‹ La Russie depuis Alexandre le Bien-IntentionnéChapitre 2 sur 2 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

^fTai grandi dans la foi que vous étiez un homme dangereux, intelligent, mais mal intentionné, voulant le désordre et le bouleversement. Ce n^ôst que depuis que je suis it Tétranger que j'ai fait connaissance de vos écrits , et je me plais à constater que, loin d'avoir été injuste, vous avez été trop indulgent pour des généraux comme Yermoloflf et Vorontzoff. Le premier n'a rien fait de remarquable. A Borodino il a envoyé à une mort certaine le général Korsakoff, qui n'avait que quelques jours

12 Une Justice tardive.

de service de moins que lui^ en lui disant que sll n'y allait pas^ il y irait lui-même. Les Mémoires du général ToU ont fait justice de lui; à la bataille de Koulm/ en démontrant que le mérite de cette victoire en révenait au Prince Eugène de Wurtemberg. Au Caucase^ Yermoloff n'a été qu'un tyran et d'une cruauté inouie pour les Circassiens. Il a épousé une Circassienne prisonnière qui vit encore dans le Daghestan; je dis épousé , parce qu'il a payé à sa famille le tribut usité encescas^ et il en a trois fils qui portent son nom. L'un d'eux a été l'aide de camp de Vorontzoff^ et quand son chef lui dictait des lettres en français, il les écrivait en lettres russes et allait ensuite se les faire transcrire par Mme «de ChoiseuL

^Vorontzoff était , il est vrai, d'un courage personnel à toute épreuve , et dans la retraite de DargO; on l'a vu mettre l'épée à la main; mais lorsque le général Freytag l'a sauvé, il s'en est vengé en le perdant. Mauvais général, il était faux comme un jeton, et lorsqu'il donnait la main

Une (Justice tardive. 13

à quelqu'un; on pouvait être sûr qu'il le griffait. Ainsi il est venu dans la prison d*un prince arménien lui annoncer que son affaire était décidée, et le lendemain, ce pauvre jeune homme a été fusillé.

^C^est sans doute quelque Polonais qui vous a dit que le Prince Paskiéwitch se faisait graisser la patte : c'est sa femme qui prenait des deux mains. Le Prince donna un jour cent ducats de gratification à un courrier, et la princesse les lui ôta et ne lui en donna qu'un seul.

9 Ce ne sont pas vos écrits qui sont défendus autant que votre nom, et si vous le vouliez, ce serait bien vite changé. En attendant, il n'est pas permis aux professeurs d'économie politique de mentionner votre ouvrage sur cette science.

9V0US ne savez sans doute pas que Mlle de Nélidoff a fait don en faveur des blessés de Sébastopol du million de roubles argent que l'Empereur Nicolas lui a légué à sa mort. C'est bon à dire et bon à imiter.

„Je saisis l'occasion, etc., etc." * * *

14 Une Justice tardive.

D'autre part, les Polonais nous foDt savoir que le Prince Paskiéwitch a reçu de r£mpereur Nicolas environ la valeur de sept millions et qu41 a laissé à sa mort près de 90 millions de francs. La plus grande partie de cette fortune proviendrait de la construction de la forteresse Ivanoff à Lublin. Le maréchal aurait acheté au Comte Mikhalowsky une terre à moitié de son prix et l'aurait revendue au gouvernement^ au prix du terrain des boulevards de Paris^ et aurait retiré des briques un bénéfice tout aussi énorme.

Alexandre II.

Nous aimoDs TËmpereur Âlexaudre pour tout le bien qu'il a fait déjà et pour tout le biea qu'il voudrait taire. „Si le tzar savait^ est un mot qui est dans toutes les bouches* Malheureusement on lui cache beaucoup, et un esprit seul, fïlt-il le génie lui -même y ne saurait suffire à iin empire aussi vaste. Il est du devoir de tout honnête homme de Taider et de le soutenir dans ses entreprises, en mettant ses lumières à sa disposition. Il a été à Técole rude de son père; d'autres ont été à l'école du malheur et des meilleurs professeurs de politique; mais quand on dente de son esprit ^ on ne sait pas le mot de La Bochefoucault disant qu'un sot n'a pas assez d'étoffe pour avoir un bon cœur^ et cet autre n\ot disant que les grandes idées viennent

16 Alexandre IL

d'un bon cœur. Il faut se rappeler que ce sont les partisans de Fesclavage qui lui font de Topposition aujourd'hui et répandent des bruits diffiimatoires sur son compte. Nous ne doutons pas un seul instant qu'il n'ait plus d'énergie que son oncle Alexandre. Il a chassé IQeinmichel quand il a administré l'empire dans Fabsence de son père; mais nous dirons franchement que nous nous étions attendu à plus de bonté de sa part.

Lord Clarendon a dit, au parlement anglais, qu'il avait été désappointé dans ses espérances sur l'Em* pereur Alexandre, par rapport à l'amnistie octroyée aux Polcmais, et les espérances conçues à Varsovie lors du premier vojage du tzar se sont éclipsées à sa seconde visite.

On nous dit qu'il faut attendre la mort de l'Impératrice-Mère, pour voir disparaître du ministère les anciens serviteurs de l'Empereur Nicolas. On ne

donne plus le nom de Pierre dans la famille impériale, parce que les deux derniers tzars de ce nom ont mal fini, et les fils de Nicolas ont aujourd'hui les

Alexandre IL 17

chaînes qu'Urvai^t les fils de Paul ^ c'est-à-dite que Nicolas Nicolaïewitch est à la tête des écoles militaires et Michel commande l'artillerie*

Il n'y a qu'une voix pour dire que l'Empereur Alexandre est le meilleur des empereurs russes^ et s*il y a encore des méfiants, c'est parce qu'en effet nous n'avons pas été gâtés sur ce sujet.

Sa Majesté doit comprendre qu'en se mettant à dos la noblesse par l'émancipation des serfs, elle doit s'appuyer sur la partie éclairée de la nation qui detuande rabolitiod de la police secrète, des grades^ de la censure et l'introduction de la publicité dans la juridiction. On assure que l'Empereur n'aurait même pas de préventions contre une constitution et aurait dit au Prince Orloff: „ Je ne demande pas mieux. ^ 11 est cependant une réforme àlaquelle il paraît qu'il faut rononcer^ c'est à l'introduction du nouveau calendrier^ qui rei^pontre une grande opposition non seulement parmi les employés; qu'on pourrait dédommager de 12 jours d'appointement, mais surtout de la part du clergé^ qui tient à main-

18 Alexandre II.

tenir les fêtes de TégllBe dans leur orbite, et en effet, même le jour des Pâques ne coinoide que rarement avec oelui du calendrier Grégorien, qui n'est pas non plus exempt d'erreur.

Avec un roi méchant c'est le peuple qui souffre ; avec- ttn roi bon c'est le souverain; et il 7 a des gens qui assurent qu'Alexandre est venu trop tôt et qiie^ les Rosses ont encore besoin du bâton. Il va sans dire que ce n'est pas là. notre opinion. On lui reproebe d'aimer les demi-mesures , mais c'est le propre du despotisme, de ne douter de rien et de tout Cassen

Les Favoris.

5^ LTEflapareur TOUS paiidonne, mkîs «es fevaris ne voua pardonnait }5as^/ écrierait un ami «n place à' un proacnt ru89e. Or, le règne des. fevoris Vest r&bdicatiôa dit' priûee en leurs mains*

Madame Baranoff a ^té faite comtesse pout* l'éducation des enfants de Nicolas, et son fils est devenu comtC; comme le fils de la princesse de Holstein-Gottorp a été fait un Romanoff, et Menchikoff disait quHl eût fallu faire M. BaranofF comton (graftchîk). On nous dit que M. de Baranoff; pas plus que le Comte Adlerberg, ne paie ses dettes; mais nous savons de source certaine que TEmpereur a dit au Prince Serge Golitzine, que sMl he payait pas ses dettes daus un an, il quitterait le sers'ice. Or, c'est Alexandre qui l'a fait général aide de camp.

20 LejB Favoris.

Il est malheureux que le jeu occupe une si grande place dans la vie des Busses. Déjà sons feu l'Empereur; on jouait gros jeu chez le Grànd-Duc Héritier. Il arriva un soir de tricher au Grand- Duc de Leucbtenberg. Son aide- de-camp Stolypine, aUc^ le dénoncer à rKmpereur, disant qu'il vne- pouvait plus servir sous ses ordres; rEmperéur Nicolas le fit sou. aide-de-camp et donna une réprimande à son gendre. Quand on vient noua dire que le Comt(e Adlerberg gagne des sommes fabuleuse» à l'Empereur, on est aussi loin de la vérité que lorsqu'on assure que S. M. a payé plusieurs fois les dettes de jeu de son aide-de-camp général; en prenant sa parole qu'il ne jouerait plus ; car si M. le Comte avait pris un tel engagement; il est certain qu'il y serait resté fidèle.

Il est tout naturel que l'Empereur soit attaché à ceux avec qui il a été élevé. Le Prince Barîatinsky lui rend au Caucase des services incontestables. Quant au Grand-Duc Constantin; il est loin d'Être de ses amis; et il y a une carripature qui

Les Favoris. 21

les représente en traîneau : rflmpereur tombe^ et son frère, saiift le relever, lui dit : « J'arriverai tout seul."

Il y en .a une antre qui représente un verre de vin de Champagne qu'on offre à S. M./ et Patkoul, se mettant à genoil) lut ^ dit : „ Sircf, ne prenee pas cette liqueur, c'est du venin pour la Russie*^'

Le lieutenant de l'Empereur en Pologne est un homme charmant^, quoique sec et distrait. Ge fut lui qui, en qualité de.vcbef de l'état-mejor^ écrîvit oes mots fameux : ^Sire, la Hongrie est^à vos pieds.^

Lors de la visite de l'Empereur à Varsovie il était défendu, de passer une certaine ligne aux alentours du cheàiin de fer. JiC Prince y Toit un enfant et lui dit: „ Qu'est-ce que tù es venu foire ici, petit vaurien, va-t'en ! ^^ Le soir, l'Empereur lui demanda avec la grâce qui lui est particulière : „ Pourquoi donc avez'Vous été tantôt si sévère envers mon second filsV Le général fut au combje de la' confusion.

En revanche, il.ti'y a qu'une voix en Pologne^ pour se plaindre de M« Moukbatioff, Le mimstre

22 Lejs Favoris.

des «ffaireB étraBgëree est étranger au général en chef et Ton dk même quils ne sont pas bien l'un avee Toiitre.

Nasimoff a remplacé Biblkoff au poste de gouvemetir général à Viliio. C'^st un padishah pour un autre, et la Litbuanîe sera longtemps un pays malheureux/ malgré qu'il aît été placé à lui tête de Témaûeipation dés serfs.

Le générai Rostottzoff n'a qu'une influencé modérée, et rimpèràtfîce elle-même, qu'on disait être toute-puissante, n'eist pas toujours écoutéeé

Après Temperéur c'est le général ■ TîmachefF qui gouverne. Il est certain, que lé Prince Dolgorouky, chef de la poHce secrète, ne fait rien et que M. Timacheff, qui à remplacé le général Doubelt, fait tout. H doit sa carrière à sa belle^mère, qui était une anrie de W^^ Nilidoff, et lui mêmeaété aidede camp du grand duchéritier, aujourd'hui empereur. En 1855, nous lé trouvons à Tcfaougouieff, en qualité de ohef de Fétat^mig'or des drag(HiB.

Le Prince Souvoroff, général -gouverneur des Prov|Does de la 3<^ltique -est un homme 9m<|ue eq

Les Favoris. 23

Rossie et «ir lequel tout le monde. s'accorde, à dire du bien. U n'a qu'un seul dë£e^iit^ celui d'être de mauvaise humeuT; quand il n'a pas d'argent Au couronnement; il était furieux de ce que le Prince Bariatinsky l'ait devancé «n grade^ et il ne paraît pas qu'il4oive remplacer bientôt le Comte Zakrevskj à Moscou. Une dame de ses amies demandant à ce dermer s'il n'allait pas quitter le. service bientôt^ il répondit: ^^Dans les circonstances actuelles^ je afuîs trop nécessaire à ^Empereur/'

S. M: a aboli lè poste de gouvemeurrgénéral à Eharkof, ce qui serait en contradiction avec le plan qù'oh lui prête de partager la Russie entière en gouvernements généraux, dans le but dé faciliter la marche de l'émancipation. M. Eakochkine est entz'é au l^nat en disant: ^L'Empereur veut que j'organise le sénat; comme j'ai organisé l'Ukriaîne." Ordinairtetaient ce sont les hommes qui enlèvent ks dames ; mais le fils de M. Eakochkine; étant éhidiant à Kh^rkfaof; a été enlevé par ime demoiselle qui a un noitt polonais et qui lé savait riche*

' ' mm 9 j

Joukovsky.

I4C poète russe Joukovsky^ rinstructcur de Tem^ per^iu: Alexandre 11^ était le. fils illégitime . de M« Protassîeff avec une fille serve. On trpuva le moyen do le faire lég^itinaer par un petit getitill&tre (chliahhta) poloiiaîs, Joukovsky. Filsf d'un^ serve,' il détestait le servage et disait que s'il achetait un bien, ce serait dans les provinces de la Baltique, où il ny a pas d^esclavage» Ce fut. dpuc lui -qui inspira à son élève le désir d'émanciper les serfe, désir qui doit immortaliser Tun et l'autre. Libéral au fond, il dut prendre le masque de la courysoua le règne de Nicolas. Eiriewsky était son parent (par Elagmne) et forma à Moscou XEwropêen^ qui fut supprimé après le second numéro.

JonkovBky. 2a

Pluaîeurs poésies do Joukôvôky avaient paru dans cette revue, et ontr'autrea nn conte^qui disait qu'un héros avait endormi les habitans d'un palais par une branche enchantée; si bien, que le roi en mou* rut et que son cadavre gisait gur Vescalîer. Fallait-il entrer ou ne pas entrer? Le héros se décida à passer par-dessus le mort. Cette conclu- ^on déplut âaùB doute h» rem{>eroiir, car lorsque JoukovAy ■voulut intervenir pour Kiriéwaky et dit à S; M. qu'il répandait de lui, Nicolas lui ré-* pliqua i — Et qui est-ce qui me répond de toi?

A soixante* ans, Joukovskj épousa une jeune fille de dix-huit ans qui s'était éprise de ses cheveux blancs couverts d'un laurier. C'était une Allemande, et les Allemandes aiment d'imagination plus que de cœur, la fille d'un ancien militaire qui avait perdu le bras droit à la bataille de Leipzig; il se mit à dessiner de la main gauche et devint iin artiste renommé de l'école de Dusseldorf. C'était le Livonien B^^ Rœderen. Le poète eut deux fils et mourut h Baden-Baden. L'empereur Nicolas signifia 'à sa

26 JoukoTsky.

veuve qu'elle ne pourrait jouir à Tétranger de la pension de son mari. Elle aJla alors à Moscou et y embrassa la religion greequo-msse. Ses fils fu* rent places dans une institution publique , et il s'j^t aujourd'hui d'élever un monument à JoukorAy. Puisse4-il être mieux fait que celui de l'Ustoiâen Karara^ine à Simbirsk. ]jô peuple croit que ce dernier est élevé à Mme Karam^ine^ parce qu'il teprësente Glio. Sur im des bas-reKefs on voit rhi^rtorien, lisant un rouleau à Alexandre 1er; tous les deoK sont nus^ aussi les paysans disent-ils quHls prennent un bain.

Les martyrs.

Enfant, FompeFeUr avait dit qu'il g¥>àoierait lès poiîjitféfl de 1885 ; toiperear , il les ra*ppelle de te Sibérie, îi l^ur rend les droits de Bobiesge, iaai# non pas fetir» grades, comme ei ^é iekmna ntôses étaient une ehmt «i pl^iétise qu'un Etat s'appauvrît en lés restituant. L^ex-^ capitaine Krukoff a dû; à 60 ans^ gagner le grade de «cribe (régistrateur de collège), à la chancellerie du gouverneur-général de Moscou. A ces vétérans de la liberté, brisés par trente ans d'exil, o» zre permit pas l'eaUi^e des capitales, et l'un d'eux, s^étaat logé au parc de Moscou, on publia l'ordre que la défense s'étendait aux gouvernements des deux oapitaleSi M. N, de Tourgs^ieff a seul vu ses ^rmien^ et ae« cfoîx re^titaév» Or^ c'est celui de

28 Les Martyrs.

tous qui a souffert le moins. Lo Prince Dadiane^ gendre du Baron Rosen^ a été réinstallé dans ses grades, quoiqu'il eût été condamné pour un délit qui n'avait rien de commun avec la poli tique, mais qui était de la nature de ceux que le nouvel empereur se proposait de poursuivre lé plus sévèremjent Petrochewski^ dont l'opinion publique avait fait justice par la ridicule, Spechneffi son complice, furent laissés eA Sibérie i et on y envoya Bakou* nine, qui n'avait rien fait en Russie, La grâce est la pi ils J^olle préirogative impériale; la limiter, c'est limiter le pouvoir royal. M. BakouninC; après une détention prolongée dans les casemates, ne rece« vaat d'autre livre que la bible, tomba dans le mys* ticisme. On l'engagea alors à écrire ses confessions, pour savoir comment il était arrivé à des opinions si avancées. Cette confession se termina par ces mots : ^Sire, punissez-moi à la russe pour mes péchés allemands.^ On le prit au mot et il pâtit encore. Les Polonais, qui ont pris upe part active à là révolution^ ne sont pas rentrés dans leur pays, et

Les MaTtyrd, 29

o;i ne rend pas encore aux autres leurs biens. Mme de Kisseleff douniiit dernièrement un diner à Pari», à des Russes des premières familleS; qui eurent le courage de dire que ce serait une indignité de' la part dû gouvernement russe que de rendre aux émigrés polonais leurs pTopriétés. Mme de Kisseleff, qui a un frère dans Fëmigration et mi autre dans la prise»; feét restée si étonnée tVuno telle opinion, exprimée par des gens civilisés, qu'elle n'a pas trouvé de réponse.

Chevtchenko, le poète derUkraîne, était le favori de tous les Malorousses, qui considéraient comme un bonheur de l'héberger et ne l'auraient jamais vendu à la police. Il dit en tr 'autres:

^Du Moldave au Finnois, dans toutes les langues nous nous taisons, parce que nous prospérons.*

Il faisait dans les cabarets la propagande aux paysans d'une manière originale. Il tirait de sa poche du froment et mettait autour d*un gros grain d'autres gros graiop qui représentaient lempereur et ses conseillers. Puis venaient les nobles et les

SO tes Martyr».

riches. — Et nous autres^ où sommes «nous? lut demandaient ses auditeurs. Il tirait alors deux poignées de grains^ et les jetait sur son plan en le mêlant. — Voilà le peuple! s'écriait -îl. A sa voix, l'Ukraine était prête à' se soulever; mais comme il se rendait à EieW; il fut arrêté par les gendarmes^ et il n'etit que le temps de jeter dan» le Dnieper un petit coffre contenant ses papiers. On le fittambour dans la garnison d'Orénbourg; mais PËmperçur Alexandre l'a gracié, en lui défendant l'entrée des capitales.

La Pressé.

