiffre le plus élevé qu'il eût atteint sous Pierre le Grand^En même temps, les dépenses d'administration montent, et aussi et surtout les dépenses de Cour^ 11 faut de l'argent pour les fêtes somptueuses d'Anna Ioanovna, pour les princes ou princesses d'Allemagne, plus ou moins apparentés aux maisons de Brunswig ou "de
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(^oiiiliiiidc, (|tii arihicnl à IN''lt'i>l(oiirj;, |)(»iir les oriiri«'i> al- ItTUiinds, pour le loiil-puissanl liin'ii. Les ({iiali(«''s clh'smc^mes dos All<'inands, aulaiil (jiio leurs UrfautH. rondoiil Iriir ^ouvcriK'iiH'nt irjsii|>p<)iial>I«'. Ils s'<'n'orc('ril > i
mcllr»' do l'ordre dans les fiiiaincs, d«' fait» ■• -
anirroi» quti la in-^di-ieiicL' du llaul Cuiisuil il i • u-
inulor, el oelte opôralion osl acc()mpa{;n<''e de toiles cniaii- («'s (|u'('ll(' ciïaco lo souvenir «les pires misères du temps de Pierre lo (irand.
La réaction contre lo ^ouvornomont do Hiron porte au trône la lilh^ du réfornialeiir, Klisahotli ; mais le nouveau rè-jne nappoile pas d«' soula^'emenl aux mau\ dont soulVre le peuple. Il a aussi ses favoris, (pii u'onl sur ceux d'Anna (|u'un seul avanlafçe, celui d'être Hussos, et ses {grandes ontroprisos. C'osI surloni pendant la jxueiic de Sept Ans, eti dZ-pit des subsides payt's à la Russie par rAulriolie, — ou, |)lus «'xaclement, par larrance —que le besoin d'arfj;ont devient pressant. Tous les impùls sont au^Muenli'S. tous les monopoles reparaissent. I)e trois kopeks el demi, le sel monte à î).*) kojioks. La loterie est introduite en Hussio, et les altérations do monnaies recommencent comme sous Pierre la Cîrand. « A moi> avènement, écrira jdus lard (lallierine II, il y «ivail en cinulation douze variéU's do monnaie d'argent, d'un alliage qui variait de 82 à 63. Les monnaies de bronze variaient de 40 à 32 roubles au pond. » Le mal fait au commerce par cotte incertilud(; des monnaies n'était pas compensé par la suppression dos douanes intérieures, l'unique progrès du règne.
Pierre m fut trop peu de temps sur le trône pour rien changer à la situation. Vraisomblablomont, ses projets do guerre l'auraient ompiréo. Nous avons déjà dit comment ils furent une des causes de Tavènemenlde Catherine II.
La nouvelle Impératrice, obéissant au vo-u public, inaugura une politique de paix et de réformes. En matière financière, tout était à réorganiser : « J'ai trouvé, écrit Catherine
» dans son écrit cité plus haut, l'armée cantonnée en Prusse » sans solde depuis dix-huil mois; dans la caisse de l'Em- » |)in', pour 17 millions de louhles impayt's; une circulalion » monétaire de 100 millions de roubles, dont 40 millions » enlev(''s en espèces par ITtran^er ; prcscjuc toutes l«'s hran- » elles du commerce monopolisées entre les mains de jiarti- » entiers; le revenu des douanes all'ermé pour i millions; un » emprunt de ± millions tenté en Hollande par Timpé-ratrice » Klisabeth, mais sans succès; aucun crédit et nulle con- » liaiice à l'extérieur; à Tinlérieur, les paysîins en révolte » partout, etc., etc. » Avec tout cela, les dé|)enses dépassaient annuellement les receltes de .'» millions, c'est-à-dire diicpiartdu bud^j^et, du moins autant qu'on en pouvait juger, car personne ne connaissait avec précision l'état des recettes et des dépenses, « Le Sénat me^ donna la liste des revenus de TKmpire, qu'il faisait monter à 10 millions de roubles. Pendant deux ans, je lis examiner les comptes par le |)rince Viazemski et le conseiller d'Ktat Melgounof. Us trouNèrent 28 millions... »
Au début, Catherine put croire qu ell»* remédierait à ce désordre. Kn 1 770, elle se vante d'avoir payé toutes les dettes et mis iJ millions de roubles en réserve. Ce n'est pourtant |)as (ju'elle ait réduit les dépenses, car la Cour plus brillaule que jamais, les hommes du Coup d'État, qu'il Tant bien récompenser, les favoris, qui se renouvellent souvent, les écrivains enfin (pii.ihms tous les pays d'Iùirope, encensent l'incomparable Catherine, tout cela coûte cher. Puis les guerres surviennent, polonaises, turques, suédoises, ruineuses, et par les frais qu'elles occasionnent directement, et |)ar les abus qu'elles favorisent en ib-tournant des affaires intérieures l'attention de la souveraine. Le règne de (Catherine la Grande ne présentejjas, à cet égardT d'amélioration sur celui de Pierre le Grand. Alix exploits passés des \esterof, des Chafirof, des Gagarine,etc., répondent maintenant ceux
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des fiivoris,(l<; leurs rn'atiin's, df (•<• Ki<'honski doiil h- . v.i. lions forcrrenl, en 1 772, iH)J)iU) KaliiioiiUs de la r»''gion d'Astrakhan à sf! sauver en (lliiiic. La s<'ulf' dillérence esLque sons IMcrn- le (Irand il y a drs oxcmples de répression s«'vère qui l'ont dr-l'anl sons Callierine.
