‹ La Russie contemporaine;Chapitre 11 sur 35 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

par français.

par

étrangers.

par français.

par étrangers.

On voit maintenant à quoi se réduisent les développements commerciaux et maritimes depuis le traité de 1846. A part l'année 1847 et les derniers mois de l'année précédente, dont le mouvement s'explique par le transport anormal de grandes quantités de grains , la somme des échanges entre les deux pays a plutôt diminué qu'augmenté du premier au dernier terme de la période. Comparativement à 1845, 1851 présente une diminution de dix millions quatre cent mille francs.

Un résultat analogue ressort pour la navigation, Ici , la diminution est de quarante mille tonneaux. Mais il y a de plus ce fait , qui aggrave singulière-

ment les clauses du traité, qu'au moyen des faveurs exceptionnelles réciproquement ménagées à leur pavillon par les deux pays , la navigation française a doublé dans la Baltique et la mer Blanche , tandis qu'elle s'est réduite presque à rien dans la mer Noire , où elle reste en butte aux dispositions rétorsives des ukases de la Russie contre les puissances qui ne lui accordent pas la réciprocité du traitement national. On se demande s'il est bien juste qu'en vertu d'un acte diplomatique dont le bénéfice devrait profiter à tous , nos armateurs de la Méditerranée aient à supporter des charges considérables dont ceux de l'Océan sont affranchis ?

Revue de la garde impériale à Saint-Pétersbourg. — L'empereur et son état-major. — Appareil grandiose. — Pittoresque du défilé. — Troupes russes. — Cosaques. — Escadrons mahométans. — Uniforme circassien. — Le régiment de Paulowsky.

Je ne crois pas qu'il soit possible d'assister à un plus beau spectacle militaire que celui de la revue de la garde impériale , que l'empereur de Russie passe chaque année , dans le courant du mois de mai, sur le champ de Mars de Saint-Pétersbourg. C'est toute une armée qui défile devant vous, et dans cette armée vous pouvez apprécier la force de l'État autocratique , sinon dans sa valeur réelle , du moins dans son appareil éclatant et dans sa variété pittoresque.

Dès le matin du jour solennel, la capitale entière est en mouvement ; le marchand quitte son comptoir, l'artisan sa boutique; le moujik, le moujik lui-même, mettant de côté la crasseuse peau de mouton qui lui a servi pendant tout l'hiver de vê-

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tement et de lit, se pare de son cafetan bleu et de son petit chapeau orné d'une plume de paon; tous se dirigent vers la place militaire. D'un autre côté, la haute société envahit les fenêtres et les balcons qui dominent cette place, ou, montée dans ses équipages, elle l'encadre comme d'une haie brillante de luxe et de fraîcheur.

Cependant les tambours battent, les clairons, les trompettes et les fifres font entendre ce bruit strident et monotone qui caractérise les marches guerrières moscovites ; et l'on voit peu à peu déboucher sur le champ de Mars et se ranger en ligne l'infanterie , la cavalerie et l'artillerie de la garde. Vers dix heures, toutes les casernes sont vides; il ne reste plus , dans les rues et sur les places , que les sentinelles nécessaires pour veiller aux palais et aux établissements officiels.

Alors , il se fait dans l'assemblée un grand silence; tout le inonde est dans l'attente.

Tout à coup un cri formidable retentit : L'empereur ! et soudain un hurrah immense , répété par cent mille voix , s'élève vers les cieux; en môme temps les tambours battent aux champs , les musiques de tous les régiments jouent à la fois : c'est une tempête d'acclamations et de fanfares.

L'empereur arrive au galop , suivi des grandsducs et de son état-major, cortège splendicle où l'on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, de la

distinction des personnes ou de la richesse inouïe des uniformes.

Les hurrahs redoublent; les instruments militaires font entendre des accents frénétiques; l'enthousiasme est au comble.

Après avoir passé rapidement devant le front des troupes, l'empereur vient se placer au centre du champ de Mars ; les grands-ducs et les officiers de sa suite se rangent à distance derrière lui.

Alors commence le défilé.

Viennent d'abord les régiments d'infanterie, avec leur uniforme au poitrail écarlate, leur casque prussien flamboyant au soleil et surmonté d'une queue de cheval qui flotte au vent; ensuite les chevaliers-gardes, vêtus de blanc et portant des cuirasses noir et or ; les gardes à cheval, les cuirassiers gatschina, bleus et blancs, couverts d'un casque resplendissant; les lourds dragons de la garde, les lanciers et les hussards, vêtus de rouge et montant des chevaux gris ; enfin, les régiments de Cosaques, bleus ou écarlates , armés de longues lances dont les flèches peintes en rouge s'élèvent comme une forêt de pourpre au-dessus de leurs rangs. Ces régiments de cavalerie , forts de plus de douze cents hommes, ont chacun des chevaux de même couleur: noir, bai, gris ou noisette.