>; La Russie se reèueille^'y a dit le Prince Croi-tiihakoff; et; à juger d'après rirrésolution qu'on apporte dans les réformes, eil« sera longtemps indécise. Ainsi ottne se décide pas à introduire la publicité de la procédure; à abolir les rangS; la censure; la police secrète. On nous dit que tant que Fesclayage existe; la presse ne peut être libre ; car 'on ne saurait permettre à un serf de faire un pamphlet contre son maître. Il paraîtrait que tout le monde est serf en Russie. Or, parler est pirC; à notre avîs; que d'écrire. Demandez à une recrue pourquoi son maître le fait soldat, et elle vous dira : ;; J'ai eu une intrigue avec la femme de mon seigneur." Les ennemis de l'Empereur répandent sur son compte des histoires plus ridicules les unes que les autres

32 La Presse.

et que la pressa rectifie. Qui ne sait que toutes les filles de St-Pété.rsbourg disent avoir été séduites par le tzar et celles de Varsovie par le lîeutenant^gouvemeur? La censure russe est ridicule. Non seulement le Marquis de Bragelonne est défendu, parce que tel a été le bon plaisir de l'Empereur Kicolas^ mais^ il y a des ouvrages russes qu'on interdit de réimprimer; tels que les poésies de Nékrassoff, les Bécàs âun Chasseur^ le 3e volume de VJSùtoirê de V Eglise par PbUarète de Riga. Le Dictionnaire allemand de Conversation n'entre qu'avec des coupures ^ quoique ce soit un ouvrage de prix. Un ami nous racontait un stratagème auquel il a eu recours pour introduire 1<JL Vie de Jésus-Christ par Strauss ; il Ta mise entre la Bible et TEvangilC; et le censeur à la douane de Pologne lui dit : ^^Ah, monsieur^ si tout le monde n'apportait que des livres pieux!! '^

11 n'y a cependant qu'un seul remède à tous les maux de la Russie; la publicité; et par une bonne presse nous comprenons Celle qui fait la gnerr^ aux abus^

La Presse. 3â

quî dénonce les prévarications, qui pouraiût la servilité; qui élève l'âme, qui fait des hommes libre», d^BscIavds et de laquais, qui éclaire le gouvernement et ne reçoit pas le mot d'ordre de lui.

Leç revues comme le MecueH Militaire ôt le Recueil Maritime ont fait un bien incontestable. Le premier est passé sous la direction du ministère de la guerre et le second a été censuré, au début, par le &rand-Duc^ Constantin. L^Indicateur Economique verse la lumière dur ses calomniateurs eux-mêmes. — Mais voyez, dit-on, la Cloché de Londres-; est-ce que ses erreurs ne prouvent pas que les Russes ne sont pas faits pour jouir de la liberté de la presse ? Le rédacteur a fait des études à Moscou, mais il a étudié les mathématiques et non pas les sciences politiques ; il faut donc avoir de Tindul» gence pour ses égaremens, dont M. Ogareff et d'autres ont beaucoup contribué à l'en faire revenir; et, s'il est vrai que la Cloche ait une influence funeste sur la jeunesse, cela prouve seulement qu'il faut permettre de la réfuter et souffrir des journaux qui la mettent àla raison.

34 La Presse.

Nous apprenons que l'empereur a fondé une récompense nationale pour les auteurs qui &ont entrés dans ses vues. Quant à ceux qui Fy ont précède, ils auront assez 'de la gloire de Tavoir fait avant les autres.

Le» chansons de Crimée par Mr de Tolstoyont acquis une réputation générale^ mais n'ont pas manqué de causer des embarras à Tauteur. D^abord ce fut le Comte Orloff qui engagea le Prince Gtertschakoff à les interdire, ce à quoi le général en chef répondit : „ Venez vous même à Sebastopol et défendez les'^ De retour à St Petersbourg, Fauteur fut appelé chez le Comte Orloff et invité à ne plus écrire des choses de cette sorte.

Il s'agit de remplacer la censure préventive par des lois répressives, mais les éditeurs des journaux demandent un corps de lois claires et précises sur ce sujet. Cependant on n'a pas permis au Voile d' Aksakoff de dépasser le second numéro tout comme la diplomatie policière de Berlin a essayé de tuer la Flèche en en expulsant le rédacteur.

Littérature.

„ L'exaspération de -votre patriotisme % noua disent des hommes au courant dçs évënemens, TOUS fait exiger que le gouvernement russe marche cent ans en avant. Votre métier de publîciste, ajoutent-ils, en vous mettant en contact avec toutes les turpitudes qui se passent en Kussie, vous fait désespérer du progrès; mais cependant la Russie avance à pas de géant; et il y a des Russes qui, par leurs lumières^ sont l'ornement de notre siècle et de rhumanité entière.

Ayant pour notre part contribué ii ce progrès,

il n'est pas dans notre intérêt de lé nier. Seulement

il n'en est pas moins vrai que le ministre des finances,

ayant dans un rapport fait usage du mot progrès Y em-

â6 Littératare.

pereur écrivit en marge: ^Quel progrès! Je prie désormaiB de ne pas employer ce mot dans les documents officiels. '^

M. Alexandre DumaS; dans ses Impressions de voyage en Russie, où il estropie les événemens et les noms, j compris le nôtre ; a dit un mot heureux en parlant de la mort prématurée de Pouchkine : ^;Les branches de l'arbre russe sont trop falMes pour porter de tels fruits." J.-J. Rousseau, Béranger y sont impossibles ^ et les Pouchkine et les Lermontoff descendent dans la tombe avant le temps. Le souffle pernicieux du despotisme, vers la fin du règne de Nicolas^ avait rendu toute littérature impossible. Elle refleurit aujourcrbui; sous son fils, dont le règne ressemblera^ sous ce points à celui de Louis XIV plus qu'à celui de Louis XVI. Il n y a ni Pouchkine ni Lermontoff, et Ton va jusqu'à dire que la littérature russe à l'étranger est plus intéressante que la littérature russe en Russie ; mais il y a tout un essaim d'écrivains distingués. Gontcharoff rivalise en popularité avec

Littératare. 37>

Jean Tourgueneff (1). Dostoïevsky est rentré à St-Pétersbourg, après avoir été banni en Sibérie pour le club de Pétrochevsky.

Le nombre de» lecteurs s'accroît considérablement^ en même tems que leur goût se purifie de plus en plus. Les revues n'absorbent plus la littérature^ et les joui*naux naissent et meurent à vue d'œil; assumant tous les noms de la mythologie et de Fastronomie, Les libraires deviennent de plus en plus éclairés enfin la lumière commence à descendre des hautes sphères dans les basses régions.

Nous avons perdu la comtesse Rostoptscbine, qui a cessé d'adorer le soleil de la liberté, au moment oti il commençait à luirc^ mais nous conservons Nekrassoffy qui se distingue par ses vers Qomme par sa prose. On cite Maïkoff et Ferté, maisla lyre d'Ogareflf a beaucoup perdu en se fixant au milieu des brouillards de la Tamise.

(1) Un roman du premier vient d'être payé 10,000 roubles, et le Nid de la noblesse du second promet de se placer au rang de ses Récits du chasseur.

38 Littérature;

Les hommes qui croient à la décrépitude de l'Oc* cident; pensent même que la Russie se verra bientôt à la tête de la civilisation européenne. Nous qui connaissons toute la verve de recrivain Anglais^ toute la profondeur de TÂllemand, tout l'éclat de Tesprit français^ nous ne sommes pas aussi sanguin dans nos espérances; quoique nous soyons payé pour croire que la Russie soit le seul pays habitable.

La science ne reste pas en arrière de la littérature ; M. Solovieff fait oublier Karamsine^ dans le domaine de l'histoire dé Russie ^ et M. Tchitchérine promet d'autant plus qu'il fait preuve de l'esprit pratique qui manque si complètement à Iscander. La Société géographique provoque et produit Une quantité de travaux estimables.

'La nouvelle continue à dominer leroman^ et la littérature dramatique est d'une pauvreté extrême. On cite cependant avec éloge les pièces d'Ostrowsky et de Tchernycheff. Le caractère national a de la peine à prendre une forme et une place dans

Littérature.

la civilisation européenne. Le mauvais état de notre société dispose les esprits chagrins à chercher leur salut dans la constitution des sociétés primitives des sauvages. Mais c'est là tomber de mal en pis et déserter lâchement son 'poste.

L'Emancipatio{^,

L'Empereur Nicolas, à son lit de mort; disait à Bon petit-fils : ^Nicolas, apprend comment lès rois doivent mourir.*' Il quittait la vie avec la conviction qu'il avait assure le bonheur de la -Russie. Il léguait à son fils un empire en feu avec la question du ser^ vage irrésolue; mais il recommandait à Alexandre de donner la 'liberté aux serfs. C'est donc pour obéir à son père^ que le nouveau tzar se mit à l'œuvre.

Il y avait deux voies à suivre : décréter en autocrate ou convoquer les Etats. Alexandre convoqua des comités; mais au lieu de leur donner carte blanchc; il posa pour règle l'émancipation dans 12 ans; l'émancipation avec des terres. Mais par terre il entend les enclos^ et même après douze ans les serfs

L'Emancipation. 41

seront encore cloués au sol du seigneur qu'ils seront obUgés de labourer, en retour de la terre ^ orale qu'on leur laisse pour leur propre entretien. C'est son opinion; il ne l'impose pas^ il la soumet; et les nobles d'en profiter pour battre monnaie et pour demander jusqu'à 400 francs par arpent de terre qui se vend 80 et 40 francs

Si Pon n'avait voulu que jeter de la poussière aux yeux, on ne s'y serait pas pris autrement.

La révolution dès serfs est en permanence, et la patrie est en danger depuis 8téneha Bassine et Potigatchef. Terme moyen, les paysans assassi'* nent 73 propriétaires par an, et il y a en ce moment 360 procès de serfs contre leurs maîtres, pendants au département criminel du Sénat.

Pour ne citer que des faits inconnus, dans le gouvernement de Toula les serfs ont écrasé les parties sexuelles à leur maître avant de le tuer. Dans le gouvernement de Tambow, ils ont tué M. WoieikofF à coups de barre de fer, parce qu'il fouettait trop. On a prescrit de ne donner que

42 L'Emancipation.

35 coups de fouet au maximum^ mais on n'a pas défendu, de répéter la punition souvent^ Dans le gouvernement de Wladimir; un propriétaire a tué son cocher sous les verges, parce qu'il avait étranglé son chien.

Les comités établis jusqu'à présent n'ont rien iaii de bien bon, et il y a peu de Koshcleffs qui, à la tête de plusieurs milliers de serfs, soient aussi à la tête de Fémancipation. Il n'est guère naturel de demander de l'abnégation de la part des intéressés, et la nuit du 10 août en France ne s'explique que par la crainte des nobles, sur la tête desquels était suspendue l'épée de Damoclès. Le gouvernement de Nicolas n'ayant rien fait pour propager les lumières, il ne faut, pas s'étonner que le nombre de ceux qui renoncent à des avantages actuels pour le bien de l'avenir «oit très restreint (1).

(1) Voyez de plus amples renseignements : Die Leibeigenschaft in Russland. Leipzig, Hiibner.

L'armée.

Si le Français est plus brave, le Russe est plus hardi; ou bien si le Français est plus hardi, le Russe est plus brave. On admirait à Sébastopol les Zouaves qui se retiraient en dansant; quand ils n'étaient pas en nombre ; mais on doit rendre cette justice aux soldats russes que la garde française a attaqué sept fois à la baïonnette le Cimetière et a été chaque fois repoussée. Les Anglais euxmêmes ont constaté que les Russes sont plus habiles à la «baïonnette^ et comme ils ne sont ni plus adroits ni plus forts, ils doivent être plus intrépides. Le mot de Souvoroff : ,, La balle est une folle , la baïonnette est un brave* a été pris à la lettre, et les soldats tiraient dans les nuages, pensant que leç

44 L'armée.

balles retomberaient sur rennemi. Le nouveau règne a amélioré les carabines et a perfectionné le tir.

Le soldat russe n'aime pas son pays, mais il déteste encore plus Tennemî et ne lui fait pas quartier. Il a fallu promettre de l'argent pour chaque prisonnier, afin d'empêcher les soldats de tuer les blessés ennemis. Le soldat russe est ingrat envers son officier, mais il est pïus obéissant qu'un autre, et si Tarmée française avait eu à défendre Sébastopol, elle aurait péri de privations. On a passé un hiver sans fourrures, et ce qu*on donnait à manger était si mauvais, que les soldats renversaient les marmites et allaient au feu le ventre vide.

L'attaque de Sébastopol a été une faute stratégique, comme sa défense en était une autre. La flotte russe ne valait pas les sacrifices qu'elle a coûtés ; mais on 7 a mis de Tamour propre de part et d'autre. De même les deux assauts étaient des fautes aussi; car la première fois l'on était trop loin, et la seconde fois trop près pour livrer

L'armée. 45

Tassaut Tout en rendant justice à Todtleben (1) qui fut malade et absent au second assaut^ il ne faut pas oublier le colonel du génie Bouchtmeyer^ aujourd'hui général; qui a construit le pont de Sébastopol comme par enchantement et qui ne Ta compté que 100,000 roubles, tandis qu'on le lui au^*ait volontiers payé un million. Ce pont donna la faculté à Tarmée entière de passer sur la rive septentrionale ; la nuit, le Prince GortchakoiF traversait la rade en bateau avec le général Kotzebue. Ce dernier, en lui montrant une belle étoile, lui demanda s'il savait Tastronomîe? ^Tout ce que je sais en astronomie, répondit le général en chef; c'est que mon étoile n'est pas heureuse.^ La conversation se faisait en français; mais les Français ne nous savaient pas gré de parler leur langue, ils croyaient que c'était naturel et obligatoire.

(1) Todtleben est le fils d'un curé livonien. Un épicier de Riga ne voulut pas lui donner sa fille tant qu'il était simple officier; il l'enleva. Aujourd'hui l'honnête bourgeois écrit sur ses cartes de visite : „Beau-père de Todtleben,"

46 L^armée.

Qui racontera jamais tous les traits de magâa* nimité et de bravoure qui se sont accomplis dans cette guerre mémorable ! Un officier français est renversé d'un coup de crosse de fiisil : un soldat allait le percer de sa baïonnette, un officier russe le sauve. Le Prince OuroussofF, du régiment de Kalouga, rencontre dans la mêlée un soldat français qui lui présente le bout de son fusil. Le Prince le regarde et lui dît en français : „Dieu merci, il n'est pas chargé.* Le soldat décharge son arme en l'air en s'écrîant: „J'aîme les braves!* La croix étant le symbole de la vertu chrétienne, nous la demandons pour cet ennemi, s'il vit encore. Le Prince Golitzine, officier d'ordonnance du comte Osten-Sacken, transférait des officiers prisonniers et marchait avec eux bras dessus bras dessous. Sur la place, il y avait un tas de cadavres horriblement mutilés, et les soldats disaient: „Voilà comment nous traite l'ennemi, et voici comment nous le traitons.* Le prince leur répliqua : ^Malheureux, songez à nos camarades prisonniers*, et ils répondirent : ^Faites comme

L*armée. 47

si nous n'avions rien dit.^ Aux suspensions d'hostilités le\ soldats russes disaient : „ Sont-ils gentils ces Français? on n'a jamais assez causé avec eux!*

Le Prince Menchikôff donnait une préférence marquée aux marins* Les marins étaient braveS; mais ils étaient parfois cruels. Ce fat un officier de la marine qui, voyant son navire se perdre, alla mettre le feu à la batterie Pavlovsk et y fit sauter 40 blessés français y en déclarant à l'enquête qu'ils étaient tous morts auparavant.

iàébastopol est tombé en septembre; et jusqu'au mois de décembre on n'a cessé de se battre, sans que Tennemi ait pu gagner un pouce de terrain; aussi Pélisftier rapporta-t-il qu'il ne pouvait plu(» rieii faire en Crimée avec la ligne d'opération qu'il avait.

Aujourd'hui, on a donné des carabines aux soldats, et plus on cesse de les voler et de les

battre, plus on voit qu'ils ont du point d'honneur aussi.

Les Allemands-Russes.

Messieurs les Allemands des provinces de la

Baltique forment entr'eux une espèce de caste privilégiée et de loge maçonnique. Ils se soutiennent et se protègent réciproquement. Le naturaliste Nîillendorf se permet de diviser les animaux en hommes , en Russes et en singes. Le joug tatare nous a appris à nous unir contre l'ennemi commun; le joug allemand nous donnera Tesprit d'ordre et d'administration Le Grand -Duc Constantin a pris en horreur les Allemands^ parce qu'il a eu Liittke et Grimm pour instituteurs. Ce dernier, qui n'est pas Prussien, mais LivonieU; étant aujourd'hui le gouverneur du Grand -Duc Héritier; lui inspirera sans doute aussi l'amour des

Les Allemands-Russes. 49

Russes. Il 7 a une providence ou une fatalité dans ce monde qui fait le bien malgré les bpmmes. Les deux Russes qui soiit à la tête des affaires étrangères s'obstinent à garder los Allemands dans la diplomatie, ce qui fait que la première question adressée à ces derniers par les yoyageurs est celle-ci : „ Parlez-vous russe?" Il n'y a, pas un seul Russe à Tambassade deBerlin, et M. de Budberg y représente rEmpereur, comme une chandelle représente le soleil. Il a fait sa carrière en refusant un passeport à un homme suspect, et il a cru faire mieux encore en empêchant un amnistié de rentrer dans son pays. Le zèle malentendu sera toujours le défaut des diplomates. M. Schrœder à Dresde intercéda en faveur de Bakounine, condamné à mort; et TEmpereur Nicolas dit : , Pour la première fois qu'il fait une démarche politique, ' il fait une bêtise. " M. de Brunow a de la capacité et de rinfluence dans un pays oh Ton tient peu compte des antécéde^ts; mais dans les occasions sérieuses on le place sous les ordres du

5Ô I^es Ailemands-ftusBeâ.

Prînc6 Orloff, qui est HusBe. Voici "ce que le Prince raconte sur la façon dont il s'y est pris pour réussir à Paris. En se présentant à Napoléon^il lui dît': »Sire; TEmper^ur et le ministre des aflfaîres étrangères m'ont dicté; à mon départ, ce que je devais vous dire et vous taire, mais j'ai tout oublié en route, et il ne me servirait à rien, je pense, de faire le fin avec vous. J'ai tapt entendu parler de votre habileté, que j'aime mieux me confier à Votre Majesté en toutes <ihosés. ^ Napoléon lui répondit qu'il était heureux que l'Empereur de Russie ait fait choix de lui pour négociateur, que sa réputation était si grande, qu'avec de la franchise, on arriverait facilement à une conclusion satisfaisante pour tous.

Les Allemands des provinces de la Baltique se disent sujets russes de préférence (vorziigliche russiche Unterthanen). Comme nous ne voulons " de privilège pour personne, il suffit de ceux dont jouissent ces messieurs chez eux. Les peuples vaincus .dominent les vainqueurs par.

Les Allemands-Russes. 51

leur intelligence ; mais comme Tintelligence russe ne cède en rien à rintelligence allemande, il est temps .que les > Russes forment une ligue contre les Allemands pour sauvegarder leur propre patrimoine.

Polioe.

Sî la police des capitales s'est améliorée, grâce au Comte Schouvaloff et au Prince Krapoikine, la police secrète est à peu près restée la même, et il nous arrive de toute part le vœu de voir disparaître Madame la troisième section de là chancellerie de TEmpereur qui, dit-on, est plus forte que Tempereur lui-même. Par une contradiction facile à comprendre, aux cliangemens de règne et de tendance politique encore peu nxarquée, cette digne înatitution ne surveille pas les adversaires de Témancipation, mais, par tradition, tracasse les libéraux. L'Empereur avait dit de ne pas prendre des mesures sévères contre la presse russe à Tétranger, et pourtant on cherche à Tintimider et l'on a su en interdire les produits à Rome et à Naples? Nous

Police. 53

ne coDuaissons qu'une mauvaise histoire sainte imprimi^e à Carlsruhe qui, de tous les livres russes parus en pays étrangers, soit permise. Les hommes suspects disparaissent sans qu'on sache où, et nous n'avons pu découvrir qu'up officier qui était en route dans une voiture de police, lorsque des gendarmes lui ont fait rebrousiser chemin. Il roulidt, dit-on, sur la chaussée de Eaminoi-Ostrov. Etait-ce pour faire un plongeon dans la Neva? Les polices se ressemblçj;it toutes. Placées pour surveiller la moralité pu)>liqiie ' et privée, elles se croient plus morales que les autres et elles sont loin de Têtre. Le général Doubelt venait de perdre de l'argent aux cartes ; l'Empereur Nicolas lui en fit des reproches, et pour l'amadouer, Doubelt sortit de sa poche le fameux complot de Petrochewsky- qu'on reconnaît aujourd'hui ne pas en avoir été un.