Les impôts sont toujours les mômes, sauf (pion les augmenle. La capilalifin es! tiipléc, les douanes à peu près, au fj^i-and désespoir des nianliandes à la toilette de Paris, et de leurs clients et elientes de Pétershour^. Les monopoles sont réorganisés, notamment celui de l'alcool (pii arrive. grAceà la pr(deelion dont le ^ou\ernemenl enl(»ure les cabarets, à donner dix millions de roubles. Lidin, — et c'est lu la grande nouveauté du règne — Catherine fait un large usage du crédit. I)'nne |»arl, elle emprunte à Tétninger près de J>() millions de roubles, et presque le double en Russie ; d'au-^ tre part, elle fonde, en 1700, la IJanqu»' d'assignats qui, jus(prà-l 706, mettra 160 millions à sa disposition.
Déjà Pierre III avait vu l'idée d'une création de ce genre. Catherine n'y vint (pi'en 1768, sur les conseils de son confidenf, l'Allemand Sievers. Celui-ci avait été frappé, dans son gouvernement de Novgorod, de la difficulté' qu'éprouvaient les agents du Trésor, d'abord, à percevoir l'impôt dans les campagnes, où le nnnK'raire était toujours fort rare, ensuite, à en faire parvenir le produit au chef-lieu du gouvernement, puis à la capitale. Toutes ces difficultés pouvaient disparaître si le gouvernement autorisait l'émission de papier-monnaie par une Banque d'État. Le numéraire (ou sa représentation) pénétrerait partout : l'industrie et l'agriculture pourraient déployer l'esprit d'initiative qui jusqu'alors leur avait fait défaut; la Banque enfin, avec les capitaux que le public mettrait à sa disposition, prêterait aux marchands, aux nobles désireux d'hypothéquer leurs domaines, et ces avances, consenties à un taux modéré, amèneraient partout la baisse des intérêts et la diminution de l'usure. Catherinese laissa faci-
lement convaincre, et, en 1 7G0, autorisa la fondation de Banques d'c^mission, à Pétersbour^ et à Moscou, avec succursales dans les principales villes. Dans leurs statuts, élaborés par Sievers, il fut formellement déclaré que, dans aucun cas, les assignats émis ne pourraient dépasser la valeur des capitaux déposés à la Banque, en garantie de ces assignats.
Comme presque toujours en pareil cas, les débuts furent heureux. En peu de temps, 2i millions de roubles, en cuivre, furent apportés à la Banque, et, pour une pareille somme, des billets furent émis, cpii, non seulement ne descendirent pas — jusqu'en 1 781, — au-tlessousilu pair, mais encore, à plusieurs reprises, firent prime : en même temps, le commerce grandit, comme l'avait prévu Sievers, et la valeur des propriétés et des produits d'exportation haussa sensiblement. Mais la guerre tunjue survint : en 178j, Tlmpéralrice lit fabriquer pour 34 millions d'assignats, rt dès lors les émissions se succédèrent d'autant plus rapidement (juele défieit augmentait, et que le numéraire visible, disponible, diminuait. En 1787, alors qu'il n'y avait plus eu circulation ni or ni argent, la valeur nominale des assignats dépassait 100 millions de roubles : elle atteignit 150 millions en 1795, soit une somme cinq fois supérieure au revenu annuel de la Russie. Dans tout autre pays cette situation eut amené une banqueroute : en Russie, l'estampille ofheielle suffisait pour conserver aux chitï'ons de papier de la Banque une valeur relative. « Dans les autres États de l'Europe, écrit Ségur »^en 1786, le souverain commande aux actions, mais non » pas à l'opinion : ici, l'opinion lui est aussi soumise, et la » multitude des billets de banque, la certitude qu'aucun fonds » ne peut les rembourser, etc., ne donne ici non seulement » aucune secousse, mais pas même la moindre atteinte à la » conlîance, et je suis persuadé que Tlmpératrice ferait rece- » voir ici du cuivre comme monnaie, si elle le voulait. » Dans
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cette remarque vraie, il y a bien quelque exagc^ralion, car, à la fin (lu reflue le rouble-papier ne valait plus guên* que 70 kopeUs en cspj'ces. Insi^nilianle. si on veut le comparer à celle que subirent, à la même époque, les assignats d'autres pays, cette baisse suffil pourtant pour amener la bausse gi'Ucrale (les prix, et la disparition presque complète de l'or et (le Tardent.
