VI PRÉFACE
tout à l'honneur de leur sincérité et même de leur désintéressement, sinon de leur bonne éducation, ne laisse pas de rendre la polémique bien pénible à un écrivain qui ne croit pas qu'un homme, pensant autrement que lui soit ipso facto un misérable digne du bagne. Par bonheur, je suis un peu blasé sur ce genre de discussion et les accès de folie furieuse que mes études provoquent dans la presse radicale me procurent même une certaine satisfaction en me prouvant que j'ai frappé juste. Les révolutionnaires russes s'imaginent m'avoir jeté à la tête la pire des injures, quand ils m'ont traité de « Kalkowetz » ; or, ils ne peuvent pas m'adresser un compliment plus flatteur.
J'avoue être moins brave quand il s'agit, comme dans ces pages, de heurter les convictions de mes amis, de combattre les préjugés et les préventions des hommes politiques de mon propre bord. La crainte de blesser de hautes susceptibilités a failli plusieurs fois arrêter ma plume. Mais les accommodements avec la vérité n'eussent pas été à leur place dans un livre où je traite des questions généralement d'un intérêt vital pour mon pays.