La foi qu'il existait une trappe à la police secrète, dans laquelle ceux qui s'enfonçaient recevaient la verge, était si accréditée, que M. P , en se présentait deyant Iq général Doubelt, n'osa s'approcher de

54 Police.

lui et se mit à faire des sauts. A Varsovie^ il n'avait pas ôtë son chapeau devant le Prince Paskiewitch qui 7 régnait en souverain. Le prince lui en demanda la raison, et il répondit quil n'avait pas eu Fhonneur de lui avoir été présenté. Pour la même faute, le maréchal fit arrêter un lofd anglais, mais informé de sa qualité, il alla, en grande tenue, lui présenter ses excuses.

Nous auriéns beau dire que la police secrète ne ^ fait pas de mal, depuis le nouveau règne, on nous répond rait qu'elle fait un mal infini. En efiet, elle démoralise le monde par le système de mouchardise. Les maîtres se méfient de leurs laquais, et il y a des frères qui font des rapports contre leurs frères, des pères qui se plaignent des enfants qu'ils n'ont pas su élever. On ne relève guère la morale publique d'une main, quand on la mine et. la détériore d'une autre. H commence cependsmt à arriver tant de lettres, à la poste de Moscou, que les employés n'ont plus le temps de les lire et abîment le cachet seulement, pour maintenir une peur salu-

Police, 55

taire; parmi les eorrespondans. Espérons que <^'est là le commencement de la fin des cabinets noirs.

La plaie de la Eussie la plus cuisante ce sont encore les prëvaricationa ; même à Marseille ^ à la compagnie des bateaux à vapeur; il y a un grabuge épouvantable.. A cela, il n'y a qu'un seul remède, c'est la presse personnelle, et ceux qui ont le courage de se faire des ennemis pour le bien public en les dénonçant à l'opinion .doivent être soutenus par tous les honnêtes gens»

Malheureusement on nous assure que le Journal le plus accrédité à l'étranger a été fondé avec le produit des spoliations de la Crimée. Un remède plus énergique serait la lanterne, et puisqu^on a fait usage de la potence pour des crimes politiques, on pourrait, par exception, s'en servir contre un mal qui est une vraie, gangrène. Nous reviendrons sur ce sujet si triste et si sérieux.

La justice.

S'il y a lin homme impopulaire eu Biissie^ c'est bien le ministre de la justice qui allait mieux au règne précédent qu'au règne actuel. Elevé pour la diplomatie; il s'oppose à Tîntroduction. de la publicité de la juridiction et paralyse ainsi les bonnes intentions de l'empereur. On dirait que les Russes ne s'entendent qu' aux formalités inutiles. Un seid procès au département criminel compose une montagne de paperasses qu'il est impossible de lire en entier.

On compte dans la seule ville de Moscou jusqu'à vingt mille hommes d'affaires, prêts à dévorer quiconque Ton veut; mais des avocats qui ne soient pas dés vers à papier ; il n'y en a qu'aux tribunaux de commerce.

La justice. 57

Pour donner upe idée de la procédure russe, on nous permettra de narrer le fait suivant :

La scène se passe en Ukraine. Un voiturier (tchoumak) en accuse un autre de s'être approprié sa pelisse. Ayant comparus devant le juge^ le dialogue suivant s'établit entr^eux:

— Nous marchions donc?

—T Nous marchions.

— J'eus trop «haud.

— Tu l'eus.

-^ Je te la donnais?

— Oui — da.

— Tu la pris.

— Je la pris.

— Et tu ne me Tas pas rendue.

— Quoi?

— La pelisse.

— Laquelle?

Le plaignant recommence alors son interrogatoire et reçoit mot pour mot les mêmes réponses. A une quatrième reprise ^ le juge appelle l'huis-

58 La justice.

sier et lai ordonne de mettre les deux gaillards à la porte.

Une veuve excessivement âgée habite une terre dans une situation magnifique. Son voisin, puissant et riche^ la convoite et y envoie un intendant qui vole 2,000 roubles à la danie. Celle-ci de Ten accuser et lui de lui intenter un procès en diffamation. Le fils de la veuve, un militaire, revient sur ces entrefaites et se considère heureux de pouvoir étouffer l'affaire, moyennant quelques présents.

Quand un homme, dans la vie journalière, manque de délicatesse, il est perdu de réputation ; mais la justice russe procède, en dépit de toute délicatesse et d'honneur, sans susciter les mêmes colères. Il est vrai que M. Soukovkine commence à partager avec le comte Panine Fanîmadversion publique.

L'empereur Alexandre II à déjà fait paraître le nouveau code russe (awod) en 13 volumes. Les droits de noblesse ont été rendus héréditaires à la 4e classe, au lieu de la 8e, comme c'était aupara-

La J4i8tice. 59

vant. On a modifié les lois pénales^ et les voleurs de moins dé 100 roubles ne sont pas envoyés en Sibérie^ mais les lois sont restées draconiennes.

Quiconque passe de Yor^doœie' à une autre religion chrétienne est envoyé à Tomsk ou à Tobolsk^ et quiconque embrasse le judaïsme, est envoyé aux travaux forcés. Mais quelques féroces que soient les lois, la procédure est encore pire. Il faut espérer que le jury, impérieusement demandé par Topinion publique, finira par être introduit par le futur ministre de la justice, le comté Fanine, étant trop de Tancien régime pour se mettre au pas avec le progrès. Il est certain que les choses né peuvent plus marcher comme elles ont marché jusqu'à présent. Qu'il nous soit permis de citer encore un incident judiciaire. Un accusé allait être condamné, lorsqu'un homme d'afifaires lui dit : — Si vous me donnez la moitié de ce dont il s'agit, je vous ferai gagner le procès. — Soit, que faut-il pour cela? — A toutes les questions qu'on vous fera, à la cour, il faudra répondre: „Eh bien

La justice*

aprèfl; et, Voilà encore!" — On ne put rien prouver à l'accusé qui fut acquitté. L'avocat venant réclamer son argent^ le filou lui dit: — Eh bien après? — Donnez-moi ce que vous m'avez promis. — Voilà encore!

Religion et Civilisation.

La bienveillance de l'Empereur Alexandre II a détruit plus d'hérésie que n^ont fait les violences de ses prédécesseurs. Ainsi les Cosaques de FOural ont été convertis par M. de Stolypine avec un peu dô tact et de douceur, et les mêmescauses produiront partout les mêmes effets. Simashko, au contraire, qui a causé tant de scandale sous Tanclen règne, dans la Russie -Blanche, a encore une fois mis en émoi les Grecs-Unis, par trop de zèle.

Le peuple russe est un peuple bigot, mais non pas religieux, et les vertus chrétiennes ne seront pas pratiquées par lui tstnt que TEcriture sainte ne sera pas comprise, tant que les livres de Téglise resteront en bulgare. Il ne suffit pas de les traduire en russe, il faut les introduire dans le service divin.

62 Religion et Civilisation.

Il est à remarquer que tous les peuples protestants et libres sont propres et que tous les peuples catholiques et absolutistes sont sales; mais si* le protestantisme ne fait plus de progrès, ce n'est pas autant parce que l'église de Rome s'est amendée et améliorée; mais bien plutôt parce que le clergé luthérien s'est aussi emparé de» intérêts mondains et est devenu tout puissant en Angleterre, eotnme en Prusse. Les Russes civilisés continuent à être Voltairiens/ parce que FEglise russe est trop riche en superstitions ^ et le moine dé Petchorsk, qui montre les merveiUes des grottes^ ne peut' s'empêcher de sourire lui-même en parlant de la tête qui . filtre la myrrhe. D'un excès on tombe dans un autre, et on applaudit ceux qui ne font pins baptiser leurs enfants. Il est à regretter que la théologie ne soit enseignée aux universités russes que par des hom-, mes peu au courant de la civilisation. Les jeunes gens qui quittent les écoles font parade de leur incrédulité. Quelques-uns d'entr'eux cherchent cependant à éclaircir leurs doutes et demandent des lu-

Religion et CivilisatioA. 63

mières à leurs aînés. Nous leur recommandons la lecture du Weissmann (1) et de Butler (2). Ils ont lu Channingy qu'ils lisent aussi les professeurs de Columbia (3) et tous ceux qui proposent à l'homme comme but de son perfectionnement Tidéal divin, le Dieu architype; VHomme-Dieu.

Nous dirons aux propagateurs de Tirréligion ce que Robespierre disait à Marat (4) : ^ Qui t'a donné la mission d'annoncer au peuple que la divinité n'existe pas; quel avantage trouves-tu à persuader à l'homme qu^une Torce aveugle préside à ses destinées^ et frappe au hasard le crime et la vertu ?«

Mais pensons au peuple, auquel les trésors des littératures sont fermés. Les provinces de la Baltique se vantent d'être les plus civilisées; etcepen-

(1) Leçons sur le rapport de la science et de la religion.

(2) AncUogy of Religion,

(3) Evidence of Devimty,

(4) Discours du 7 mai 17d4.

64 Eeligion et Civilisation.

daat tout un gouffre sépare les claies su^périeures du pei^pIe«.La ui^bl^sse d'origixie allemaude . représente la raee canquéraute, et les paysans , Esihoniens ou kpurs, représentent la race conquise, ils parlent une langue différente et se comprennent difficilement. Cependant le peuple est &cile à être germanisé; et les écoles atteindront ce but désirable.

L'ennemi. de la race humaine est Fennemi des collèges; mais Tempereur Alexandre n'est ni l'un

ni Vautre. Ce n'est pasHui qui préférerait de voir son

peuple misérable que libre, et sous son règne le développement des richesses fera croître la civilisation. Les cabarets sont la plaie des provinces allemandes, comme des provinces polonaises et russes. Les sociétés de tempérance^ prêcheront dans le- désert^ tant qu'elles ne donneront pas des goûts et des besoins plus moraux, en indiquant les moyens de les satisfaire. L'émancipation des serfs, la création des chemins de fer amèneront sans doute ce résultat satisfaisant.

Ëeligion et Civilisation. 65

La géographie n'a pas encore fait en Bassie tons les progrès désirables ^ malgré la société qui porte ce nom et malgré les 30 on 40 miUe passeports qu'on donne par an aux Busses pour voyager à Tétranger.

Dernièrement, une famille deTchemigow à laquelle le médecin avait ordonné l'emploi des bains de Marienbad, engagea un courrier anglais qui, profitant de leur ignorance, les débarqua à Londres, se fit payer et rentra dans ses foyers. Ayant entendu dire qu'on ne trouvait pas en Europe des choux salés à la russe, cette famille avait emporté avec elle un immense tonneau de cet ingrédient qu'elle eut à charier avec elle, en payant à toutes les douanes. La demoiselle de la famille racontait ensuite cette anecdote eRe-même, à une table d'hôte à Marienbad.

Industrie.

L'industrie; disons-nous^ à pris un nouvel essor sous le règne d'Alexandre II. Le nouveau tarif a été une concession au principe de la liberté du commerce. On s'est appliqué à trouver une compensation pour les pertes dans la Mer Noire. On a songé au Port de la Baltique, qui seul ne gèle presque point; mais on a reculé devant la dépense quil nécessitait. Déjà l'impératrice Catherine y avait enfoui 30 raillions de roubles. Le Cap Nord ne gèle pas du tout, grâce au courant du golfe du Mexique, qui remonte jusqu'à cette extrémité de la Norvège; mais la Suède se montre trop jalouse pour être accommodante. On a cherché une compensation à Villafranca, où l'on a établi un dépôt de charbons ; on a augmenté considérablement l'es-

Industrie. 67

cadre de la mer Caspienne et la mer d'Azof réclame impérieusement la création de quelqueis ports, car Taganrog ne mérite même pas ce nom. L'abo- Ktion des droits du Snnd a imposé une charge de 400,000 roubles à la Finlande ; un acte de navî- ' gation créerait ime flotte marchande à la Russie, car les étranger^ eu:s-mémes la construiraient pour les Russes.

En attendant, la presse est influencée par les fabricant^, au profit du système prohibitif. M. ChîpoflF, le frère du général aide de camp, avait offert à M. Rostovtzoff, candidat de Tuniversité de Moscou, 10,000 roubles, pour un travail en faveur du système proteetîf. Le pauvre jeune honpie refusa d'écrire contre ses principes, et le livre parut sous un nom polonais.

Pendant que dans la Grande-Bretagne on met 500 millions de lettres à la poste, il ne s'en expédie que 60 millions en Russie, c'est-à-dire moins d'une lettre par habitant. Les Russes n'aiment pas écrire, et les Anglais, ou surtout les Anglaises,

Ag Industrie*

écxivent % tout propos; mais cette différence dç chiffres prouve pourtant la différence du mouvepiept. Il 7 ,a bien des timbres de poste qui portent ^Vgl^ ruase^ comme la moimaie^^ qui ne porte pas Té^igie impériale; mais la circulation des journaux sous li^an^e et d,es manuscrits comme paquets, de- ^and^ des facili^tions dont elle ne jouit guère.

Si les terres ont augmenté de prix^ depuis les dernières vingt annéçs, c'est parce que Targent a dUmni^ de valeur, car les revenus, proportion gardée avec la baisse du numéraire, n'ont augmenté que dans les provinces de la Baltique. En LithuaniC; la population a décru pendant ces 50 années, et en Russie elle a diminuue parmi les serfs, pu est restée statioimaire. Les produits agricoles n'augmenteront de prix qu'arvec l'amélioration des voies de communication, et le prix du travail ne haussera qu'avec l'accroissement de l'industrie et l'émabcipation des paysans. C'est un fait reconnu, que les fabriques les plus prospères emploient des ouyriers libres, et celles qui se servent des ser&

Industrie. 69

ne peuvent soutenir la concurrence avec les autres.

Lorsque les propriétaires russes demanderont à la terre l'augmentation de leurs revenus^ au lieu de Textorquer des serfs qui sont usés jusqu'à la corde, la nature les récompensera de leurs efforts intelligents et de leur conduite humaine envers leur semblables.

Crimes.

Le crime du prince Kotchubey a tranfipiré; il avait un Hongrois poui* maître d^hôtel qui lui réclama, de l'argent. H s'en suivit une discussion qui finit peu: un coup de pistolet; que le seigneur russe tira à Fétranger, et l'accusa d'avoir voulu le tuer* Ce ne fut que sur les instances du consul autrichien à Moscou que le malheureux ftit délivré de prison. *) L'affaire Tcbérkassky est restée inconnue et est encore plus hideuse. Ce jeune prince, possédant 6,000 paysans, voulut posséder une jeune actrice qui avait la hardiesse d'aimer un autre que lui. Elle fut enlevée et amenée dans la maison du prince, où elle de-

(1) Le juge avait déjà décidé contre le prince Kotchubey, mais le comte Zakrewsky Pintimîda et lui intima de modifier son arrêt*

Grimes. 71

vint sa victime et celle de. plusieurs de ses amis qui^ ayant commis le viol, la laissèrent pour morte et se mirent à boire. Elle revint à elle et se traîna hors de Tappartement, mais le portier la saisit; la ramena, et elle fut de nouveau la proie de ces messieurs. Avant le lever du soleil, elle fut jetée dans la rue, ramassée par la police et vécut vingt-quatre heure^^ dans lesquelles elle raconta, au milieu de la fièvre ce qui lui était arrivé. Les auteurs de sa mort furent emprisonnés, et une en» quête commença. On trouva le moyen de les sauver; le riche prince devait épouser Mlle Ou.....ff,. la maîtresse du gouverneur général de Moscou.. Il Y consentit; fot fait soldat, sans perdre ses droits de noblesse, et comme soldat, épousa cette sœur de. Mme T...ne, et fut bientôt libre de toute peine.

Le fils d'un ancien libraire de Moscou devint officier aux hussards. Les officiers de cuirassiers, le provoquent dans un hôtel, où ils étaient à boire. Doué d'une force prodigieuse, il ferme les port^ , tue deus; de seç adyers^ire3 çt çn laii^sç troi^.

72 Crimes.

ou quatre blessés sur le carreau^ n'ayant fait usage d'autres armes que des bouteilles et de la vaisselle. Un de ses camarades lui dit que sa maitresse le trompe. Marie arrive ; il lui propose une promenade au bois^ et là il la p^id à un arbre. Son camarade le menace de le dénoncer s'il ne lui donne de l'argent. Il lui donne mille roubles^ puis un autre; le bijoutier N***, ami de son père, lui avance les fonds , mais finit par en réviser; et il se brûle la cervelle.

Un prince Volkhonsky a des propriétés dans le gouvernement de Riasane ; il traite mal ses serfe^ et ces derniers jurent d'en tirer vengeance. Un jour qu'il s'en va en calèche, le cocher arrête, faisant semblant d'avoir quelque chose à réparer; le prince lui donne des coups, mais un homme à cheval arrive à faide du cocher et ils disent au maître : 5,Nous avons assez souffert, c'est à ton tour 2t souflSrir." Cest avec les rênes des chevaux qu'îk le battent et lui arrachent tous les cheveux. B' demande ^âce et ^t ramené chez lui, où 3

Grimes. 73

dpnne cent roubles à chacun des trois de ses exécuteurs, afin d'acheter leur silence. Mais un jour que le bailli veut frapper le cocher, celui-ci hii dit : „Tu TOUX me battre, moî qui ai battu notre seigneur ? " L'affaire une fois connue , on arrête les coupables et les expédie en Sibérie, et le maître profite de Toccasion pour bannir trois fistmillès.

M, T......ff est fait soldat pour vol, et est envoyé à Sébastopol. Il passe aux Français en robe de chambre. On l'envoie à Paris, d'où on est forcé de l'expulser plus tard (1).

Un Français fabriquait de faux a£i3ignats russes, à Varsovie, et en avait déjà écoulé pour une sonmie considérable,' lorsqu'il fut découvert et condanmé au martinet (pleite) et aux travaux forcés. L'ambassade française obtint pour lui la rémission de la pre-

(1) On estime à 300 le nombre des déserteurs russes, pour la plupart Polonais. Il n'y en a pas eu moins qui sont passés des alliés aux Russes : 70 Français, 8 Anglais et une quantité d'Allemands de la légion étrangère, ^ qui disaient qu'ils ne s'étaient pas engagés pour se battre contre les Russes, mais contre les Algériens,

74 Crimes.

mière peine; comme si les Busses étaient seuls propre à la recevoir. Nous n'avons cessé de réclamer Tabolition des peines coiTporelles, et ceux qui disent que les Busses ne peuvent pas s'en passer, sont de mauvais patriotes.

Soukhoi-Kabyline avait à Moscou une Française pour maîtresse et se lia avec une dame russe. La première qui l'avait suivi de Paris, en fut jalouse, et lui l'assoma avec un coup de bougeoir sur la tête. Il persuada ses gens à s'avouer coupables de ce meurtre, leur promettant de les sauver ensuite. Il n'en fit rien et leur laissa porter la culpabilité

de son crime.

Les casernes Eourtinsky, à Moscou, ont été la scène d'un crime inoui. Un ^eune homme venait

d'être propiu officier. Son père P off lui apporte

son uniforme et le grise, puis il l'étoufFe. C'est qu'il était son tuteur et sou héritier.

Nous ne savons pas qu'on puisse servir l'humanité mieux qu'en appelant la justice sur des crimes de cette sorte. L'enfancitide acheta les témoins, et

Crimes. 75

il fat rapporté que le jenne homme était mort d'un coup d'apoplexie. On sait que ce mot en Russie est Féquivftleut de la strangulation et de Tempoison^ nemeut. Le père fut interné à Odessa!

Cependant le prince Nicolas Q-olitzine^ expulsé de Nice et de Paris ^ se voit exilé au Caucase; parce qu'on avait trouve dan» ses papiers des écrits contre la Russie!