A la mort de (latberine (1796), il y a, depuis plusieurs ann(3es (l«''jà, un déficit annuel dciOà^O inillions de roubles, et pourtant les receltes, d'à peu pn'S 20 millions en 1703, sont montées à 08 millions en HUO. il s'en faut (jue cette augmentation corresponde à un progrès équivalent de la ricbesse publique, que les guerres continuelles, la peste, la révolte de Pougatcbof etc. ont plutôt «liminué-e. Klle s'explique par l'accroissement de la population — que rexcédenl des naissances et les conquêtes ont fait passer de 20 à 38 millions d'i\mes — par l'élévation du taux de presque tous les impôts, et enfin pîir ce fait (pie les 08 millions de recettes sont des millions en roubles-papier.
Comme sa mère, Paul I'" dé-buta par des promesses d'économie. Il déclara solennellement qu'on ne ferait plus d'assignats, et qu'au contraire, la paix aidant, on en détruirait quelques millions cbaque année. Les assignats remontaient donc quand, en 1798, Paul adbéra à la coalition contre la France. Deux ans après il y avait en circulation 200 millions d'assignats, qui perdaient presque moitié de leur valeur nominale, et le Trésor était vide.
En résumé, le budget de la Russie suit, au xviii' siècle, une marche ascendante beaucoup plus rapide que les budgets des États européens, sans pourtant arriver à les ('galer. Recettes et dépenses ont trentuplé, et pourtant leur total, qui n'est, à l'avènement de Pierre le Grand que le vingtième à peu près du budget français, n'en est encore que le quart ou le cinquième cent ans plus tard, bien que la population
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des deux pays soit à peu près la môme. Kncore faut-il ajouter que, proportiounelloment à ses ressources, le coiilrihuable russe paye beaucoup plus (ju»* le rontribuabic fran(;ais. On peut dire, d'une l'a(;on ^énérab', que les exigences du fisc et du seigneur enlèvent au paysan russe la presque totalité de son revenu.
La compensation h ce lourd fardeau, c'est l'élévation de la Russie au rang des grandes puissances, sans d'ailbnirs qu'il s'en suive, pour la nation, l'accroissement de prospérité couluniier en pareil cas. (le (pie l'Èlal prend aux particuliers, il ne le leur rend pas. Les dépenses vraiment |>roductives, instruction, travaux publics, sont insignifiantes, et sur le grapliique de la marclie ascendante des divers budgets, jusqu'en 1800, c'est toujours la guerre qui tient la plus grande place dans cbaque colonne.
vin
I. Les origines ; période de politique asiatique. Développement des ambitions européennes de la Russie.
II. Pierre le Grand. La lutte contre les Turcs et les Suédois; acquisition des provinces baltiqucs ; progrès de l'influence russe en Pologne, en Allemagne. Place prise par la Russie dans la politique générale de l'Kurope.
III. Les successeurs de Pierre le Grand. La Russie sous l'influence autrichienne : la guerre de Sept .\ns.
IV. Catherine 11 et les trois • hommes malades » de Pologne, de Turquie et de Suède. La politique des partages et ses résultats.
Au moyen âge, la politique étrangère de la Russie est faite surtout de ses rapports avec TOrient. Au xiii" siècle, les princes de Moscou dépendent des empereurs mongols, plus tard, des khans tatars de la Horde dor : c'est d'eux qu'ils obtiennent, moyennant linances, l'appui nécessaire pour « rassembler la terre russe » ; et c'est sur eux qu'ils conquièrent, au XV* siècle, la liberté de la Hussie uniliée. Au xvi' siècle, quand ils sont devenus des tsars, leur grosse affaire, c'est, d'une part, la résistance aux incursions des Tatars de Crimée ; de l'autre, la soumission des ïalars de Kazan et d'Astrakhan. Maîtres enfin de ces royaumes (1552-1554), et un peu plus tard de la Sibérie (1584), ils entrent en rapports avec la plupart des souverains asiatiques.
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Leurs ambassades vont t'i IN-Kin. à Samarkand^, à Ispahan. dans loiilcs les pclilcs capiialrs du (iaucasr ; déjà au xvi* siècle, IJoris (iodouiiol" inicrvicnl, conli'e leurs voisins musulmans, en faveur des princes chrétiens de tîrousie, de KalvlK'lie et d'InH'n'Iie. Ihi côté de la (!as|>iernje. les courses des (losaques (jui s'en vont, en hanjue, piller les l«*rres du Shah, ou parfois y chercher un refufçe contre l'autorité du Tsar, sont une source continuelle d«' dil'lieultés. Aussi parlet-on déjà, à Moscou, de renouveler les entreprises d'Alexandre le (irand, d'envahir la l*erse, de délivrer les esclaves chrétiens des khans del'Asie centrale, et de s'assurer la route de l'Inde, ce rêve de Ions les ^gouvernements européens, depuis le commencement des temps modernes.