Après ce premier défilé , qui dure plus de deux heures, vient l'artillerie, puis les trains de pon-

tonniers en masse compacte. Les chariots appartenant à ces corps , de même que les bateauxpontons, les caissons à poudre et les voitures à munitions, sont peints en vert clair, couleur impériale , ce qui produit un effet harmonieux et imposant. Dans cette partie de la garde , les chevaux n'ont ni l'allure élégante , ni les formes sveltes de ceux qui précèdent; forts et solidement bâtis, ils sont parfaitement adaptés au service auquel ils sont destinés.

Enfin , le défilé se termine par les quatre escadrons du régiment mahométan. Ces escadrons se composent de Circassiens, de Russes, de Turcs, d'individus sortis des diverses tribus qui avoisinent les Alpes caucasiennes , d'esclaves , d'aventuriers de tous pays, de renégats et d'otages. Chaque escadron se distingue par un costume différent ; mais tous sont extrêmement pittoresques. L'un porte le simple bonnet persan en laine d'agneau , l'autre le turban caucasien ; leurs armes sont le cimeterre , le rifle , le yatagan, les flèches et le carquois.

Un de ces escadrons est encore plus frappant que tous les autres. Il est uniquement composé de Circassiens, tirés surtout des tribus voisines de la frontière et appartenant à des familles qui reconnaissent la domination russe. Otages, pour la plupart, ils sont tous princes ou nobles, et portent, légèrement altéré, le costume national de leur race,

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c'est-à-dire le casque de fer à pointe d'acier au lieu de plumes, et l'étincelante cotte de mailles qui descend sur leurs fracs étroits de couleur écarlate. L'orgueil oriental éclate dans leurs armes et leur équipement. Ils gouvernent leurs petits chevaux vifs et de sang pur avec une grâce , une dextérité qui contrastent avantageusement avec la roideur gauche et étudiée du cavalier moscovite, comme avec l'attitude sans élégance , quoique ferme , du Cosaque. Ces hommes ont un air de grandeur et de naissance comme leurs chevaux ; leurs formes sont resserrées, agiles, élastiques ; les yeux de l'homme et du cheval étincellent d'une fierté que la bridé dv cavalier aussi bien que la servitude russe s'efforcent vainement de tempérer. Ces chevaux , dont la robe est grise , ont la queue blanche , mais teinte en cramoisi dans la partie inférieure, ce qui ajoute encore à l'aspect sauvage de cette cavalerie orientale.

Nulle armée au monde, assurément, ne peut offrir les mêmes disparates de costumes que l'armée russe ; car outre l'habillement particulier des Cosaques et la rareté des uniformes modernes , il j a dans la garde des régiments dont l'uniforme suranné frappe comme une nouveauté par son antiquité même. Ainsi les dragons de la garde ont encore le casque noir des cavaliers de Frédéric II , surmonté d'une plume qui s'étend transversale-

351 LA FORCE MILITAIRE ET MARITIME, ment d'une oreille à l'autre , avec une large pointe de drap de couleur vive qui tombe en forme de langue derrière le dos, et dont l'objet autrefois était sans doute de garantir la queue. Un régiment d'infanterie (le régiment Paulowsky) conserve encore le bonnet pointu de drap écarlate , avec une feuille de cuivre sur le devant , et ressemblant à une mitre d'évêque; coiffure qui atteste souvent, par les traces de balles dont elle est sillonnée, le sort des malheureux qui l'ont successivement portée. L'étranger trouve cette coiffure burlesque et affectée ; elle passe généralement pour un des produits de la fantasque imagination de Paul Ier; mais on voit sur un vieux tableau d'Hogarth, représentant une marche vers Finchlay, qu'elle fut jadis en usage chez les gardes à pied anglais.

Effectif de la garde. — Chiffre de l'armée. — Opinion de M. de Haxthausen sur les troupes russes disponibles. — Exagération des statistiques officielles. — La vérité. — Budget de l'empire russe. — La marine. — Vaisseaux, canons et marins.

Telle est la revue de la garde impériale à Saint- Pétersbourg. N'avais-je pas raison de dire qu'il serait difficile d'imaginer un plus beau spectacle militaire? Cette garde se compose de 40 000 hommes d'infanterie et de 15 000 de cavalerie; et si l'on y

ajoute les régiments de la jeune garde et les corps des grenadiers, son effectif ne montera guère à moins de 115000 hommes. Répartie dans la capitale et dans les environs , la garde impériale est sous le commandement direct du fils aîné de l'empereur, le grand-duc héritier.

La garde impériale forme, avec une première levée de 98 000 hommes, la réserve de l'armée russe; cette réserve se compose, par conséquent, de 217 000 hommes, servis par 472 canons.

Quant à Tannée proprement dite, voici, d'après les cadres officiels , quelle est sa composition :

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