La noblesse.

Où est la noblesse russe? Est-ce dans les dames âgées qui séduisent des porte-enseignes^ ou bien dans celles d un âge moins mûr qui vont fair& les Pompadours à Paris, qui cherchent une triste réputation et ne recueillent que le mépris? Est-ce dans les marchands de chair humaine^ ou bien dans ceux qui résistent aux aspirations émancipatrices du -souverain ? Ou bien faut-il ne la chercher que dans les provinces allemandes ? Là il n'est pas permis de donner à un paysan plus de quinze coups, mais on en donne vingt-cinq, en recommençant plus ou moins souvent.. Les nobles esthoniens sollicitent l'introduction des majorats; mais les provinces

La noblesse. 77

de la Baltique sont dé jàassez privilégiées; pour ne pas obtenir un privilège de plus, dont la noblesse russe ne jouit pas. Les majorats sont condamnés par la science économique; aussi bien que par le droit; et les cadetS; comme les aînés des familles allemandes; tirent déjà im profit assez beau de leurs capacités, pour ne pas avoir le droit de se plaindre. Faut-il chercher la noblesse russe dans les hautes sphères de l'administration? Mais n'est-ce pas scandaleux de voir les apôtres du despotisme devenir les serviteurs de la liberté?

Et de quelque Coté que vient souffler le vent Ils y tournent leur aile et s'endorment content.

Les élèves de l'école de Nicolas veulent être les maîtres et les guides du règne d'Alexandre II; Peut-on pousser la bouffonnerie plus loûi; que de passer au libéralisme; quap^d on s'appelle Y Abeille du Nordf

Il faut être genti][jbomme pour être officier; mais déjà la majejire partie dos officiers des hussards

78 La noble«ae.

de la garde sont des iSls de marchands et les officiers de ligne manquent de toute éducation.

La noblesse, la noblesse vérîtalDle, se réfugie aujourd'hui dans la presse et dans les arts. Ainsi le veut Fesprit du siècle; car ceux qui ont eu la peine de naître, ne veulent se donner d'autre peine, que de manger leur argent à Tétrauger. Quoi de plus injuste, en effet, que de voir les uns travailler leur vie durant pour les autres, et cela de génération en génération, sans seulement les enrichir!

La corruption va croissant en Pologne, depuis son annexion. Les femmes n'y considèrent plus le mariage que comme un permis de libertinage, et les jeunes gens, tout en se pressant dans l'armée russe, ne demandent qu'à déserter à l'ennemi, à la première occasion.

Les hommes d'état russes ont gâché le chapitre de l'amnistie , ils gâchent celui de l'émancipation, ils n'en finiront jamais avec le jury. Comment vouez-vous qu'ils relèvent la noblesse? C'est une gâ-

La noblesse.

chérie perpétuelle qui contrecarre les pluB belles intentions du nK^narque^ et pour laquelle ces mes«

sieurs auront un jour un compte sérieux à rendre

devant DieU; si ce n'est devant les hommes.

La flotte.

Nous sommes d'avis qu'il vaut mieux ne pas avoir une chose que de Favoir mauvaise. Une mauvaise flotte finit par tomber entre les mains de l'ennemi qu'elle enrichît et glorifie. Le règlement de Pierre 1er disant qu'il ne faut attaquer l'ennemi que quand on est quatre contre un et n'accepter le combat que quand on est deux contre un, étant encore en vigueur^ prouve que la flotte russe n*a guère fait de progrès depuis son fondateur.

Le Prince Menchikofl^ n'a jamais été un bon ministre de la marine, mais simplement un faiseur de beaux mots. Le pavillon russe aurait dû se montrer dans^la Baltique, au lieu de se cacher et de laisser l'ennemi prendre toute la flotte marchande. Il est vrai qu'on a fait des fau-

La flotta 81

tes impardonnableB des deux: e6tés* Aissi Sir Charles Napier^ après avoir fait ^ éguiser les coutelas^ à son équipage^ n'a pas tiré un coup de canon contre Cronstadt, tandis qu'il aurait pft le prendre aisément, vu qu'un fort était en bois et un autre en voie de construction. II se dédommagea à Bomàrsund; qiû n^était fortifié que d'un côté, et là il constata le fait que si le G-rand-Duc Constantin l'avait attaqué avec ^on escadre de bateaux canoniners, il aurait défait sa grosse flotte. En effet, les Russes ont toujours eu l'avantage dans cette sorte de gu>erre, oti l'on peut employer les tirailleurs dés troupes de terre. Hâtons^nous de dire que les of* ficiers de la marine et le grand-^amiral lui-même avaient voulu se mesurer avec l'ennemi ^ mais que l'Empereur Nicolas leur commanda de se calmer. A Liban, les Anglais vinrent réclamer les navires qui s'y trouvaient, sous la menace d'un bombardement. Il 7 eut un conseil de guerre, qui décida de rendre un petit bateau à vapeur, un vaisseau et quelques barques, pour sauver la jolie peh

82 La flotiâ.

tite ville non fortifiée; des horreurB du bombardement» Une dame^ la femme du colonel Kleifi^ pro^ testa hautement contre cette résolution. £n effet, c'était recoftiaitre son infériorité d'une manière bamiliantow Les navires ne valaient pas grand'chose ; le> capitaine de Fan d'eux pleura à chaudes kvmes, disant qu'il perdait toute sa fortune ; les Anglais, qui Tiédirent plus tard ces navires à Memel, ne jocnaient pas un. beau rôle et ne marohaîent quWmes jusqu^aux. dents, quoiquHls eussent la parole des Russes. Us sentirent que les Français faisaient mieux et denmidèreiit lies daipes de la ville de venir danser à bord de leurs vaisseaux^ disant qu'ils s'ennuyaient fort. On le leur refusa ^ ils offrirent du fromage en échange du lait; on prU le fromage, mais on ne donna pas de lait.

A Sweaborg, au début de la première campagne, il n'y avait que trois poudés de poudre, et cette forteresse n^aurait pas pu se défendre^ si elle avait été attaquée alors, tandis qu'elle fit éprouver dei^ pertes àFamiralDundas, dans la seconde année

La flotte. 83

Si les Busses avaient envoyé un vaisseau ou deux au Sund, les Anglais n'auraient pas pu entrer dans la Baltique.

L'amiral Napier demandant^ après- la guerre, au Grand-Duc Constantin, pourquoi il n'était pas sorti de Cronstadt, S. Â. répondit : „ Je n'avais pas d'hélisses. ^ Aujourd'hui on s'en est procuré de toute part; niais le matériel ne fait pas le moral, et la flotte prussienne rivalisera un jour avec la flotte russe, pendant que l'Autriche se passe assez^ bien de* flotte. Les encouragements ne manquent cependant pad aux- Hiflrins rnsses, et un officier reçoit 250 roubles par an pour l'éducation de chatcun de ses enfants.

Sebastopol était, après Gribraltar,' la première forteresse maritime: A quoi bon donc aVoîr noyé' lè& vaisseaux russes pour empêcher l'entrée d'un p^ort on l'ennemi aurait dû trouver sa ruine?

on dit qu'il y avait des chaînes qui obstruaient rentrée de la. Mer d'Azov, mais que l'or anglais les ft brisées. Le fait est que Yeni-Kalé n'était pas suffisamment fortifié.

^ Politique extérîeii;cci.

j^retle d'avoir imposé cette coi^ditiob à la Buaûe, 00it; qçiQ le traité de Paris ne soit pas coosidéré comme une chose sérieuse ^ ou bâtit des caserxieg à SébaiMiopol; ce qui reyient à la même choses on établit des chantiers à Villafranca^ et des églises à Cattaro et à liTicei vu que les prêtres russes |K>nt de pui^sans agens politiqueSi

. Le graod-dttc Constantin; ne serait pas fâché de (devenir r^i de Grèce, en y joignant les îles ^pnifio^ies^ et pour cela^ il dépfisse en Ubéra^sme sou frère, Bt puverrait avec pjaisir le Prince Napoléon sW sepir sur un trône qu ou créerait dans les Principautés. U|i diplomate russe nous disait que le Prince GortschaiLoS* a versé du nouveau sang dans la diplomatie russe ^ mais le sang allemand y domine toujours ^ et les traditiooâ anciennes subsistent. La Ijgne d^ déuUM*catiou en^ç. la police seerète et la diplomatie n'e8>t pas encore .bieip tracée, le personnel ne brille pas par sa serviabilité pour les cpmpatrio^fces, et la réputation d'habileté a été ravie dernièrai^t a^ diplpqu^tes vu^es papr }e bi^TO^

Politique extérieure. 87

de Seebach. M. de Fonton a cependant bien joué son rôle à Vienne, lorsqu'il offrit un pari de 300,000 fl. au comte Buol que la Russie ferait la guerre à rAutriche, M. de Budberg a surpris Ja confiance du gouvernement, lorsque son oncle M. deMeyendorf présentait un travail qui a été fait par un individu dont le nom finit en tch, comme étant sorti de la plume de son neveu qui, au Domschtde à Beval, n'a pas passé la troisième classe.

Le triomphe de la diplomatie de ce règne est l'acquisition de la^tive gauche de l'Amour. On y fait venir leé pommes de terre dans des serres, mais on: espéré y trouver de l'or.

Nous entretenons des relations amieales avec les Etats-Unis, et l'éinanoipation des. serfs absorbant toute l'abtivîté de la Russie^ une guerre étrangève n'est pas à prévoir d'ici à qnelque temps.

Il * HP I I I

Quatre aimées de règne.

L'Empereur Alexandre a hérité d'un empire envahi par Tennemi. Un charriot traînait quatre bombes de Péter&bourg à Sébastopol^ pendant que Fennemi apportait de Marseille et de Londres^ par mer^ des cargaisons de bombes. Il y avait quatre puissances eontre une seule/ et trois autres étaient sur le point de les joindre. La lutte était trop inégale pour être continuée^ et Alexandre^ en cédant' Ismaïl qu'on a rasée; n'a pas fortifié la Turquie; car les Principautés elles-mêmes ne savent quoi faire de cette forteresse, dont la conquête a coûté tant de sang à l'armée de Souvoroff. Les autres conditions étaient plus humiliantes.

Quatre années de règ&é. 89

L'émancdpâtiob des sorf» était un autre legd fatal que le père laisserait au fils. C'eût été à Nicolas; si vanté pour son énerve, à aborder franchement cette question^ Il n'a rien fait pour la résoudre, et son fils s'y est engagé résolument* Il arait dit que son père Favait initié au gouvernement bien avant sa mort. On a aujourd'hui la mesure de la capacité politique et admmistrative de l'Empereur Nicolas^ et il faut le dévoûment que le fils lui porte pour lai arracher des larmes chaque fois qu'on prononce son nom. Le pillage était à Bùtk cooible, on volait partomt. . C'étaient les écuries d'Âgias à nettoyer, et Alexandre n'est pas un Hercule ; mais il sévit contre cette plaie ; au danger d'amonceler: contre 'lui toutes les' haines *),

*) Il y a à Tzarskoié-Sélo une institution de bienfaisance pour les chevaux. On y voit enterré sous une pierre sépulcrale rétalon Moscou, et les chevaux hors de service y sont relégués, jusqu'à la fin de leurs jours. Eh bien, Técuyer proposé à Thôpital vole deux gar^tzs d'à; voine par jour et par cheval.

90 Quatre anné&s de règoe.

En rentrant diips la voie.de la .cmliaatiOin ^ la Russie a dissipé les haioei de rélrsuig^r .^t a mér. iit4 des sympathie. Reste à y perséyérQri.

• Uae série de réfovmea heuireuâes oot marqué le Douveaij: règne dès son début. Que^ 19e soit par éoo]if>niie^. ou par priampe ^u'on ait aboli les coloBijes militaires et les enfsuits de troupes | le ré^ sultat a'eii eift {^as moins satisfaisaut.

' Les homm^ d'Stat misses oie pouvaient. se former à l'école de Nicolas. Donner la préférence à rintriguc; aux liaisons^ repousser les capacités^ c'est enfdjuir ou dissiper le : trésor national.: Le ikoble russe est encore un serf du tsar, on lui ilëmandè une obéissance av^eugle^ passisre., <. une, soumission continue; il n'y. a pour i lui ni droits ni lois. H ne. suffit pas de collecter des lois absurdes qu'on ne peut codifier, il faut les changer. L'Empereur ne peut pas suffir à toiit et l'on ne décrotte pas une nation d'un jotu* à l'autre. S'il 7 a barbarie à là base de la société, il y a Corruption au sommet. Ce sont les femmes qui font Fesprit et la iporaje

Quatre an&ésis.de règnes 91

p^bl^ue^^ et le$ daines xus&es: acandaiis^t - les Pariaieais €aX'mèQie& ^r leur ccoiâaite éboatée (^). Les amnisties ont été mesquines. Avec les réformes qu'il y 9i, nous ayoïifi, poiir notre part, ponssé jusqu'à Berlin , mats n0m n'avons pit ailer plue Idin. Le grand pei#»tre riis$e Iranoff a vu son reitour en Russie abreuvé d'am^un^es^ et il tst lufori de ebftgtin. 1} a eu. assez de persévéranoe

(*) M. Gr... un gentilhomme livonien s'appelant, comte en Italie, séduisit une demoiselle amérieaine en lui pron^ettax^t )e mariage ; puis co2)jbractant dçsr dettes nQjia m>n faux titre, il demanda la main de la fille du ministre russe à Naples, M. Kakochkine, et obtint leur consentement ( Wtiis sa ptop^re mère ie^ dénonça à M. Kakochisine, comme un mauvais sujet, et il reçut Tordre de rentrer en Russie, sur la plainte que la demoiselle américaine porta élle-^mèitie à l'^mp^retir. Il prit alors itti yacht à c;:édit et. tenta d'enlever, la fille du ministre. Ayant échoué dans son escalade nocturne, il partit sur son navire pour Marseille. A Paris, ir prit i ctédit une' immense quantité de ti^aolii^es agriicoles ,^ de retour . en Russie, il fut foroé de se marier à l'Américaine, qui s'en alla seule dans son pays,' et il en fut quitte pour fa défense dé voyager à l'étranger.

92 Quatre année* de règncL

pour acheiver un tabl^iu colossal {*), maid il n'a pas eu assez d'abnégation pour supporter des humiliationts.

La calomnie n'a pas épargné- f empereur^ mai^ il a eu. le bon goût de s'élever au dessus d'elle^ ce qui certainement lui imposera silence à la lon^ gue. Il n'y a sans «toute rien de pexisonnel daïm un homme aussi hatit placé> et il n'j a pas de détail assez minime pour être indifférent dans: sa vie ; mais sans nous arrêter à des claquets auxquels on se plaît tant dans lun pays dépourvu de publicité, disons que si rémancipatièn ne s'accom-

plit pas, les serfs prendront leur cause entre leurs mains et n'épargneront pas les nobles. On nous dît que les chemins de fer serviront à transporter Iqs troupes et seront un moyen d'oppression. En attendant, c'est un moyen puissant de civilisation qui rapproche les populations, au point que Péterabourg et Moscou ne font presque plus qu'une seule ville.

Espérons le mieux, *mais soyons préparés au pire,.

(*) Le Baptême.

Quatre années de règne.

Nous avouons franchement; que nous ne pouvons surmonter notre dégoût chaque fois que nous lisons les bulletins russes du Caucase. L'empereur n'a4-il pas de nausée lorsqu'il parcourt ces notes de boucherie disant qu'on a tué tant d'hommes^ enlevé tant de bétail^ brûlé tel ou tel autre aoûl? .L'effbsioii du sai^ recommence chaque année^ depuis bientôt cent ans, et les peuplades soumises sont toujours pr^êtes à se soulever. Si c'est là une école de la guerre;, c'en est une fort mauvaise!.

Chaos.

Nice, m*rdi 6 février 1869: • Monmeur,

^Je voBS écris, d'im "p^js que je n'aiiiie pas,parce qu'il y a trop de nod oompatrioteë, et qM' les Russes gâtent tout pays où ils s'établissent. J'ai reconnu, par vos divers écrits, un homme pratique en vous, et comme il n'y a pas longtemps que j'ai quitté la Russie, je me fais rni devoir de vous écrire sur ce que j'y ai observé, m'étant mêlé à toutes les classes de la société.

^Les serfs disent tout haut qu'ils aiu'ont trois ans de patience, qu'ils ne se révoltent pas, mais qu'ils attendent. Or, la noblesse faisant pire que rien du tout, l'Empereur ou les paysans prendront l'initiative.

Chaas. %

^Les jeunes gens ohéz nous sont &i avancés dans, leiurs opinions qu'il y a uh- dub à Moscou, ou le nom de Dieu est pî*oscrit.

„L«s hérétiques forment un autre danger et un bi^i plus sérieux. La taroisième section (mipistère de la poliee) avoue elle-même que Tavenir de la Bussie est entre les mains des hérétiques. Ce ne sont ni les dauMoèorteij ni lies skàptsdy ni les be»popow^cimy qui sont ' ^ craindre, mais: bien les vSeicx creyants proprement dits, dont jei porte le nombce à ilS^OOO^OOOi Us veulent le retour de la Russie. ù Fétat antérieur. avani Piarre 1er f ils sont donc alavophiles' et commimistes. I>Àn& la guerre en Crimée^ ils servaient; de guides, et d'espions à rennemi; et aujourd'hui ils agitent les serfa. Il en a émigré beaucoup dans la Boukovine et ils form^ent à Hotine une corporation riche et puissante. L'Autriche les a aidés et Les aide de tout son pouvoir ; c'est là ce qui cause le plus gvand gmef de notre gouvernement contre lé cabinet de Vienne^ et depuis nous avons tout fait pour nous veng^*

OkaoB.

Noi» avons séparé les Monténégrins, malgré Talliadce matrimoniale de leur prince avec les Autrichiens; nous avons provoqué lé fameux voté de la âf&o^Ama de Belgrad; nous avons établi Tunion des Principautés; et nous flattons Napoléon, pour porter le dernier coup à cette ingrate puissance. Mais si j'approuve notre politique extérieure , je ne vois que le êhaos dans notre politique intérieure; un chào» dans lequel tout pouriia s'abîmer. Je prévois que les k^étîques changeront et r%lise et le trôné, et éomme ils nous apporteraient le retour à la barbarie; il &udrait nous liguer contre eux^ Mais j'ai quitté le pays avec l'intention; de ne pas

y rentrer; tellement je suis convaincu qu'on nous coupera «un jour. la gorge à nous tous.

„Le gouvernement semble ne pas se douter du danger qui le menace; et lés nobles auxquels je me suis ouvert m'appellent un alarmiste. JesuiS; il est vrai; un peu spiritualistC; j'ai la seconde vue, je prévc4s l'avenir. *

Çhaoli. 97

iiiLe temps^ où Ton ue doutait pas de la puiB^ sance de la Russie est passé^ petsoiuie ne la craint aujourd'hui, et^ depuis que Tautocratie n'est pas une garantie contre la défaite et Thumiliation, on exige d'autant plus d'elle à l'intérieur, et ce qu'elle donne est l<nn de satisfaire.

9^Les nobles disent, que puisqu'on en fait des maî* très constitutionnels, il faut aussi limiter le pouvoir suprême, et je ne suis pas de ceux (jui augurent bien de nos chemins de fer. Il y en a qui n'auront ni passagers ni marchandises, et je tieos de notre Ingéniei^r M**, que tout ce qu'a fait la compagnie française n'est bon à rien et que le baron de St.... a trompé le gouvernement aussi bien que les actionnaires.

^Les Allemands qui nous ont conduit au despo* tisme, nous mènent tambour battant à la perte. Leur oligarchie dans les provinces de la Baltique tire cependant à sa fin.

„ Ajoutez à cela la cherté exorbitante de la vie dans nos capitales, et vous approuverez peut*

Chaôè.

ôfre ma résolution d'aller finir mes jour» dans quelque couvent de la Grèce.