Mais à côté de cette politique asiatique, les tsars en ont eu de bonne heure ime autre tout européenne. A peine débarrassés des Tatars, ils ont revendi(jué, sur leurs voisins d'Occident, et notamment sur les Polonais et les Lithuaniens, les terres russes dont ces mauvais voisins s'étaient emparés à la faveur de l'invasion tatare. Comment leur laisser Kief, la ville sainte, le berceau du premier empire russe, Smolensk, Vitepsk, Polotsk, villes que des descendants de Rurik ont fondées, qui parlent russe et sont orthodoxes? D'autre part, les Suédois occupent les bords du g:olfe de Finlande et de la ' Neva, jadis témoins des exploits d'un héros russe. Saint Alexandre .\evski : de concert avec les Polonais, ils arrêtent les convois d'armes, venus d'Occident, dont les tsars ont besoin pour lutter contre les barbares de l'Est, il s'en suit des guerres contre Polonais et Suédois, puis des tentatives d'alliance, en Europe, avec tous leurs ennemis, et même, dès 1490, un projet de partage de la F^ologne entre l'Autriche et la Moscovie. Un peu plus tard, Ivan le Terrible discute avec les envoyés du pape, des Vénitiens et de l'Empereur, un projet de croisade contre les Turcs, qui lui vaudra en cas de succès, la Crimée d'abord, repaire de ses plus dangereux
LA POLITIQUE ÉTRAN(iKRE ET LES CONQUETES 135
ennemis, et peut-être aussi cette ville de Constantinople, dont il se considère comme riK'M-itier l«'gitime, depuis qu'Ivan le Grand a épousé une Paléolo^-ue, et mis l'aigle byzantine dans son écusson.
Tatars de !\
Ivan le Terrible échoue partout, et le xvi* siècle finit, pour laMoscovie, dans une anarchie complète : mais dès que les Romanof sont solidement assis sur le trône, ils reprennent tous les projets de leur grand prédécesseur. Alexis Mikhaïlovitch s'occupe beaucoup des Turcs. Il sait que parmi ses sujets, le Sultan a beaucoup de Grecs, clients naturels de
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toute piiissanoo ortliodoxe, et heaiicoiip de Slaves, frt'res des Russes, il (MOule volontiers les appels qui lui viennent de Venise etdr Vienne, l'ourlant ce n'est «juaprés lui, en UiSS, que la Moscovie entre oClieiellement dans une ligue européenne contre les ïures. l)u reste, elle n'y brille pas : l'ex- , pt'dition que la n'pMite Sophie envoie contre les Talars de Crinru'îe échoue misérabh^merit ; les Russes sont encore trop novices dans l'art de la guern? pour traverser, sans s'y ruiner, la larpe hande de déserts qui les sépare du monde musulfnan.
Contre les Suédois, ils sont encore moins heureux. Kn 1607, ils avaient dfi leur céder (Irailé' de Slolhova), leurs derniers postes sur la Xc'va et le golHî de Finlande, et Gustave Adol|)he avait pu se vanter, devant le Sénat suédois, d'avoir pour toujours éloignéde la mer les « barbares »>. Pendant la première guerre du Nord, alors que les Suédois étaient engagés à la fois en Pologne, en Allemagne et en Danemark, Alexis Mikhaïlovitch essaya de déchirer cet humiliant traité. 11 fut obligé de le confirmer par la paix de Kardis flGOl j, après avoir inutilement dévasté la Livonie et assiégé Riga.
Sur une seule frontière, les Russes ont été heureux au xvii" siècle, grâce, moins à leurs forces qu'à la rivalité des Wasa de Suède et de Pologne, et à la désagrégation de l'Etat poloiio-lithuanien. En 1052, les Cosaques de l'Oukraïne. révoltés contre les Polonais, appellent à leur secours leurs frères orthodoxes de Moscovie : pendant qu'ils dévastent le bassin du Dnieper, Charles-Gustave de Suède tombe sur celui de la Vistule. Alors, presque sans résistance, les armées d'Alexis Mikhaïlovitch occupent la Lithuanie, et.pourles arrêter, les Polonais sont forcés de promettre à Alexis l'élection au trône de Pologne de son troisième fils (négociations de Vilna, 1 656-7). Mais, débarrassés des Suédois, ils oublient leurs promesses et refoulent les Moscovites. Pourtant au traité d'Androussovo (1667), Alexis réussit à se faire céder
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Smolensk, c'est-à-dire le haut cours du Dnieper, Kief, qui rétablit sur son cours moyen, en plein cœur de la Russie d'avant les invasions talares, et enlin l'Oukraïne, dont l'acquisilion sépare les F^olonais de leurs alliés éventuels, les Tatars de Crimée, et livre la steppe du sud à la colonisation moscovite.