9 Je vous autorise à donner de la publicîtë à cette lettre; et je tous salue fraternellement. ^

La lettre ci-dessus est sans doute.de quelqu'un qui ne fume pas^ c'est-à-dire d'un vieux-croyant^ mais ses alarmes sçxnt intempestives. M. Sviittopolo- Mir^i a voulu fonder en Amérique une. colonie de ces hérétiques et a fini par revenir à Réval^ où il a vécu sous la Surveillance de la police.

Libéralisme et servilisme.

Nos Type^ et caractères runes commencent par . un redit intitulé : E Ami dés Polonais, Mme Véroff est la traduction du nom russe Spéraiiusk^; comme Dvoïnoï est Téquivalent de Doubelt et Dérevneff de Benkendorf. Par une idée ék-ahge, M; Spéransky s'eBt donné le nom du mot français espêrancBy et c'est sa fille qui jeta un blâme si sévère contre toute la nation polonaise que nous dûmes le relever; ce fut le secrétaire de la légation portugaîsC; M. C**, qui vint nous rappeler que noué voguions sous le pavillon russe» Vingt ans après; Mme BekhtéiefF- Spéransky pu1)liaitles Pèlerins russes à Jérusalem^ un livre qui méritait les éloges de M. Mérihiée. Ce n'était autre chose que le panégyrique de la société russe. M. G-erebtzoil a pourtant trouvé

100 Libéralisme et servilisme.

le moyen de renchérir encore sur elle dans son , Histoire de la civilisation russe. Une seule chose nous satisfait et nous tranquillise : c'est que toutes l68 opinions sont obligées de venir se justifier devant le monde civilisé, le public européen, et cela dans la langue française.

Oui; le paysan russe est bon et intelligent, mais la noblesse est pourrie jusqu'aux od, çt le négoco ne ^Qvag^ qu'à, gagner assez d'argent pour se faire admettre dans la npble-sse.

En-voyapt la turpitude qui règne en France, celle qui g£^ne tous Içs ans du terrain en Aile* inagfie, nous pouvons louer le mépris que les Russes entretiennent pour l'argent, mais nous devons wssi .constater l'inconduite de li( jeunesse, qui, dan$ tont- a^tre p^'ys; aurait eu de si funestes résultats. Amai les offioîars rus9e8 de la cavalerie de Iigne> toHt braves qu'ils sont, présentent une étrange Gonftuio)! d'idées en iadt.deiûorale^ et il y eut tel prince russe, aide-de-caftip de l'empereur, qui se vantait de libéralisme et qui est mod; fou, qui ne t*ougta-

Libémlisme et servilisme. 101

$itit pas de tromper aon b^u-père; le marëohal; tn lui écrivant de Madrid que sa fçmme était enceinte afin de lui aiTach^r de Targent.

Le libéralmme revêtira Taspect du despotisme, s'il arrive au pduvoir en Bussie. Ainsi un noble, entendant tm paysan appeler sa servant^ one eselave, lui donna des coiTps de bâton pour le désap* pretidre à se servir de telles expressions.'

Quand on écrit suif la Russie, méipe à Tétran* ger, il ne suffit pas d;e se doniau^er ce qu'en dira le public, il faut se den^ander ce qu'en dira M. Timach^ff, et, à New- York, le rédacteur d'un journal nçuB racontait qu'un Busse craignait de parler mal de son gouvernement, même dans son troisième étage, au Broadway. Cet état de choses ne changera 'que quand toua les Busses seront de la police secrète, ou que quand ils auront demandé à aller tous en Sibérie; car, s'il y a un pays qui a été calonmié, ce n'est pas la Bussie, mais la Sibérie, oil il n'y a pas de serfis, et ob il y a plus de gens riches et indépendants que 4o ce ç^t4 de rU^al»

102 Libéralisme et Beryilism-e.

- On connaît la fameiise anecdote du maréchal Pélîssîei^, qu'on place tantôt en Afrique et tantôt en Crîmëe. Il donna un lëger coup de cravache à un soldat dans les rangs, qui sortît un pistolet et tira sur le jgénéral, mais le coup ne partit pas. — Quinze jours d'arrêt,, lui cria M. Péli'ssier, vos armes ne sont pas en ordre ! - Bien de pareil né B*est encore introduit dans l'armée russe, M.deEebenden a bien dû quitter le service, parce ^ull avait oîFensé tm porte-enseigne,- et l'affaire de Behring, à qui un soldat arracha ses épaulettes, fat étouffée et le soldat fastîgé à mort; mais le neveu du commandant des lanciers de la garde fat déclaré fou pour avoir porté la main sur ce chef. Cependant, les officiers hors des rangs ne permettent plus à leurs généi'aux de leur fair^ des réprimandes, et l'on ne bat plus les chevaliers de St, George.

A la première visite de l'Empereur Alexandre à "V^Movie, le premier élève du corps des cadet»était placé auprès du drapeau; Le prince Gortchakpff

LibéraliBme et servilisme. 103

ne voulut pas qu'ion Polonaig eut cet lioumur et le fit remplacer par un Busse^ S. M. vît un garçon pleurer et, en ayant appris la eause^ lui demanda, ce qu'il voulait devenir? — Entrer ^axi service. — Je te nomme officier, et faisant un autre geste, elle dit : — Je te nomme lieutenant et je ne veux pas 4e différence entre mes sujets,

, Entrant dans une école, le tzar vit que le nom du

premier élève était inscrit d'une manière tIU^iU0• — Quel est ce nom? demanda le tzar. — Quel* qu'Allemand, répondit un élève. • — Et toi, de quel pays es- tu? Je ne veux pas qu'il y est des dés*trnctjpns de nationalité parmi mes sujets.

Prévarications.

La Busaie eet connue pour le pays daseique des prévaricMions* Ausaijxia 60iDines«>uous jainaiis ezi peine cle citet de aeuveaiuc faits de ce genre^ daçfi chacun de nos écrits ^ ot nous n'avons -que rembarras du choixv Gonuoe les officier»; qui sont tous nobles ; devraient être plus exempts q^e les autres de ce défaut > nous commencerons cette, fois par les exemples empruntés à la sphère militaire.

Un général annonce au gouvernement qu'il a cent chevaux hors de service^ et demande ce qu'il faut en faire? On lui répond de les veudre aux enchères. Or, le prix d'un cheval rejeté (hràk) est de 3 roubles argent dans les provinces polonaises et de 25 roubles assignat en Russie. Le général donne

Fréyarications. 105

1000 rouUes au garodnitcky (ckef de poBce) ^ qui eertijGA que lea chevaux ont éké Tendus* Le général reçoit l'argent nécessaire pour en acheter de nouveaux (3Q0 roubles assignats par cheval), déduction faite des 800 et quelques roubles produits par la vente. Or/ les mêmes chevaux continuent à rester dans la brigade.

li est d'habitude d'envoyer d'avance au minis* tère le» pt is de& denrées^ dtuis les villes désignées pour) le cantonnement ; mais il est d'usage de Àusser cea prix (Bpravoti^mgie tzéxy), tnoyeniiaBt un présent qu'on fait au fforoânùchy.

Jjffk miraoles se font en Russie dans le sens mverse. Voilà un hôpital qui demande des citrons pour ^ nsidadcB. On autorise à en acheter; il rap|>oirte qu'ila sont pourris ; ordre de les vendre anx enchk'eB» ]j'hôpital répond qu'on pourrait en faire du sirop^ et reçoit l'argent nécessaire p««ir lô swrf é Or^ les oitroaifl n'ont jamais été achetés et n'ont aem que de prétexte pour remplir les poches de rhQttorabk direotiom.

106 Prévarications!

A Tomak, pendant une série d'mtuxécB, en recevait l'argent pour' un oorps de cadets qi^ n'a jamais existé.

Le général 'intenidani dé rarmée.derOuest, M. Werderewski, a été dégradé pour pçévarieatxonfl.

Le général Zadler en Crimée ^ aprèjs une loi* gue détention ; est arrivé à se justifier^ ^ mais les petits commissaires à Sébastopol volaient sans aueun scrupule. Le croirait-on? Les bliîsséfr eux-mémes n'étaient pas respectés. Lés dons abondaient peur eux , mais à pdine' ceux qui étaient chargés de les distribuer ava4ent*ils mis sous le c(>U8«ii du patient le rouleau qui lui était deétiaé^ qye les chirurgiens lé dépêchaient pour s'emparer de cette offrande charitable. On vit des offîûers blessés réclamer leur part à plusieurs reprises et d'auÉres faire semblant d'avoir été mutées pour se faire de l'argent.

Hâtons-noiis de dire que les choses- ne vont pas beaucoup mieux dans d'autres pays. A Naples, il 7 a un magnifique pakis pour* les pauvres ^ où il

Prévarications. 107

n'y a que trois mendiants. Le direeteur a soin tous les ans àt présenter au roi 100,000 piastres comme économie . et le reste des dons de bienftii* sance et thàrité reste dans ses mains*

En FfussO; rinipératrioe de Russie venasit voir sé'n frère, le Boi donne ordre de réparer ses équi> pages à ses frais. On lui présente Hn compte de 5,000thaler*: liidîgné, il fait venir chez lui les ou* vriers eux-mêmes, qui' «vouent qu^ils- n*ont reçu que quelques centimes d'écns, mais qu'ik ont dA donner le reste aux employés. C'est que dans ce paytt-modèle de la BussiC; les tribunaux ne sont guère meilleurs que la police, dont ils sont les très humbles serviteurs, et le mot de : ^ Il y a des juges à Berlin^ n'a plus le sens qii41 avait sous Frédéric le Grand.

A Bukarest, un pacha acbMe des diamants à un juif et puis hii donne Tordre d'en apporter df'antres. L'ifiratiite accourt rempli de joie, on lui ôte ses pierreries et on le poignarde! On sait que 1^ meqrtrieirs valent mieux que les petits roleurs*

108 Prévarioatioas.

A l'ouverture de la cathédrale de St-IaaaC; à Pétersbourg , on dit à Tempereur qu'il serait boa d^étaler du drap rouge aur le passage de la cour. — Cela me rappelle, répondit le tKar, qu'au couronnement, il 7 a eu du drap rouge qu'on a fait payer 10,000 roubles argent, qu'on le laaao venir. La réponse arriva que le drap avait été mangé parles vers. — Qu'on m'en présente les morceaux, fit S. M. La vérité était qu'on avait loué le drap chez un marchand, pour mille roubles, et qu'on l'avait porté dix mille roublçs sur le compte.-^ C'est dégoûtant, s'écria Alexandre, je ne teux rien rechercher. Il aurait été bon cependant de priver ces intègres serviteurs du tzar, ne fiit-ce que de la faculté d'avoir des passe-ports pour l'étranger.

Il faut rendre cette justice aux employés des provinces de la Baltique qu'ils sont trop gentilshomxnes pour voler, et un clief d'escadron offrant un présent à un fonetionnaire courlandâls, pour &lm&er les prix du fdîo, ce dernier loi dit qu'il lui jetterait l'argent à la figure s'il ne le reprenait paa. Les

Prévarications. 109

forestiers font cependant une exception à cette rëgle^ et leur ohef^ M. de Korff; les gourmandait tant; qu'ils voulurent lui jouer un tour. Un jour il trouve du bois abattu pour une vingtaine de mille roubles et fait son rapport h St-Pétersbourg. On en envoie un fonctionnaire russe pour faire une enquête, mais les forestiers déclareut que les tas qu'on voit sont du foin et non pas du bois, et devant cette unanimité; le réviseur et M. de Korff se troublent. On envoie un autre réviseur , mais on oublie de mettre des sentinelles/ le bois disparaît, Korff est mis en retraite et devient feu. Aussi invraisemblable que paraisse cette histoire, elle n'est, hélas! que trop véridîque.

Anecdotes.

Dans la cbapelle; de NicdlaS; à la place dlsaaC; on trouva une lettre adressée h, aaiat Nicolas. On n'osa pas la décacheter et on la porta au métropolî^ tain qui; Payant lue^ la soumit à TEmpereun Les auteurs annonymes pnaient le saint de les délivrer de trois maux : Baranoff; Âdlerberg et Alexandre II. S. M. ordonna de découvrir les coupables et de les juger. On prononça contre eux les plus grandes peines. C'étaient quelques jeunes gens, dont deux ou trois venaient d'être faits officiers. L'empereur voulut qu'on les traita en hommes faits et les envoya pour quinze jours au borps de garde ; quant aux cadets , il les fit priver du troisième plat à leur dîner. St-Pétersbourg cria contre

Anecdotefi. 111

la faiblesse du tzar^ ne comprenant pas sa sagesse. Les temps où Ton punissait pour toute bêtise écrite ou dite devraient pourtant être relégués aux temps de Tinquisition.

A^ un thé au palais vint le général Rostovzoff qui fit des compliments à Témpereur sur la circu* laire pour rémancipaticm des serfs. S. M. répondit qn^elle la croyait en 0ffet propre à c^mer les esprits. Le Grand Duc Héritier s^écriâ que tout cela finirait mal« L'Empereur le fit sortir de table. On s*accorde à dire que S. Â. est très intellîgente, mais on croit quelle sera réactionnaire. C'est surtout le successeur du général Môrder, M. G ...» , aujourd'hui laodrath à llle d'Oesel, qui a donné des tendances libévalea à rËnjpereur, tandis que M. Grimm agit auprès du fils aîné de Terapereur dans un esprit tout opposé.

Au couronnement à Moscou, l'Empereur parut en habit civil, au bal de Fambassadeur des Etats^ Unis. Il y avait toute une révolution dans ce simple fait.

112 Anecdotes.

On pcéBent& à Femperenr la liste des immB de ceux qui ont fait une visite aux rédacteurs de la Cloché à Londres. S. M. la déchira sans la lire.

Des officiers de la garUe parlèrent mal de TEoipereur. On en informa le général A*^^, qui répondit que S. M. n'y faisait pas attention.

A Hapsal; le peuple se pressait pour voir TEmpereur à une revue. Jadis on Taurait refoolé^ pour faire place aux troupes. S. M. leur fit faire un grand eireuit ^pour ne pas déranger ses sujets bien-aiiiié&'

Lors de la visite de l'Empereur à lUga, S. M. dtiiait chez le Prince Souvoroff. Arrivait les dépêches. L'Empereur dit au général Baranoff de les ouvrir; et^ quand ils les eut parcourues, il demanda ce qu'elles coijtiemiaient. ^ Rien, tenez; répondit le favori en les jetant à S. M. de manière qu'un témoin oculaire ne savait plus qui des deux était le maître. M. Baranoff est d'uite ancienne funille esthonienne.

Quand TEnipereiù* istroduiitit de nouveaux uniformes et qu'il s'éleva des rumeurs , il dit:

Anecdoteg. 113

9 Je ne saurais plaire à tout le monde, mais je ne veux consacrer à ce chapitre que dix minutes de mon rJjgne. *

Quelqu'un ayant plaisanté sur les pantalons ronges qu'on donnait aux généraux, la police voulut le punir pour crime de lèse-majesté. S. M. dit au Goçiite Orloff : — Montrez*moi la loi qui défend die se moquer des pantalons rouges, et Taffaire m resta là.

Un plaisant venait de p^idre une grosse croix de Ste^Anne au cou d'une truie, La police voulut punir le coupable^ mais S» M. dit : « Il y a tant de cochons décorés, qu'un de plus n'y çhasigera ri<3n»*

C'est. à tort qu'on a dit que le prince Faskié* witcb avait fait partir le Grand-Duc Constantin de la Hongrie, e^ 24 heures. S. A. fit toute la campagne, et voici le différend qu'il eut avec le marechai. Au début de la campagne, sans ordre supérieur, il se mit à la tête de cent cosaques et attaqua un ennemi si supérieur en nombre, qu'il fut repoussé

114 Anecdotes.

avec perte. On reporta au maréchal que Pauteur de cette prouesse était son propre fils, qtfîl gronda vertement devant l'artnée. Le jeune prince reprocha au Grand-Duc d'avoir été présent à cette scène ^ sans s'avouer fautif de l'escapade, et alla dire la vérité à son père qui, le lendemain, recommença la même scène. Mais cette fois-ci le Q-rand- Dnc la prit pour son compte et... en garda rancune au jeune Paskiéwîtch.

L'Empereur traversait TEsthonie, le comte Staokelberg^ afnden colonel de la garde d'artillerie, surveillait les pestes. Apris le départ de 3a Majesté, arrive le prince Dolgoreuky, et sur le rapport qu'on fait au comte Stackelberg, ce dernier lui refuse les chevaux, lui disant qu'on ne battait pas les postillons dans les provinces de la Baltique. Il ne lui en donna que sur sa demande r^érée, et l'Empereur joignit après ses reproches à ceux

du comte.

Le saint Vladimir chassait le cerf et le sanglier, Alexandre II chasse Fours, par un froid russe.

Anecdotes. 115

Le Comte Baranoff et Tobtoy raccompagnent ordinaitemeat à ces chasses^ qnin'ontrlen de bienifamgef^ reox pour la seconde providence de la Bussie, des chassenrs se tenant prêts à tuer Tours, si S* M. le manquait. Il y eut un colonal des gardes qui tirait si bien, que le chef de Tétat-majcF^ des gardeS; le Comte Baran<^| conçut, de la jalousie pour lui et la crainte de le voir monter en faveur. U fit signer à TEmpereur, après la chc^se, le congé de cet officier supérieur distingué. Quelque temps après, l'Empereur voit le colonel à la garde montante^ en uniforme de congé, et lui demande depuis quand il a qmtté. le service? — Ordre de tel jour de Votre Majesté, lui répond Tanden colonel, et l'Empereur, ae tournant vers Baranoff, lui dit : — Je vous ai dit cent Ibis de ne pas me présenter d^ordres du jour à signer après^ la chasse.

Eh bien, dernièrement on fit acheter à l'Empe^ reur, après la chasse, une terre, dont il n'avait que faire et bien au dessus de son prix.

116 Anecdotes,

Le roman peut s'approvisionner on Russiie mîenic qu'ailleurs. Une nourrice substitue seïi eniant à 4ielui da ses maître» et ne 1^ confesse qu'à samort> quand le petit seigneur est- devettu^ un sacmtiûiiy et. lé pajsan un s^gneur. Comme on n'en &ûrait pas avec les tribunaux russes et qu'il - est trop tard de changer l'éducation des deux bommes; on les laisse Èhacun dans son état. K'est-ce pas digne du J^at^s; ^M^r par Jiunes?

Ce qui suit est digne des scèn^ de TÂustfalie et de la plume de M. Bead. Un serf est envoyé en Sibérie par son maitre. Là; il se met à faire le. commerce avec la Chine, et comme il était dé« fendu d'exporter l'argent; il I'inti*oduit dans des cièi^es et amasse une grande fortune. Il place son fik daais les cuirassiers de Gatchina/et étant mar-» chaod de la première guilde, son fils devient officier et noble personnel; au bout de quelques années. La fantaisie lui prend de prouver qu'il est noUe d'ancienne roche. On lui demande 5;000 roubles pour forger les documents; niais il est trop

Anecdotes*. 117

avare pour les donner. On écrit- alors à son £rèr«/qtti répond qu'ils ne sont libres, que depuis qne leur maître les a envoyé» aux colonies, et le nuircHand est trop heureux de se racbeter d'une poursuite ciîminelle. Il s'en^ v^ alor« à Mosceu^ promet des monts d'Or au père de la jeune ptineesse Ott..«.tf, ei elle veut épouser sou fils/ et une fois ce denûer entré dans la noblesse russe ^ son' père ne tient que la moitié de ses promesses.

Le prince YoussoupofF, secrétaire de l'ambassade russe à Paris; a dû la quitter, parce qu'aussi avare que riche, il se prit de querelle avec son cuisinier pour sa note qu'il lui jeta à la figure, ce à quoi le Français lui riposta par un coup de poing.

Kocbka, un matelot de Sébastopol, avait pris part à ime trentaine de sorties et son portrait circulait en Russie. Il fut dit qu'il vendait des dépêches aux Anglais et a été fusillé. On nous assure aujourd'hui qull avait été condamné aux galères avant la guerre, de là le courage désespéré dont il fit preuve et qui vajut à un officiel: l'f^i-

118 Anecdotes.

guillette d'aide^le-camp de TSinpereur. Pour un nouveau vol, ce héros aurait été envoyé en Sibérie où il se trouve encore. On admirait bien plus à Sébaatopol un gentillàtre de Toula. qui a quitté sa terre et sa £Eunille pour aller fietire le coup de carabine, comme volontaire. On l'appelait Freyschfltfl et il tua 6 ou 7 Français^ maià il- tomba^ à la prise de Sébastopol.

Le comité central.

J'admdts qu^ leë comités des provinoes pour rémancipation des serfs aient jAchevé leur travail et que^ pour arrivera une conclusion générale^ ils aient envoyé des délégués à St-Pétersbourg. Le Conseil de Tempire et le Sénat refusant de rien faire dans cette tâche civilisatrice, il s'agirait d'enlever un^ résolution qui devienne une loi fondamentale. Admettons que le rapporteur s'adresse à cette assemblée ainsi qu'il suit :

f, Messieurs ,

„ La volonté de TËmpereur est que Témancipation s'achève. C'est aussi le vœu de tous les gens véritablement chrétiens et véritablement civilisés. Le monde vous regarde et vous êtes appelés à inscrire vos noms d«Qs les aimaleâ univer^eUe^». Sa

120 Le comité central.

Majesté ne commande rien, Sa Majesté désire ; mais son désir n'est-il pas un ordre pour vous? Vos tzars de jadis vous auraient ordonné, votre souverain d'aujourd'hui vous prie. Il ne veut léser les intérêts de personne, violenter les consciences de qui que ce soit. Il veut que ce grand acte de bonne volonté^ de sincère convietion^ sorte enfin spontanément de votre amour du bien public.

9 Admettez un seul instant^ Messieurs^ qu'à côté de vous ou au dessous de vous siégeassent le& paysans. C'est notre tiers- état à nous. Et s'il n'a pas le droit d'émettre son vote, c'est à vous qu'il le doit^ car c'est vous qui le privez des droits d'hommes libres. Eh bien! s'il pouvait parler cet état si intéressant, car c'est lui qui travaille et qui souifre, vous entendriez sa voix d'ici et peut-être vous ferait-elle trembler. Evitez donc. Messieurs^ prévenez ce moment qui pourrait être si fatal' pour vous.

„n y eut une nuit mémorable danç l'histoire" de la France^ Ce fut celle du 10 août, lorsque les

Le comité central. 12t

nobleS; par un mouvement spontané, renonsèrent à tous leurs droits.

9 En cas de générosité; k France et la Russie peuvent se donner la mai n !

„ Voici ce qui se passait aux Etats-Unis} il n*y a pas longtemps. Les fermiers; aprds 99 ans de bail, exigèrent une diminution de la rente ; disant qu'ils avaient déjà pavé tout &e temps plus que la valeur des terres. Les tribunaux leur donn^ent gain de cause contre les propriétaires. Nos serfs ont travaillé pour vous hé double de ce temps.

), Et oiï gisent donc les difficultés insurmontables dans votre entreprise ? Le serf jouît d'une part d'une terre qu'il s'agit de lui laisser en propre, en retour d'un travail ou d'une redevance (ohroh) qu'il continuera à donner au maître. L'étendue de cette terre varie de trois à quatre arpents ; suivant les localités; la redevance peut être fixée en nature, pour éviter les variations dans la valeur de l'argent. Entre la redevance et le travail, voulez-vous laisser le choix aux paysans? Choisissez donc; mais

122 he comité central.

que Tesclavage disparaisse de cette teiTe que vous appelez orthodoxe. Dites que les propriétaires qui, dans douze ans, puisque douze ans il j a, n'auront pas fait d'arrangement définitif aveo leurs ser&, les verront .libreS) suivant un mode donné. Mais je vois que je soumets une opinion personnelle, au lieu de provoquer lavôtre.

^ Je me tais donc, persuadé qu'ayant invoqué la bénédiction divine sur notre entreprise, nous aurons à rendre des actions de grâce à Dieu poijr l'acbèvemeni de notre oeuvre, et que de ces fenêtres nous verrons bientôt s'élever le monument de l'émancipation, que les serfs eux-mêmes viendront élever par reconnaissance.^

Révolution d'en haut et révolution

d'en bas.

Dernièrement; à un dîner damis, un compatriote m'ayaiit fait rhonneur de porter ma santé, en disant; qu il n'y a paa longtemps; il n'aurait pas osé me connaître; j'y répondis par le.toast miivant :

i,En effet, naguère; nous ne savions pas cequ'é» tait un speech russe ; et si aujourd'hui nous osons parler, nous le devons à l'Empereur Alexandre. Vous trouverez donc bon et juste que je porte 'sa sauté* L'histoire impartiale dira que j'ai été le premier à ouvrir le chorus des louanges qui s'élèVe sur Alexandre II. En abolissant le -comité secret pour les hérétiques; l'Empereur à dit que les croyances devaient être libres dans son empire et

124 Révolution d'en haut et révolution d'en bas.

Ton a commence Tëtiide de la jurisprudence d'une manière sérieuse. Espérons donc qu'il ne sera bientôt fait du tort à personne. Quand {e voi» Fesprit russa capable de tant de chicanes^ de tant de formalités^ que nos tribunaux présentent; je le crois capable aussi de s'éteyer à une haute et large compréhension du adroit.

„ L'Empereur Alexandre représente à mes yeux le progrès qui s'effectue en Russie^ et voilà pourquoi je bois à sa santé. Quand on nous parle d'expulsion ^ d'intolérance ; je dis hautement que ceux qui dirigent ces mesures représentent l'ancien règne phi s que le règne actuel. La chance la plus heureuse pour Alexandre a été d'être venu à temps^ lorsque les revers militaires ; et le progrès de la civilisation appelaient impérieusement les réformes qu'il octroie à notre chère patrie. Le paysan le bénit déjà; et si le noble le boude, c'est parce qu'il entend mal encore ses propres intérêts. Sa Majesté; en abordant la question épineuse de Témancipatiou; a dit qu'il aimait mieux la révolution d'en

Revolotion d^n haut et cévolution d*en bad. 125

baut que la révolution d'en bas. £h bien, , Messieurs; il est des gens qui disent que la révolution d'en haut est impossible, que c'est un bouchon qu'on ne saurait faire desiQendre au fond d'un vase rem-> pli d'eau. D'autres, au contraire, pensent que toutes les révolutions sont vemues d'en haut, que la révolution d'Angleterre a été l'œuvre de Henri IV, acceptant la réforme, et la révolution de France l'œuvre de Louis XIV, protégeant la littérature. Il est aussi certain que ce qui fait les révolu^ tiens, ce sont ks £stutes des gouvernements, et ce serait plus qu'une faute, ce serait une crime si l'Empereur laissait peser plus longtemps les ehahies sur nos serfs, car k peuple est toujours prêt à prendre ce qu'on lui refuse trop longtemps. Je crains si peu d'être contredit sur ce point par les conservateurs mêmes de l'Europe que voici un fait à l'appui. Une grande-duchesse en couches ap-* pela le premier chirurgien de Vienne. A peine étaitJÎl descendu à l'hôtel Napoléon, à St*Pétersbourg, qu'une princesse^russe l'envoie chercher, et

126 RéToltttion d'en haut et révolndon d'en bas*

l'accoucheur refuse disant que la 1101)16880 russe ne veut pas émanciper ses serfs.

j^L^Ëmpereur a dit àHapsal: ^^Sagen Sie meinen Heben ËsthlâDdem, dass ick sie liebo; weil ich sie achte^ und ich achte sie, weil ich sie kenne/' Moi aussi, Messieurs^ j^estime nos Allemands^ — chez eux»

;;Le3 révolutions d'en bas sont encore inconnues en Russie. Â Paris, elles durent trois jours ^ mais en Russie elles dureraient tretite ans. On saurait comment elles commencent^ mais non pas comment elles finiraient. Les quelques essais de manifestations populaires en dernier temps ont été pitoya* blés. Ainsi; dans le gouvernement de Kiew, pendant la guerre de Crimée; il y eut un soulèvement de paysans ; la garde intérieure le dissipa sans effusion de sang. Les paysans se poussent les uns les autres en avant; et dès qu'un employé jeune et énergique en frappe un; les autres se débandent.

;;Â St-Pétersbourg; lors de la promulgation du décret d'émancipation; il y^eut un immense attrou-

Révolution d^en haut et révolution d'en bas. 127

pemeDt devant le Sénat. La police mit en sang quelques museaux ^ et rexcitation de cette masse fut muselée. Cependant, si le peuple prenait jamais le dessuS; il ferait un usage terrible de sa force. C'est pour éviter tous ces malheurs que je souhaite une longue vie à Alexandre le Bien-Intentionné!^^

Ombres et lumières.

jjSt-Pétersbourg, 23 mars 1859.

^Les affaires ne marchent guère. Le comité central pour rémancîpation va être convoqué; mais il ne sera composé que de fonctionnaires publicS; sous la présidence du général KostoytzofF. Mon maréchal de la noblesse m'a écrit une lettre très flatteuse, en disant que c'était le temps aux hommes de capacité de se mettre en avant. A cela j'ai répondu qu'on a été bien longtemps- à s'apercevoir de mes capacités. Si je fais quelque chose qu'on adopte; on le prendra à don compte^ mais s'il m'arrive de dire quelque chose qui déplaise ; on m'enfermera pour mes vieux jours.

^Comment cela se fait-il qu'aucun de vous n'ait encore parlé de la manièrp dont Tzynsky a quitté

Ombreset lumières.' 129

Moscou, pendant que Faiffaire de Baijng toute semblable a été publiée? Dites donc que l'ancien grand-maître de police a été battu tout comme le dernier. Nos prisons sont remplies d'affirancfaift qui ne savent pas encore gagner leur pain d'une manière honorable, et Tun d'eux fut injustement accusé par Tzynsky d'avoir volé des marchàndiseB que les chevaux du commissaire de police, qui faisait l'enquête, avaient transportées. C^est vous dire qui était le coupable. On procéda à la torture, c'est-à-dire on se mit à le fiistiger. Il déclara vouloir parler, se leva et mit le museau de Tzynakj «9GL sang. On le Ibuetta jusqu'à ce qu'on le laissât fumx mort. En attendant, nous avions choim pour juge un jeune homme de 22 ans qui venait d'achever ses études. Il prononça dans cette affaire uai jugement disant, que la conduite du grand^maître de police devait être portée à la coimaissanoe de l'autorité supérieure. Le Prince Golitzine voulut Fintimider, mais il lui répondit crânement qu'il ne lui apprendrait pas Tillégalité, et l'Empereur Ni-

ISO Ombres et lumières.

colas le fit mettre pour deux jours au corps dé garde; mais la carrière de Tzynsky fut brisée et il 88 console aujourd'hui entre les bras de Mme N off dans un bien qu'il a peuplé de vagabonds.

^Le Prince VorontzoiF lui-même ne rougissait pas de s'enrichir p»* la même voie. Se faisant allouer des terres ; il les peuplait avec des serfs fiigitifs et ses agents provoquaient les paysans à s'enfuir. La ville de B....sk; qui lui appartient, a été peuplée de cette manière.

^On dirait que vous avez peur de vous attaquer à A.... SacheE donc qu'à Moscou il fréquentait Mlle H..«.d. Le maître de la maison le fit mettre à la porte un soir où Ton ne voyait pas ses épaulettes. Il s'en vengea en faisant placer ses biens sous tutelle. Or y la femme du coupable n'a pas eu la 10e partie des biens du père^ qui a augmenté seà propriétés par Tachât. D «n appela à l'Empereur^ qui lui rendit justice et fit lever la tutelle.

^Je sais qu'on vous a envoyé un rapport sur Taffaire de Tcherkassky. Il a été élevé par le gé»

Ombres et lumières. 131

néral Neidhardt, et à rimiveraitë de MoBcoUy il se lia avec des amis. Il offrit lU^OÛOronbleB au père de Taetrice, qui les accepta; mais la jeune fiUe ne savait rien de cet arrangement^ ce qui ne diminue en rien Ténormité du crime.

,Le dénigrement est un des traits du caractère russe; mais il 7 a plus de portraits de Nicolas en Prusse qu'en Russie. On lui concède bi^i du patriotisme/ mais l'on s'accorde à dire qu'il a été trompé par ses courtisans et que son orgueil l'a perdu.

. jyVous aurez entendu parler beaucoup de la chasse d'ours. Mais il 7 a ours et ourS; Tours noir et Tours brun, le premier n'a pas de coUier gris, ne se dresse pas sur ses pattes d§ derrière^ se jette sur' celui qu'il veut et non pas seulement sur cdui qui vient de tirer, le renverse et lui ouvre le crâne. Un coûtetas, une fourche ont faison d'un ours ordinaire, mais Tours vrai, qui p^se vingt pondes et au delà, résiste à toutes les balles qui ne le frappent pas dans Toreille ou sous Taisselle. Une* hache tranche

)32 Ombres et lumières.

à peine k poU; la peau et s'enfonce dans la graÎ0fi»; les blessores- qui Use yabaitco^t pas ne font que Texai^àrer» Je ne pense' pas que. ce soit celui que chassa la cour, ear pn. entendrait parler de Yictimes^ vu qu'il j a peu de cfaaseeurs à qui la nwa ne treiaMe pas dans ces rencontres. Quant i^ la chas^ aux :lûupe que M. Dumas a représentée l terrible^ il 7 en a aussi de toua genres et je pjiis You» eni conter une feirt jdaîaante. Uncbas- M^r «Payant q«e du petit plomb daa. son fosU rencontre un loup; et ayant entendu dire que le meil^ leur moy«a de lui * échapper était do feindre le mort| fie jeta la &ee en teri?e* Grand bien lui to advint 9 car ce loup fut suivi par mie quantité d'autres > mm le premier venapt lui jeta du safal^ à la figure et t^wis les autres en firent autant. Voici cwqunent on npUque ce fait : les loups, loin d'é^ tce .afibmé% étaient en train de suivre une loupe et toute 1^ Qompapoiie était d'une humeur trop joyeuse pow «o^geipr à d^ohirer un faible humain* 8î Vo^ a'eat i»^ prier beau/eoiap pour des amr

Ombres et lumières. 133

nisties politiques, on a été plus coulant pour des crimes ordinaires^ et Ton voit à Moscou en pleine liberté un homme de bonne feimille qui jadis a commis un crime horrible et est revenu gracié de Sibérie, M. K....dflf.

Les cas d'insubordination des serfs envers leurs maîtres ne sont pas isolés. En voici un que je vous garantis. Dans le gouvernement de Koursk, les ' serfs d'un noble absent ont déclaré que ce n'était pas la peine de travailler pour lui, puisqu'il était question de les rendre libres. On a fait venir des hussards qui ti'ont rien hât et le maréchal de la noblesse a prié le représentant du propriétaire de ne pas user de moyens de violence.

A propos de maréchal de noblesse, celui de . Twer, 0...n.effy a dû quitter son régiment parce qu'il s'était marié à une femme de mauvaises moeurs. Le iscandale ne s'est pas arrêté là, mais il paraît qu'on regarde chez nous à la richesse plus qu'à Tesprit de conduite.

Révélations.

Le comte Constantin Benkendôrf a publié une ^ brochure intéressante sur le Caucase. Il parait que c'est au général Yermoloif qu'on doit que la guerre du Caucase soit* devenue interminable. Avant, lui, un régiment ou .deux suffisaient, car les Circassiens n'avaient rien à attaquer; lui, il a établi la ligne qui a 800 verstes de fugueur et le long de laquelle se sont élevées des habitations qui servent d'appas aux montagnards.

Il en est qui disent que la Russie n'est pas habitable du tout, parce que si vous y avez une propriété, votre voisin peut vous faire un procès sans fin et vous ruinera, s'il est plus riche que vous. U est; en effet, inutile de faire des projets de code, tant qu'il n'y a pas de légalité et tant que des lois fondamentales n'ont pas abrité le

Révélation B. 135

peuple contre Farbitraire. — H n'y a que ceux qui n'ont pas de poings qui ne nous battent pas^ disait un cocher à St-Pétersbourg. Le prince Erapotkine a réformé la police de Moscou^ mais le comté Za> krewskj lui rend la vie dure et le prince a déjà demandé plusieurs fois à se retirer de son poste. Le colonel Annenkoff voit sa fille aînée disparaître de St-Pétersbourg, sans son consentement, et apprend qu'elle est à Fétranger. Il la suit; la cherche partout et la trouve enfin à Thôtel du Louvre ; elle se jette à ses pieds, obtient le pardon et l'engage à revoir le soir prendre le thé chez elle. C'était pendant la présence du grandduc Constantin à Paris. Quand il revient le soir^ deux gendarmes lui interdisent l'entrée de l'hôtel et lui signifient de quitter Paris dans les 24 heums. Il s'en va à l'ambassade russe où l'on lui réitère le même ordre et met tout argent nécessaire à sa disposition. II gagne bientôt un procès et s'écrie : ,yJe sais d'où me vient cette faveur, mais j'ai d'autres enfans auxquels je d^s songer. ^^

186 £évélatioik8.

.Un offieio* ae ht garde, espérant devenir aide de eamp de l'Empereur^ épouse MUe A....ff ^ mais finuitré dans ses espéranoes, il s'en sépare.

Un pays ne se referme pas d'un jour à mi autre^ mais un bon souverain peut £sire d^ miracle». Partout oîi l'Empereur va^ des village entiers lui demandent à èlre libre»» et S. M. promet de soulager leur3 chaînes. Un vieillard nous disait : ^De ces promenés nous en avons eus au début de chaque règne. ^

Un officier qui s'était distingué au Cauease et qui venait d'être promu à St-Pétersbourg^ en s'en aUant de cette capitale^ trouva qu'on ne marchait pas aasœ. vite, et^ en baissant la fenêtre de sa voiture, il dit à son domestique de presser le cocher^ mais il lui fut répondu que les chevaux étaient trop fatigués. En descendant au relai , l'offiéier ôt des réprimandée à son valet, ki dit qu'il le- frapperait s'il ne savait pas frapper les càieyatix, ety ajout)9int Tactîan aux paroles, donna un coup à son laquais^ qui rip#ta vigoureusement. L'ofiicier ren-

Èévélations. 137

tra dans aa Yoitu|*e et se brûla la cervelle. L'Empereur, en apprenasQt cçtte cataBtrophei s'est écrié : 9 11 a fini en brave, car aprèi^ un tel outrage ^ on ne saurait vivre plus loi^teraps.^

A lin i&Qien4ie> FËmpereur, transi de froid^ entra dans un .caburet et j trouva derrière le comptoir uÀ anoien uûlitaire avec une jambe de bois. Sa physionomie lui plaisant; il le questionna et apinrit que c'était un colosiel d'artillerie. Les larmes lui en vinrent aux yeux> il l'emmena dans sa voiture au palais et le présenta à l'Impératrke ; en disant : ^ Voilà des faits qu'on me Cache 1^

Un général était à la tête d'une administratioi^ où il pouvait voler beaucoup, mais qu'il gérait d'une manière intègre. Les favoris l'éloignèrent de son poste^ malgré sa déclaration qu'il ne lui resterait d'autre ressource que de jouer de l'orgue* Il tint parole et TEmpereur le vit des fenêtres de son palais r jouer de l'orgue dans la rue, en uniforme et avec ses crachats^ S. M. le fit appeler et n'apprit la vérité que de sa bouche* EUe^ le fit réintégrer dans son

138 Révélations.

emploi, mais il oublia de sévir contre ceux qui avaient si indignement abusé de sa confiance.