En somme, la politique russe est fixée. On s'étonne encore, en Occident, de ses formes barbares; on y rit volontiers de l'ignorance des ambassadeurs du Tsar, qui ne savent rien des affaires générales de l'Kurope, de leur avarice, de leur ivrognerie, de leurs prétentions puériles et bi/arres ; on ne les croit guère capables d'acquérir jamais « la conduite de l'Kurope ».En fait, ils savent fort bien y démêler leurs intérêts; pour être pris au sérieux, il ne leur manque plus (jue d avoir renoncé à leurs robes, à leurs bonnets, et de s'être armés à l'européenne.
Cette transformation nécessaire, Pierre 1" l'entreprenildès les premiers jours de son règne, et sans en attendre rachèvement, il cherche partout l'occasion de s'imposer à la considération de l'Europe, ne fût-ce que par des victoires sur des Asiatiques. En 10!) i, le bruit court qu'il va descendre la Volga pour attaquer la Perse. Mais le rêve persan s'ellace bientôt devant un projet plus sérieux, celui de |>roliler de la guerre entre le sultan et l'Empereur, pour enleverles forteresses turques du littoral de la mer Noire, et pénétrer enfin en Crimée. En 1695, la guerre est décidée, ei les Russes, abandonnant la vieille route des steppes, où tant d'armées s'étaient déjà perdues, descendent le Don sur une flotte de galères, et paraissent devant Azof. il leur faut deux campagnes pour prendre cet avant-poste du monde musulman : succès médiocre, mais qui se répercute, en gramlissant, à travers tout l'Empire turc, dans les masses profondes des raïas tout à coup raffermies dans leur foi, jusque sur les bords de l'Adriatique, où les nobles russes qui servent sur les galères de Venise,
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trouveront hientcH tous les orlliodoxes, Gn^ts, Serbes, Monteno^rins, inslruitsdc la prise (rAzof et des farauds projets d(i Tsar, l'^ii Occideiil, les pr/etles assurent (|iie Pierre va f)0ijsser sa pointe, (jue sa (lotir se portera sur (>onslantinople, ou tout au moins sur Trébi/.onde. Le Tsar songe, en elFet, h. une expt'dilioii dans la mer Noin»: en mrme t«'mps. il Fioue des relations aNee les liospcjdars de Valaehie et de Moldavie, et fait prali(pier par Thelman des (^osa(|ues,\la/.eppa,des reconnaissances dans ladireetion dul'rutli et du Danube. Mais en 1()U8, rKinpereur et Venise font Irur |)aix avee les Turcs à Karlovilz, (;l la Hnssie reste seule à supporter le poids de la croisade. Puis des événements nouveaux attirent l'attention de Pierre i" d'un autre côlé, rinalemcnt, des né<;()(iations s'ouvrent qui traînent deux ans, car il aurait bien voulu se faire céder Kertcb, c'est-à-dire le libre accès de la mer Noire et de la (Irimée, et aboutissent, en 1700. à une simple suspension d'armes qui laisse Azof aux Busses.
Kn Pologne, après la mort de J<'an Sobieski les Russes avaient agi de concert avec les Autricbiens, [)Our écarter (In trône le prince de Conli, (pii, uwt fois «*lu, n'aurait pas manqué de se rapprocher des Turcs. Le candidat russo-autrichien, Auguste de Saxe, était à peine sur le trône que la mort de Charles XI laissa la Suède à un jeune homme réputé incapable. Les vieux ennemis des Sué'dois, Danois et Polonais, trouvèrent l'occasion bonne pour leur reprendre leurs conquêtes du xvii* siècle; Pierre, de son côté, levait de reconquérir le territoire d'Ingrie perdu à Stolbova et si bien placé pour devenir la fenêtre de la Hussie sur l'Europe. En 1699, il adhéra à la coalition contre Charles XII.
Pendant la grande guerre qui s'ensuit, la Hussie prend définitivement sa place sur l'échiquier européen. Ennemie delà Suède et de la Turquie, elle se range du côté de l'Autriche ; d'autre part, ses relations commerciales avec l'Angleterre et la Hollande, et le rôle joué par les Allemands dans les ré-
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formes, la livrent aux influences protestantes et germaniques. Aussi le Tsar se considère-t-il, pendant la guerre de la succession d'Espagne, comme solidaire de la coalition contre la France. A un moment pourtant, il essaye de se rapprocher de Louis XIV; c'est lorsque Charles XII, à Altranstadt, paraît hésiter entre TOccident et rOri«'nt: Russes «d Français ont le môme intérêt à le retenir en Allemagne. Far contre, les amis autrichiens et anglais de la Hussie ne songent qu'à le détourner sur elle, et ils s'y employcnt avec succès, en dépit des intrigues des agents russes, de leurs oflVes, à La Haye, à Londres, à Vienne, ici d'argent, là d'une principauté pour Marlhorough — Vladimir, Kief ou la Sihérie, au choix — et partout de troupes contre la France. <« Ce que vous nous olîrcz. est-ce votre armée de Narva? » leur répondait-on.