LTEmpereur Nicolas affectionnait les voitures élevées^ dans lesquelles il planait sur la foule. Son fils se sert encore de ces voitures^ mais il salue affectueusement, et son cocher dit poliment : ^ Je vous prie de me laisser passer.'^ A Hapsal^^à nue chasse de canards, Alexandre II dit en ailemand : ,^ Je me réjouis d'être homme une fois encore , de cesser d'être une machine et de sentir comme un homme.''

L'ordre commence à entrer même dans les finances, et l'exercice de la dernière année présente une économie de vingt millions.

Pour juger l'Empereur Alexandre II; il fiiut distinguer ce qu'il fait lui-même de ce que font d'autres en son nom.

Ainsi les officiers de la garde à cheval dinent chez Dusseau, un de leurs, camarades manque ^ et après-dîner, ils vont lui^faire une visite. Dans l'état où ils étaidht, ils se trompent déporte, entrent

Eévélfttîons. 139

chez un général qui n'était pa« chez lui et jettent tous $68 meubles par la fenêtre. Le général en porte plainte, et TEmpereur Niqolas aurait envoyé les uns dans un régiment de ligne ^ les autres au Caucase. Son fils, voyant qu'il y a eu enreur et non mauvaise mtention, ordonne simplement aux officiers de payer le dégât.

Le SlovOf un journal polonais, est supprimé à son second numéro et le rédacteur jeté dans la forteresse pour un article qui a passé la censure. Le censeur revendique sa part de responsabilité, mais on répond que Tarticle en question, ayant été envoyé par un émigré polonais, un mois de forteresse est maintenu pour les rapports que l'auteur entretient à l'étranger. C'est le Nord qui nous apporte cette nouvelle. Eh bien, qu'on nous montre une loi qui punit d'un mois de forteresse le rédacteur qui recevra un article d'un exilé?

Unprofesseurd'histoirenaturelledisaitquelecochon était un animal progre^if, qu'on avait beau le retenir, il poussait toujours de l'avant, tout comme la Russie.

140 Révélât ion 8.

Lorsque le comte Buol ne se décidait pas à prendre la défense des Monténégrins cîontre Omer- Pacha, le diplomate ruiïBé alors à Vienne lui dit qufî 500,000 Austro-Russes se conceiitrant sur Andrinoplc; feraient Reculer rËufope coalisée. Oe fut alors qu'on e^édîa de la poudit'e/ dn plomb et des canons au Monténégro, (mon frai$ de FAulariche.

La question d'Orient, a dit tm diplomate russe, est un triangle dont un côté est à Moscou, l'autre à Vienne et le troisième à Constantinople, mais c'est un cauchemar dont il est temps de se délivrer et de se consoler eh se rappelant qu'IsmaSl, défà une fois cédé par le traité de Jassi, n'a été regagné que" par celui de Bukharest. MaÎB passons à des faits moins graves. •

Mlle Magnitzki était une charmante demoiselle, qui avait un goût particulier, cd^i de passel* toutes les nuits avec des officiers de la garde, en conservant son innocence. Aux déclarations d'amour, elle répondait : „0n m'a dit vingt fcûs la même chose." Aux {Propositions de mariage, arrachées par

Bévélutions. 141

la vanité et Tirritatiou^ elle riait; à la violenoe^ eUte opposait une résûtaB^ce invûieible* Quand <m fiétonnait de aes caprices, elle disait : ,, Je suis jeune/' Quand coi lui rappelait que ^^tanl va la cruche à Teaa. qu'elle se brise/' elle répondait qu'elle ferait une exception à la règle. Ce manège durait plu* sieurs années, lorsqu'il la fin on lui prêta un amaftty M. TdjLevkxne^ mais il paraîtrait à tort^ car ce M. Tchevkine, fils du chef des voies et conuniinî* cation3, l'engagea un jour à souper avee le comte Tobtoy et le prince Mestcherski» Après le soiq^er, ces trois officiers la prirent de* force.. Belle qu'elle ett^ elle sejeta aux pieds de l'Empereur, qui fit passer les coupables devant un tribunal militaire, lequel décida que le comlie Tolstoy, le premier possesseor, épouserait la demoiselle, et après lui avoôr laissé la moitié . de sa fortune, irait aux travaux foroés» Quant aux deux autres fpus, ila seraient dégradés et lui feraient une pei;ision.

La loi russe vent, en effet, que le séducteur épouse sa victime, et elle donne à la femme un

142 Réyélations.

huitième de la fortune du mari à sa mort. Admettons que de son vivant^ elle doive jouir de la moitié.

Souvoroff; disent les uns, Frédéric; disent les autres, appelé k juger un fait de séduction, ûi tenir son épée à la fille et, lui présentant le fourreau, Fengagea à y faire rentrer la lame, pendant qu'il retirait le fourreau chaque fois. Â la fin y il lui dit : „ Quand la femelle ne le veut pas, le mâle ne le peut pas.^

Dans ce cas, il y a eu force majeure sans doute, mais il j avait une circonstance atténuante : le genre de la vie de la DUe M....ky.

Aux Etats-Unis , à Kentnckj, c'est la demoiselle qui aurait été condamnée pour séduction.

Le fait suivant retrace assez bien la différence de vues sur la question de Témigration enti'e FEmpereur Nicolas et son fils.

Le fameux chantre Ivanoff avait voyagé et s'était formé aux frais de la couronne; mais au lieu de rentrer dans son pays, il aima mieux suivre la carrière théâtrale en pays étrangers. Le Prince

Révélations. 143

Wolkonsky^ ministre de la cour, dont dépendent les théâtres impériaux; demanda à l'Empereur Nicolas de faire prendre des mesures sévères pour obliger Ivanoff à revenir. — Combien lui donnerais-tu? — Trois mille francs par an. -^ Et combien reçoit-il à l'étranger? — Dix miUe francs. — Eh bien, comment veux-tu qu'il revienne?

L'Empereur Alexandre, lorsqu'il était Grand-Duc Héritier, fit un voyage à Londres et là, au palais de Buckingham, on donna en son honneur un concert, auquel participa Ivanoff« S. A. s'approchant de lui, lui dit en russe: ^Vous ne méritez pas que je vous parle.* Le jeune prince n*a pas être maître d'un mouvement d'impatience, dans son patriotisme offensé.

On considérait comme une faveur d'être tutoyé par l'Empereur Nicolas. Son fils use baucoup moins de cette forme titulaire ou intime.

Slavophiles et vieux-croyants.

Les slavopbileS; comme les vieux-croyantg, veulent le retour à Tordre des choses qui a existé avant Pierre 1er. Les uns sont des hommes de lettres et des penseurs, les autres des hérétiques. Tous les deux sont assez -nombreux et puissants pour que le gouvernement doive compter avec eux. Ils veulent le maintien de la conunune. le rétablissement du patriarcat. Or^ il est prouvé (1) que le communisme russe^ cette loi agraire des Slaves^ n'est que Tétat d'un peuple au berceau^ la tombe de la liberté, la base du despotisme > quand même il présente un principe de fraternité que nous respectons. Quant au patriarcat, le schisme ne date

(1) Voyez ; La Jeune Russie y F Europe révolutionnaire.

Slavophiles ôt vie»x-cr()yaîit&. 145

pas de soti abolition, nmûs bien de Fintrodnction des nouveaux livre» de- prière par Nikon., Les elavophiles ne Veulent pas du servage 'qui a existé avant 'Pierre4e-Grand. Pu mo}n«, lOf. Aksakoff et KhomiakofF sont les plus chaleureux représentants de rémancipà.ti<n(i; dAns le gouvernement de ToTda.''#il'n« S'agissfi^t que 'de r^rendte le co»toïnë'taâticitial, nims attflons J>eu à y t^dire, nwxleràent à'tiappeler qu'Huit de ceftinessMursse préseiitaâtj'hfiffcillé en cocher, chez un tïoble, les doftiestiqifes iie r^t pail laissé entrer. Mais les Asè^&phiteei disent que lés réformes de 'Pierre lear ont été întenlpestives' et qu'ii'>faut revenir à Tétat d^ BAturie. GépendsÉiit cëë mêmes réfermes ont «été commence àvètnt Pie]h:e-le-©raiïd. Il y a eU 63 régimentê d\)i^i^i8lcfî(yn éfj*anger ïlotis lé U^ B'éodor Alexéîwîtëh. Eftt-ee que les ou* vriers allemands n'^ont pas Sif&tté à Moscou déjà du i*ègne d'Alexis Mikhaïlowitch ? Ou bien est-ce que Fadministratian avant Pierrelé-Grand était exempte de pi:évarications ? Ces

146 Slavophiles et vieux<croyantfi.

vcïêvodea qa'oii> envoyait s'engraiaaer dauâ les provinces; qu'étaient-ils autre chose que des pachas turcS; un reste du régime tatare? Ou bien^ les mœurs étaient-elles plus pures? SI la relation du voyage d'Olearius paraît partielle^ nous avons d'autres documents historiques qui prouvent que la noblesse était toute -puissante sous les Bomanoffs^ sans être exempte des crimes qu'on punissait du knout^ selon le témoignage de Kochikbine. Si Y on ne veut que le rétablissement des deux Chambres^ des Pairs (boyoers) et des Etats (zefmsky)^ nous ne demandons pa3 mieux. Si Ton veut consulta* le

peuple dans les circonstances graves^ nous y souscrivons volontiers. Nous avouona aussi que la bureaucratie allemande ne va guère à Tesprit national et réclame impérieusement des réformes radicaleS; tout comme la justice russe ne peut chercher des modèles en Orient^ mais doit se modifier d'après la procédure de POccident qui commence non à la Vistule ou à la Sprée, mais au Bhin, à la Seine et à la Tamise. Si c'est comme im dogme

Slavopililes et vleux-croyantô. 147

religieux qu'on veut la Béparatroû de l'ËgKsé avi^ ltËt«t/DOus i'estiflftdiis, mais nous ne sauri<mB concéder le rétablissement d^tm état dans un état^ et sans parler du pàtriardie; ce pape russe^ ne voyonsnous pas que le* olergS n'a que trop dlnfluenee même aujourd'hui en Hmatière ^opibiôli et'dô coniscience? Attaquer le gouvernement est beaucoup moins dangereux en Russie^ que de s'attaquer aux prêtres. Emancipez le synode^ émancipez le sénat! Mais cet état dans l'état est aujourd'hui dans le schislne^ qui ne reconnaît ni les chefs ecclésiastiques ni le pouvoir temporel. Ici encore nous attendons tout de la presse et nous appelons ses foudres sur l'aberration dans laquelle sont engagés nos Bcukolniks. Pierre leur a appris Le chemin de l'étranger^ et TÂutriche ne savait ce qu'elle faisait en les protégeant. Ainsi^ en 1843^ ce fut sur les instances des Jésuites que le gouvernement autrichien ferma le couvent des Philippons en Galicie; en 1848 1 ils reparurent; et l'Empereur Nicolas fut

fort mécontent de Medem^ qui* n'arriva pas à faire.

t48 SlaYopbUe«,^j|b vî^ux-^aroyant»,

hasmiXrKév^m rud»0^, Le .prince M^Uetmoh tm- Qorda ;à ijm autre .clîploiimte rusae de qWU atiiit 9^coi?cl4 apx Jâ^iûtçB, .qui ay^aiwt erami que lee Gareos-Unifi ne devinssent 4efi GrécorRi^sâos. et le ohioioine qui 4Hge le^ euHes étrangers en Âutriehe fit livrer» à iaiBAïaaie rëvéque Fbilippon. , .

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Aux correspondants.

En rlemaréiâiiil; nos oorrespondantd deé commu-' nications q«^ ont bien voulu nouft £Bkire/noti0 kfi covjKron» de itè'fMas perdre courage dafa^ lé ^pro-» gràfl de la Buéâie. U suffit de potter les regardi» sur ee.qm se psMè akleura; Les vJlaiiiteB deM.â« Béaumont-VasBy sont 'de véntiièB publique».' Â Ber* lin- eist détenu 'dans les prisotis un> baron qi&n'^éiBê officier sqpét<ie«r^ Il a éommén^é pftr s^Appiiopriei' Tai^eût de la redoute des idbevâux, ee pour quoi il a été dégradé; mais le roi lui fit une peiiision de >^ 300 thalers» lià-deiBsus il annonça dancf les journaux qu'il v^oulait reconnail^e pour fils tout roturier qui -voudrait acquérir un nom noble. Un teinturier se présentait et il hfi demanda 5000 éet»; mais le marché ëe conclut pour 3000, dont k moitié

150 Aux correspondants.

fdt payée d^avance. Avec cet argent^ le Freiherr K** se logea à Charloitenbourg et y commit une série de vols. Ses victimes forent ses connaissances; mais il conserva dans ce métier la pudeUr de leur renvoyer les effets dont il n'avait que faire; tout en déguisant son écriture. Ainsi il r^s^tua une cassette à l'on, un portefeuille et le f^W du gouvernement à un autre de ses amis; nwB il eut Timprévoyance de cacheter ces derniers objets avec un jeton et de. les envielopper dans une pièce dp caleçon. La police; en faisant une perquisition donaiciliaire cbee lui^ trouva le jeton et le reste du caleçon. Conduit devant, le juge, il nia tont^ et fut d'abord déchargé, msûs le procureur du roi (Staats-Anwalt) intervint et il fut. condamné.

£n parlant de la cherté de la justice en Angleterre; un homme d'état russe nous dit : , Je crois que les prévarications qui se commettent cbee nous valent encore mieux.^ Nous ne sommes pas de cet avis. Il n'y a pas de ministre de Justice en

Aux correspondants. 151

Angleterre, mak il y a le chef lord de la justice qui siège dans les tribunaux, comme un nmple président, qui connaît les lois par cœur, leur lettre comme leur esprit; et les applique lui-même, sans crainte et sans reprocha Notre garde-des-sceaux, lui, ne garde pas un seul juge à sa place, mais croit que la fréquente mutation des juges vaut mieux que leur inamovibilité^ principe consacré par tous les pays civilisés.

Les rigueurs du climat russe sont sans doute

un grand obstacle au progrès et dont on ne tient pas assez de compte. Si la pluie dissipe les attroupements àParis; la gelée doit empêcher les réunions publiques à ât-Péteisbourg ou à Moscou. Le carnaval de ces villes ne ressemble pas à celui de Rome ou de Mayence. On nous a parlé d'un secrétaire de M. de Morny qui a eu le cerveau gelé à une chasse à Tours, et nous admettons que Tesprit travaille et que les intelligenced se développent mieux dans des climats tempérés. Le sol russe reste improductif pendant un hiver qui dure

152 Aux corre8pondai>t9<

huit mois , et la naTigation s'arrête pendant tout ce temps.

U suffit de voir le pefi de progrès que fait l'ÂUemi^tie pour prendre patience. L'apathie, y est à l'ordre du jour. H 7 a des villes oh I'ob répond à oeu^ qui veulent un train express, q^'it. fi^nt' prévenir la veille. Les télégraphes vou$ rappoiftent pour réponse que. l'adresse n'est pas-* asf^^. détail* lée^ et ne vous rendent pas l'argent. La poste peard ou détourne les lettises. On nepeirmetpas à l'étfanger d'acquérir des moyens d'existence* ' U faut qu'avant de s'établir, il dépose ipe sos^ne voulue -à> la mairie. On n'a pas appiris à faiice la soupe ou le^café^ et l'on n'apprendra jamais la ^i séparation des. pouvoirs (1). , . . : . ,

Béolsmez le droit, de défense dans les tribunaux^, le droit de réponse dans la presse^.èt alors, la h^ mière se fetia. . Les>acou8és sont souvent moins coupa-

(1) Deux frères se ressemblaient tant qu|(ui| n'a pu condamner aucun : l'un d'eux est mort et l'autre est tin des plus gr(^a financiers de Fran^ç.

Aux correspondants. 153 '

blés qu'on ne le croit^ et la bêtise humaine est encore le plus grand ennemi de Thomme. Quant à ceuxqu^on appelle des fous dans les circonstances ordinaire^^ on les appelle des hommes de génie dans des moments difficiles. Une hirondelle ne fait pas Tétë^ dit un proverbe allemand. Ne prenons donc psCis des faits isolés pour des faits généraux, mais rappeloii&«ou9 t<9ajours que l'IiumaDité souffre dans lAxi soûl iiomme'à quLo&'&it tort - '

Continuée-moi votre confiance y comme jei vous ciHiserve mon affection.

P. jiS.M. Aj;.Maj^kôrd!Ode88a, nqus éa*iteii daie du. 21 février une letti^ oti il nous appelle prolétaire littéraire. Il aurait été de mietllenrgoût de nous ' prouvée que le iparécfaal de la noblesse de (>h^rsou est un homme i d^esprit > '

Lettre d'un Européen à un Sïavophile.

Monsieiir, .

U serait bien temps de faire cesser c^ie discussion entre Slavophiles et Ëttropëens ou ce qu*on appelle ici le parti ancien russe et le parti nouveau ou allemand. Elle nuit si bien an progrès^ que Nicolas songeait sérieusement à élever un mur de Chine pour préserver la Russie du contact avec es idées européennes. Vous dites que Pierre let n'avait pas réfléchi que les Russes étaient si imitateurs qu'ils iraient même plus loin qu'il n'au* rait voulu. Mais les peuples jeunes/ comme les enfants ; sont tous enclins à l'imitation ; seulement; le malheur veut qu'ils imitent les mauvaises choses avant les bonnes et empruntent les défauts plus que les vertus. Jadis nous avons imité

Lettre d'un Européen à un SlaTophile. 156

les Tdtare»; eh bien! aimez-vous mieux le knout que le jury? Je Tai dit à une autre occasion: il n'y a qu'une seule civilisation^ la vraie, la bonne^ et la Chine finira par donner accès aux lumières, de l'Europe. On a imité chez nous TAll^nagne; cette Chine européenne^ plus que TÀngleterre, à la cour, à Tarmée, comme dans la bureaucratie. Vou^ dite'S que pendant la guerre d'Orient, par animosité pour l'ennemi, on avait parlé russe; mais que depuis la paix, on a remis le français en vogue. Le français est une langue poHe, mais la littérature russe a donc fait des progrès incontestables. Vous me dites que le Busse réunit en lui la vivacité française avec la profondeur de l'Allemand et l'esprit pratique de l'Anglais. Et moi qui suis resté russe, malgré vingt ans d'exil, je me permettrai de vous rappeler le mot de Voltaire et de Napoléon : ^Grattez le Busse et vous trouverez le Tatare. ^ Il est vrai qu'on a dit aussi :

Sachez, sachez que les Tatares • Ne sont barbares qu'à demi.

156 Lettre d'mi Européoii à «ti Slavophile;

Vous dites que vaos estimez f Anglm pou^ son piitrioti»iae qui e&cfait tout ce qiii^ est étratigen. Mais l'Anglais vimite aussi; le soldat aDglfiis, depuis la domière guerre ^ a adopté lia: moastaehe et s^ allongé les pans de son uniforme.' Toute inven^ ti04 est sÛJ^e d'être aceueilliei en Angleterre/' et la plupurt ; des inventionB anglaises sont d'angine» étrangère. , *

.,t.Le tout o'test.de savoir quoi imiter :: île eabi-^ mitjaoir.de Dresde ou 1& ckarte anglaîse? Il ne suffît ^as' d'imiter leb prôdaîta anglani^ -il fvoi lee faire anasi bons, et lorsque là -réputation de nos» fabriqués s^ra bien étaUie, le coûBoramâtewr' russe serii assez/ patriote pour aller au bon marché. QqiMid :no9 nobles dames imitent les lorettés"pa-i risiensKes». nouS' en sommes an dése^oir^ 'mais iorsqui^i 2io8: soldats adopteiit' de bonnes carabines^ nous les en applaudissons. L'éducation qu'on reçoit dans les corps de cadet est une éducatîoln cFuniformer comme vous l'appelez; n'est-ce pas parce que l'école polytechnique a été imitée ckez vous

Lettre d-iw Enroj^éea à un Slavopbitei 157

iMm*,9M aUures extétienres et non pat dans son esprit intérienr ?