Poltava changea hrusquement la situation, w Le Tsar va prendre la place delà Suède, écrit alors Leihniz à l'électeur de Hanovre, et il ira encore plus loin. Comme il est très tort, que les puissances maritimes rechercheront son alliance, à cause du commerce, etl'Fmpereur, à cause de la Hongrie... il faut tâcher de jouir de ses honnes grâces. » Kt pendant que l'Europe prépare son changement de front, les troupes russes inondent la Pologne; Auguste de Save y rentre avec elles, en allié, mais plus encore en client ; quand il se rencontre avec Pierre, à Danzig, c'est lui, roi de Pologne, dans une ville polonaise, qui est l'invité, et le Tsar le régale avec l'argent levé sur les Danzicois. De Pologne, les Russes passent en Allemagne : il y participent aux sièges de Steltin, Stralsund et Wismar, pendant que leurs diplomates négocient des alliances avec les petites Cours. Le duc de Mecklemhourg épouse une nièce de Pierre; le duc de Holstein sollicite la main de sa fdle Anna ; le tsarévitch Alexis obtient celle d'une princesse de Brunswig. Le Tsar intervient dans les conflits de ces cours; il protège le duc de Mecklemhourg contre
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rKmpereur, celui de Holslein contre le roi de Danemark. Le bruit court déjà ({ucpour mieux assurer son influence, il va se faire vr^]^'r une parli<' du Merklemhour^ ou de la Fomérauic. (iounue l'avait aiiuonc»' Leibniz, e'est le temps de Gustave-Adolpbe qui revient.
On commence à craindre fort, eu -Mleuia^ne, <pie tes nouveaux Su«'Mlois ne recbercbeut, eux aussi, l'alliance de la France. A Vienne, on déplore les malbeurs de (ibarles XII : à(]openba^ue, on parle de se réconcilier avec lui ; à Berlin, malf^ré les envois de grands gren.idiers cpie IMerre fait de lemj)s en temps au roi Fn''(b''rie-(iuillaume, les ministres chercbent tous les moyens d'interdire aux Russes l'entrée des places (ju'ils font eapituler. Kniin rAngleterre prend nettement parti contre la Hussi<' grandissante. D'un côté, son roi allemand, (îeorges de Hanovre, ne veut pas de Russes dans TAIleniagne du Nord ; de l'autre, ses ministres entendent protéger la Suède, parce qu'elle est «« le rempart du protestantisme », déclarent-ils ofliciellement, en réalité parce qu'elle n'a plus de marine, et que la Russie vient d'en créer une qui pourrait devenir gênante. La mauvaise bumeur des Anglais se manifeste par des sommations aux Russes d'avoir à restituer les provinces baltiques : c'est tout au plus si Ton consent à leur laisser Saint-Pétersbourg. Et deux ans de suite, uno flotte anglaise vient croiser en vue de Revel et de Kronstadt.
Cette situation nouvelle change les dispositions de Pierre le Grand à l'égard de la France. Après la mort de Louis XIV, les rapports se multiplient entre les deux pays ; le Tsar vient lui-même à Paris, par curiosité sans doute, mais aussi et surtout pour y édifier de nouvelles combinaisons politiques. S'il faut en croire Saint-Simon, il aurait témoigné « une extrême passion » de s'allier à la France, et de prendre dans le système français, et moyennant les mêmes subsides, la place tenue jadis par les Suédois. Le plus cer-
tain^ c'est qu'il souhaitait vivement nous voir l'aider à conclure une paix avantageuse avec la Suède. Effectivement, |)ar le traité d'Amsterdam (15 août 1717), qui fui la conclusion politique de son voyage, la France lui promit ses bons offices à Stockholm. Promesse fut faite aussi, mais de vive voix seulement, qu'après l'expiration, en 1720, du traité qui nous liait à la Suède, nous cesserions de lui payer des subsides. Ce dernier engagement ne fut pas tenu : par contre, les efforts de la diplomatie française ne furent pas inutiles à la conclusion, en 1721, de la paix de Nystad.
Les Russes y gagnèrent la Livonie, rKslhonie, l'Ingrie, une partie de la Karélie et de la Finlande, avec Viborg. C'était déjà beaucoup, à ne considérer(jue lu superficie de ces provinces, 3.300 kilomètres carrés: mais l'essentiel était que, grâce au développement de leurs côtes, les communications avec l'Europe allaient être singulièrement facilitée*. D'autre part, la Livonie etl'Eslhonie, |)ays decullure déjà ancienne, étaient destinées à devenir, pour les tsars, une pépinière de | diplomates et d'administrateurs. Enfin, Xystad était la revau- ^ che de Stolbova et de Kardis, l'ailiruialion solennelle de la puissance russe, le couronnement de l'œuvre de Pierre le Grand. « Tous les écoliers mettent sept ans à faire leurs études, écrivit-il à Menchikof, en faisant allusion à la durée de la guerre ; nous en avons mis trois fois plus, mais quel résultat ! » Et dans sa joie, monté sur un tonneau, il harangua le peuple dans les rues de Saint-Pétersbourg.
Et puis, il est libre maintenant d'entamer d'autres entreprises. Du côté des Turcs, il a bien à jnendre la revanche de l'aventure du Pruth, et de la perte d'Azof qui s'en est suivie ; mais précisément les Turcs viennent de faire leur paix avec l'Empereur, à Passarovitz, et le moment n'est pas favorable pour les attaquer. Restent les Persans. Depuis plusieurs années, Pierre faisait reconnaître les routes, étudier les forces et les productions de la Perse. En 1722,
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proliUuit <l(> runarchic qui suit la mort du Shuh, il descend le Volga avec une grande armée et marche sur le CaïK^usc où il ne nUissit (ju'à 0(<upf' r DerluMil, mais, après son départ, ses lieutenants s'établissent dans les villes persanes d'Asterabad et de Heclit, ce qui fait de la mer Caspienne un lac russe. Kntre temps, il s'est occupé de TAsie central»' ; il y a eu des néfiociations avec le Khan de Kliiva, puis une expédition chargée de reconnaître l'ancien cours de l'Oxus vers la Caspienne, et les moyens d'y ramener le fleuve. L'expédition échoue, et plus (l'un siècle se passera avant que la Hussie ne reprenne, de ce côté, les projets de Pierre le (irand. Enfin, non content de ces conquêtes asiatiques, le Tsar veut des possessions coloniales au milieu des mers lointaines ; en 172i, il est fort question d'une expédition à Madagascar. Elle n'a pas lieu, unique- • ment parce que l'on ne peut trouver dans les ports russes de frégates en assez bon état pour un si long voyage.
Du côté de l'Europe, la diplomatie russe ne reste pas inactive. Dans toutes les Cours, elle poursuit la reconnaissance du titre d'empereur pris par Pierre depuis le commencement du siècle. A Pétersbourg, on pré[)are le mariage de la Tsarevna Anna avec le duc de Holstein, et l'on négocie avec l'envoyé de France, Campredon, celui de la sœur cadette d'Anna, Elisabeth, sinon avec le roi de France lui-même, du moins avec un prince du sang, auquel on donnera, en guise de dot, le trône de Pologne. D'autre part, le mot de Moscovie, qui rappelle la barbarie d'antan, est officiellement supprimé : dans tous les actes, il est remplacé par celui de Jiifssie, qui s'applique à une région beaucoup plus vaste, et justifie, par avance, les prétentions des tsars sur les palatinats orientaux de l'État polono-lithuanien. En attendant un nouveau « rassemblement de la terre russe », Pierre se disposait à intervenir en Allemagne, en faveuh de son futur gendre, le duc de Holstein, quand la mort le sur-
prit, au grand soulagement des puissances germaniques.
Tout d'abord on crut, en Europe, que son œuvre ne lui survivrait pas. Beaucoup d'Iiommes d'Ktat se figurèrent que le nouveau gouvernement, (•«'•(lant au vu'u de la nation, laisserait dépérir les institutions du réformateur, abandonnerait ses conquêtes, même Pétersbourg, et se désintéresserait des atVaires europé-ennes. D'autres prédirent que la noblesse s'emparerait du pouvoir, et qu'il en résulterait une anarchie rassurante pour les voisins. 11 y eut bien, en effet, une tentative en ce sens, mais nous avons vu son piteux échec. Le gouvernement resta absolu, et jaloux deconserser à la Itussie son influence en Europe.