.;> Vcy^ee ce <}ue devienneait tontee^ les réformes! On a parlé d'abolir les gmdeS; et Ton- a institaé mie Gommission pour cet objet, mais elle^a rappiorté que la mesure sefiiit intempestive ; on a alors promn au grade suirant tous les membres de cette commission et on Ta dissoute. Pierre le Grand, lui, avràit été pIuS' expéditif et* plus rtésolu. '

Lës' généraux russes ne craignent pas la pou* drq,fmai€| né Tout pai iurventéC; et on les meft à la tête des administrations' civiles les plus compliquées et les plus délicates. C'est qu'ils ont des éperons et le peuple russe a une selle sur le dos!

Comment voulez-vous que le paysan sorte de son état; tant qu'il est dangereux pour lui d'être riche; car s'il est riche et qu'il soit serf, son maître le mettra sans cesse en réquisition ; et s'il appartient à Tétat, les fonctionnaires publics s'arrêteront chez lui, ne se contenteront pas d'une tasse de thé; et ne partiront pas les mains vides.

158 Lettre d'un ilnropéen à un Slavophite.

L'Europe finit à la Vistuley et vous ne voudrieB pas qu'elle s'élargisse jusqu'à FOural? Vous craignes de vous laisser corromprOi et il 7 a une odeur d^ cadavre dans votre bel empire!

Voyez cette susceptibilité d'enfants pour tout ce que dit la pfésse> et persuadez-vous qu'il faut encore que les Busses grandissent pour égaler leurs atnés.

Le gouvernement a assez dierché à àe faire craindre» qu'il cherche donc à se faire aimer!

Nationaliser le gouvernement ^ eùropéiser^ le peuple; telle est notre devise.

Agents secrets.

La police secrète est en sens inverse de la publicité. Là où tout se publie, comme en Anglet^re ou aux Etats-Unis, la police secrète n'aurait qu'à recueillir des faits dépourvus d'intérêt, ^ussi n'y existe-t-il pas de police politique. Un réfugié allemand était .suivi par un policeman , dans les rues de Londres» Il se rend chez un magistrat et le prie de faire cesser cette poursuite. Le juge appelle le policeman et lui demande de quelle autorité il espionne ce monsieur? L'agent fait voir une instruction du^ ministre de Fintérieur, issue sur l'invitation de l'ambassade prussienne. — Tout cela ne me regarde pas, répond le magistrat, si vous ne laissez pas cet individu tout tranquille, je vous ferai placer sur le banc des accusés que voilà. — M. W** ne fiit plus inquiété.

Agents secrets.

La police secrète en Russie n'est une si grande ennemie de la presse que parce qu'elle sait qu'elle lui coupera ses vivres^ en servant la cause du bien et non du mal; à la face du ciel et non pas en cachette.

— Où donc pasdent les fonds secrets? demanda le Goiaiie' Soltykoflf, lorsqu'il était régent de l'empire, BOUS Alexandre 1er. Sur ses instances, on lui remit enfin une liste, et il fiit Bien étonné d'y trbnyer 8ed> pliis- prockea parents, comme Mme Miâtletf^ entr'aiitreé. C'étaient des pensions pluç qiië dès emplois, donc un détournekneiit dé fonds. / ,;Lés diplomates, dit-on, sont dés espions de guerre en temps de paiîi.* Mais malhieureusement leur mis&iôn ne se bok*ne pas à espionner Fènnenli avenir, ils doivent rapporter tout ce qiri concerne la sécurité de leur gouvernement 'et ils sont souvent dbargés de surveiller particulièrement tel ou tel autre de leurs compatriotes. Il est vrai de' dire que ceux qui se respectent, iréduistent^ ces faits divers à leur plus minime etstpressiôti; ou les

Aigents *seerets. 161

omietteut en entier. Dernièrement^ un ambassadeui: mBBe à. Londres proposa un projet d'oi^ganiser une police' poiir surveiller les ré&giés polonais et au* très* L'Empereur Alexaindre II lui répondit^ que oe. n'est pas popr cela qu'il Ta envoyé en Angle-i terrO; et rambassadeur donna sa démission.

n 7 a des gens qui ont la manie de vouloir pasB^ pour des agents: et d'autres qui ont celle d'en voir partoulb. Parmi ceux qui se dwinoMwt les ' gants à^èitre employés en mission secrète, nous nommeirons le chambellan B..*, jadis résidant à Francfort, et le Comte Q-., , à New- York. Parmi les derniers^ celui qui s'est acquis une réputatioA universelle est M. Urqubardt^ à Londres. A force de voir des agents dans ceux qui ne le sont pas, on ne reconnaît plus les mouchards dans ceux qui le sont réellement.

On dit bien que les murs ont des oreiUes,

Mais où.?.-*- Dans les cafés de Pétersbourg. Voici

un fait à I l'appui. Des jeunes gens estaient réunis:

ao caft D..., k la Perspective de Newsky. L'un

162 Agents secretà.

d'eux ' dit qn^l a la Cloche dans sa poche> et qu'il va' en donner lecture; mais ses amis Tën difiNEU*adent; loràque un individu inriste^ et le plaisant sort de sa poche non le journal russe de Londresy mais un ancien récit de Polëwoi^ ayant le même titre. La mystification de Tagent est grande, mais le châtiment ne se fait pas attendre; tuyaux de pipes ; queues de billard tombent sur son dcMs^ à coups redoublés, et il n'a que le temps de s'enftiir. — Présentez-moi la liste de ceux qui reçoivent la Cloche, dit le gouverneur général de la Nou* velle-Russie au «maître de police d'Odessa, et vous aurez une récompense. Le chef de la police présenta les noms des plus hauts fonctionnaires faisant par^ tie de Tentourage immédiat du Comte Strogonoff, et l'affaire en resta là.

' Les Anglais respectent et aiment leurs agents au Caucase, comme ailleurs; mais ils jettent la boue à ceux que la Russie voudrait employer aux Indes ou dans l'Afghanistan. ^Ag^it^ n'est pas un mot offensif dans le dictionnaire de la loi an-

Ag-ents secrets. 163

glaise^ mais espion l'est. Il faudrait cependant faire une exception pour l'espion de guerre, qui expose sa vie pour sauver une armée, ou lui procurer la

victoire.

On abolira sans doute bientôt l'obligation qu'a tout prêtre russe de rapporter à la police toute conspiration qu'il apprend, souâ lô*sCeatr de la'confessiôn, et< les noms 'de éeusc qui ne vont ^as ii confesse. ••.•'• ■ ••• . :•• -.

La Russie' dépense pour «ia polîeë èecrfete 1B Paris plus qu'à Bétersbourg, et les agents françatii qui cumulent les emplois me cmgnent pa& âe sôr-' VÎT deux maîtres. Quaht à cette tactique de faille passer des proscrits pour des espions, elle ne' réussit qu'avec des nigauds et 'n'est 'pratiqu<ëd que par les mouchards eux-mêmes^

La Censure.

Npu» M aamons reye^ «asez mt o^ sujet ^ ni miWK termiiï^r ;ca travail » qu'yen reparlant de If^ presse. Le plus grand ennemi de la race bmnatney «voQi^o^s dit; '^t la bêtîae de. Thdlmaie. Donc, les pluS' ^askds bîen&iteurs de Fhtunajaité d^iraient êlcQ }«s propagatem^ des lumièreà; comme ses plus gr!ai>ds enwmi»* soiitlea' ennemis ides écolts. On a chasaér.l'luHQime dit paradis 'poisr avoir goûté du fruU de la tconnaissénce du bien, et du maU Messieurs les gouvemftKitS;i. en supprinfant le savoir^ nous rendraient-ils le paradis? Comme cela n'est pas dans leur pouvoir, la vie sans lumières serait Fenfer avant la mort, vu que vivre c'est penser.

L Autriche a la liberté de la presse, et les conservateui^s eux-mêmes y font de l'opposition natio-

La C«nisiire.l l^i

naley û'est-èHiire 'déftpident * leurs natians oontre la* fiMéfalion, -mnë eatcher 4è«' critiAtoB -da gwvèrâefm&ni. Poiu^uoi donc aetfc6'ptu»UaiaiMi;é i^cii trem-' blé devant un papier imprimé'? ' A ia co&clusiozï' de la paiîs: de:,Paris, 4a CNxi^h Xrxime)i3teSt'P'&erB-^ bourg publia un supplément extraordinaire qu'elle fit <fis1aribuer à. domicile. Oe n'était qu'une traduc^' lion d'une nouvelle apportée par Vlndépenda^iGê^ belge. Et pourtant la consternation de l'autorité f«t> à Ëon comble^ de raûtorité qui voulait inaugurer le règne de la libeHé I II filait avoir le' couragede ses actes^ au Heu de faire des désagréméhts au iré^^ dacteur qui n'y pouvait... mais. On voudrait, mais où crBStit(ikAotehetzaikol^a) estl'es:prés8ion de tout ce qui se fbit aujourd'hui dans les sphères officielles' de la Rtissie. Le crbirait-ôn? il £a,ut être général pour obtenir un livre défendu^ tel que le secondi voluùié de l'Histoire d'Ahgleterre par Macaulay !

On a créé à Téti^anger des agents pour réfoter les articles contraires à la Russie. M. Jacques Tolst'oy a occupé c^ poste à Piuns; mais au lieu

166 La Censura.

dWoir .un journal à iluî, oe:^^ les fonds qu'il .recevait kii: auraîaiijti '• p^m»è , il mendiait . Viusertioii de ses \aarticleft i dans des journauK légitimités. Le 8at(m lui teTÈà9. l'acoès de la Quoûidtenne: et /2a. Mér publique celui de. FUimn. La gyep'e d'Oi:ient liç fit passer, à BruiSielles^ oji il ne participa p«3 i Ja^ création du Nord, et on dit qu'aujourd'hui il a perdu Teaprit On nous prie cependant d'ajouter quO; quoique plac^ sous les ordres de la police secrète; il n'a jamais fait de rapporte personnels. Le j^Tbréi.aadopté.un langage modéré et souvent digne^ mais on pious assure que si une subvention lui a 4té|faite; elle vient de lui être retirée..

On voudrait aujourd'hui paralyser la , propa-, gande de Ténugration russe *à Londres ^ et l'on ne voit pas que l'utopisme; dans lequel elle nage^ finira par lui ôter ses admirateurs. On* a reculé devaut l'idée de permettre la circulation de la, Cloch^f craôgnant d'augmenter le mal, .au lieu d'y remédier^ et y en cédant à la mapie de l'intiraidatioii, on a ffût soldat M. Mikiaehewsky, chez qui on a trouvé

La Censiure. 167

quelques numéros de ce journal dans la malle. Nous< 1^ disions dans la Jeune Buame : ^ Lorsqu'un militaire n'est pas habillé selon la forme, on le met aux arrêts, tandis qu'on envoie les gens en ^dl sans la moindre formalité.^ Ce n'est pas en Allemagne, cette pépinière de nos institutions, que nous recommandons cependant d'aller chercher de$ modèles de la procédure. Ainsi à Wiesbade, de crainte qu'un étranger ne s'en aille, on lui envoie, une sommation de comparaître devant le trilmnal) sans lui laisser un tome raisonnable pour 7 obéir ; tant pis pour lui, si elle le trouve absent^ ih est condamné par contumace, et lorsqu'il veut en appeler, on lui dit qu'il n'y a pas d'appel contre un arrêt par contumace. C'est là interpréter étrangement ce mot latin et 'confirmer la supposition que l'étranger a toujours tort contre le natif. Cependant, la censure, cette institution barbareest abolie dans toute l'Allemagne, et en Prusse, les livres défendus se vendent chez les libraires, mais sont saisis dans les bibliothèques de lecture.

168 La Cens are:

Le Prince Giortcshakoff, ministre des «flEsires étrangères^ est ie seul homme d'état rmse qbi soit pour Tabolition de la censure ; mais étranger aux affaires intérieures^ il ne peùi iUre triompher soin opiniom. En attendant; on a inatitaé un bureau pour là presse^ et comme on ne sanrait se passer de général , on y a mis deiix généraux : Adlerlyerg etTimacheff, et on y a ajouté Tadjoint du xmnistre de Tinstruction publique : Moukhi^noff; le couiân du grand faiseur de Varsovie. Tous trois n'ont jiftnais écrit une ligne et -ont pourimissiim de diriger la presse et de .sermonner les auteurs qui; à ce compte, feraient aussi bien de choisir un tout autre métier que 'celai d'écrivaina/

ParAUèle entre les deax souverains;

i. Séua rjkixpevefttr Nicolas, il y ayidt un t^won^ Efeinaiicfael, quon a aumommé le bourlreaa, pour avoir fustigé des cadets;, mais il ne «e mêlait p4a de tout. Sous Âlexands^ II,> il y at pluaieura faypr ris dont l'un dirait ce«.qu'un autre a &it , et dont lai sphère d'aatîon n'est pas» rliihitéespar leurs foiuî*' tiens. Soiis Nicolas , pn ai^vait à quoî.s'eprtpnir ; ^Orthodoxie, autocratie, nationalité^ étaient le^ trois mots introduits par Ouvarpff, quiexprimiâent; toutes les tendance» du t2ar. C'était un ennemi; juré de la liberté .et de la civilisation. Avec.: son. fils; le soleil luit, mais ne réchauffe pas; il n'y a pas de tyrannie, >maâs il n'y a pas encore de liberté et de légalité^ ,■ .

170 Parallèle entre les deux souTeraînfl.

Les empereurs ne connaisseDt pas le prix de l'argent. On propose à Nicolas de donner à un fonctionnaire une récompense de 2000 roubles, et il répond : «C'est trop, donnezJui mille ducats/ Or, mille ducats sont plus que dçuz. mill^, roubles.

On lui conseille d'organiser des tél^raphes militaires le long du Danube; il répond qu'on lui a dit que c'était trop cher. Or, ils coûtaient 400 roubles par y erste, et, pour une étendue de 100 verstes, auraient coûté: 40,000 roubles.

Son fils, apprenant que ]e cbangemoit des uniformes soulève les plaintes des o£Seiers, dit : «Je ne comprends pas comment un officier peut être à court de 800 roubles.^* Or, les appointements de ces messieurs) malgré tout ce qu'on a dit/ n'ont pas encore été augm^ités, et 800 roubles sont plus que les gages de dewt années de beaucoup d'en-

tr'eux.

Les Gourtisims cachaient la yérité à Nicolaa. Alexandre est encore le dernier à raj^readre.

Parallèle entre les deux souverains», 171

I Epmde son père, au lieu de réparer les torts qu41 a faitS; dans sa miséricorde impérialeyîXAomiQ. des trooççns d'amoistiç, des grâces roxigéep, des faveur» (mutilées. .

' La Pologne n'avait pas d'ennemi plus adiamâ que Nicolas. Modlin devait détruire Varsovie; Alexandre a vidé la citadelle de Varsovie» les persécutions ont cessé; les cefuvres de Mi^iei|Âcz sont permises, méins le quatrième volume*

Nicolas élevait bien ses enfants, son fils 'élèveles siens moins bien.

Nicolas avait une voix superbe; Alexandre commande moins bien, mais joue moins aux soldats.

On détestait Nicolas, on plaint Alexandre. Le

premier savait être affable en particulier, le second Test toujours.

L'un avait une énergie de fer, Tautre a un cœur excellent.

Nicolas protégeait les art«^ Alexandi:e,a Tîntention de protéger les lettres..

172 Parallèle entre les deux sonverains.

La Russie pliait sons Nicolas, Alexandre plie sous la Russie.

L*un ressemblait ' à im prince wdrtembergeoifi, l'autre est un prince prussien pur sang. Ni l'nh ni , Fantre ne Aont oo8aqnes<: Tua était cuiraisier et l'autre est hussard*

Les hxusards de la garde avaient un unifonae rouge, Alexandre leur a donné un uniforme blanc. Les généraux avaient des panÉaJbns blancs ,. on leur a donné des. pantalons rouges. Les lanciers ont p. ê. seuls gagné au change de leur tenue. ..

L'un avait pour ministres des commis, l'autre a des commis pour conseillers. L'un avait Paskiéwitch, l'autre a Gortchakoff. H faut dire qu'à Silistrie, Paskiéwitch disait qu'on ne pouTait rien faire contre tous, critiquait Gortchakoff, ne se mêlait de rien, et prétexta une coutusion pour s'en aller. Mais en Pologne, il se montra grand militaire. Pour relever la discipline, dès son entrée au commandement, il reprocha au général Toll de faire marcher les canons dans la boue et d'obliger ses

Parall^e entre les deux.aouveraipA. 173

aidea-de-camp 4e çhjercher une yoie plus praticable, li lui ordonna de rester à ses côté^^Jusqu'à ce quq le^ dernier scddat fiHt passé. An général A.^ff i) dît. : 9 Vous, êtes haut; mais je trouverai un arbre p]\i^ haut, pour vous pendre.^ Sa faiblesse était sa yanité, et dans un. ouvrage qu'il dicta au général Qucbakoff, il ne rougit pas de s'appeler le plus grand héros des tempd *anciens et modernes.

;; .L'armée a noblement fait «on devoir; lesmem^ brea. de la famille impériale^. disait le baron M**, n^ÇiXit pas pajé de, leur personne* QuVtron .dQnniâ aiux soldats? Des médailles. Aux princes on a donné des croix y maïs le général Ltlders, dont les mal* versatiops en Grimée ne sont un secret pour personne^est maintenu dans son commandement 1

Adlerberg; père et fils et Baranoffj telle est Ja raison sociale du nouveau régima Le ministi;e de la cour a trois fils; Tim s'appelle Nicolas, Pautite; Alexandre. Quant au troisième, il vient de quitter le service; après avoir épousé Mlle Knorring. C'est le moins intelligent des trois firères. Le comte Nicolas

174 Parallèle entre les deux souverains.

avait aussi quitté le service, à la fin du règne de TEmpereur Nicolas, parce que ce dernier ne voulait pias lui permettre de reconnaître son fils avec Mme Krudner^ la femme du ministre russe à Stockholm. Mais TEmpereur Alexandre sanctionnna ce fruit de l'adultère , et Adlerberg devint gouverneur à Simphéropoly puis envoyé militaire à Berlin. —

Comme c'est dommage^ disait le prince Charles de Prusse^ qu' Adlerberg ne sache riem. En e£Fet^ il n'a rien appris, et il priait dernièrement un officier russe de passage de lui apprendre combien Parméé prussienne a de fusils, afin qu'il puisse faire 8<yB rapport en conséquence.

Alexandre Adlerberg commande la chancellerie de campagne de l'Empereur, mais il joue aux cartes. et tient les cartes. Baranoff est lechefâeTétatmajôr de la garde, mais il va à la chasse avec l^Empèreur.

Fin.

Table des matières.

Dédicace . ^ . . &

Préface , . 7

Une justice tardive • . • • 11

Alexandre II . • ..;..... ,15

liCp Favoris. . . . . . . . ., . . ♦ . , ., .,. 1^

Joukovsky . . *, 24

Les Martyrs . . . , 27

La Presse ..,..• t. 31

Littérature S5

L'Émancipation 40

L'armée 43

Les Allemands-Russes 48

Police 52

La justice 56

Religion et Civilisation 61

Industrie. 66

Crimes 70

La Noblesse 76

La flotte 80

Politique extérieure. . . .■ 84

Quatre années de règne 88

Chaos M

Libéralisme et servilisme 99

Prévarications. ^ .......*. ' 104

-Anecdotes 110

Le comité central 119

Révolution d'en haut et révolution d'en bas . 123

Ombres et lumières ; ., : . . . 128

Révélations 134 V ^

Slavophiles et vieux-croyants . . . . . . . ": .= 144 Rj

Aux correspondants 1^

Lettre d'un Européen à un Slavophile ..... 194 ^

Agents secrets . ., ' . . 159 '^^

La censure ' ' 164 ^ ^"^

Parallèle entre les deux souverains . . . ' . . . . 169

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