A la vérité, elle se trouva d'abord tort amoindrie : sans valeur personnelle, sans droits bien détinis au trône, à la merci des intrigues de cour ou des coups d'Etat militaires, les premiers successeurs de Pierre le Grand ne pouvaient avoir ni fjrand prestige, ni vastes projets. Catherine 1" se préoccupa surtout du mariage de sa lille, Elisabetli. avec un prince français ; déçue de ce côté, et désireuse de ménager des appuis, en Allemagne, au mari de sa pn^mièr»' lille, le duc de llolstein, elle se rapprocha de l'Autriche. Pendant le court règne de Pierre II, la Russie n'eut plus de politique étrangère. Anna loanovna, au contraire, intervint en Pologne, à la suite de l'Autriche, pour écarter du trône le candidat de la France, l'ex-roi Stanislas Leszczynski ; toujours avec l'Autriche, elle fil la guerre aux Turcs, et y gagna, par le traité de Belgrade (1739), la démolition d'Azof et la steppe entre le Boug et le Dniejjçr. En somme, c'était la politi(iue nationale qui reparaissait, appliquée par les Allemands de l'entourage d'Anna, les Ostermann, les Munich, les Biren. Délestés des Busses, qu'ils régentaient durement, soupçonnés de vénalité, trop préoccupés souvent de se préparer, en Allemagne, un confortable refuge pour les mauvais jours, ils ont eu du moins le mérite de conformer
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leur politique étrangère, on p'Mu'Tal, à la tnidition russe.
L'av^'Hcnionl (rKlisalu-tli clian'^ca 1rs p)uvcrnanls, mais non les Icndariccs. l'orlt'-c au Irôuc par uiu* révolution où Tambassadcur de France avait joué son rôle, animée, de lonfçuo date, de sympathies fran(;aises, mal disposée pour les Allemands (ju'elle soupçonnai! de vouloir la renverser, rim|)éralri(<* se Irouva Irrs vile ramenéM», par la loree des choses, à une politique d'hostilité à l'égard de la Kranee, et (rallianee avee rAulriche. Le point de départ en fut une agression malheureuse des SuT-dois : repoussés, ils durent céder à la Hussie la Finlande jus(ju'au Ksiimen (traité- d'Aho 1743). Cependant, un autre allié des Fran(;ais, Frédéric II, avait enlevé la Silésie à rAutriche, et menaçait de soumelire à son inlluencela Pologne et rAlleniagnedu Nord. Klisaheth se rapprocha donc de Marie-Thérèse; en 1744, le rapprochement devint une alliance offensive et défensive, et les armées russes prirent la roule de TFurope centrale : elles n'eurent pas à s'y heurter contre les Prussiens, qui avaient tiré à temps leur épingle du jeu : contre les Français, elles marchèrent jusqu'au lUiin, où elles furent arrêtées parla paix d'Ai\-la-(ihaj)elle (ITiBj.
La lutte diplomatique n'en continua pas moins dans les pays intermédiaires que se disputaient les deux systèmes rivaux, à Constantinople, à Varsovie, à Stockholm surtout, où, en 1 749, une tentative du parti français des C/iajœaux pour fortifier le pouvoir royal, eut pour conséquence une invasion des Russes, et finalement le triomphe de leurs clients, les Bonnets. En même temps, le gouvernement russe se rapprocha de l'Angleterre, l'alliée naturelle de la Russie, selon le chancelier Bestoujef, puisqu'elle était l'ennemie de la France, et la grande dispensatrice des subsides qui permettraient d'agir, de concert avec l'Autriche, contre la France et ses alliés, et particulièrement contre Frédéric \\.
L'hostilité de Bestoujef à l'égard de la Prusse a été diver-
LA POMTIQIE ÉTRANGÈRE ET LES CONQUÊTES 1 i.",
sèment appréciée par les historiens : les uns y ont vu la marque géniale d'une prévoyance quasi-propliétique ; les autres ont jugé que cette prévoyance même créait le péril qu'ellevoulait éviter. Suivant un éininent historien russe', un voisin n'est pas dangereux parce qu'il est ou devient puissant, mais parce qu'il est ou devient mécontent. En d'autres termes, si l'on a des voisins ambitieux, il faut lavoriser leurs entreprises, sauf, ap- j*
paremmenl, à s'assurer quelque part des compensations. C'est la politique des partages, telle qu'elle a prévalu plus lard dans les conseils de Catherine II ; sans nier ses profits, on peut croire qu'elle n'est souvent qu'un pis-aller. Si partager est avantageux, affaiblir ou supprimer le
coparlageant, c'est-à-dire le rival du lendemain, est encore mieux, et c'est ce que Bestoujef a voulu faire. Pour le lui reprocher, il faudrait supposer que la Russie d'alors avait un besoin quelconque de la Prusse. Contre qui ?
Quoi qu'il en fût, après avoir préparé la coalition européenne contre la Prusse, au moment même où elle allait entrer en action, Bestoujef tomba du pouvoir, victime de la duplicité de l'Angleterre qui, pour mieux s'assurer contre la France, avait conclu des traités de subsides aussi bien avec la Prusse qu'avec la Russie. Il en résulta, contre l'Angleterre et la Prusse un groupement, inouï pour les vieux diplomates, de la Russie, de l'Autriche et de la France. Dans les sept années de guerre qui suivirent, malgré les lenteurs