‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 29 sur 67 · LE PAYSAN, L'OURS ET LA RENARDE · texte numérisé non relu

LE PAYSAN, L'OURS ET LA RENARDE

Un paysan et un ours étaient grands amis. Voilà qu'ils pensèrent à semer des navets ; ils en semèrent et firent un accord à savoir ce qui reviendrait à chacun. Le paysan dit: « A moi la racine, et à toi, Micha!, le dessus. » Leurs navets poussèrent; le paysan prit les racines et Micha le dessus. Micha vit qu’il était trompé et dit au paysan: « Frère, tu m'as floué! Quand nous sèmerons encore quelque chose, tu ne m'attraperas plus ainsi. » Un an se passe. Le paysan dit à l'ours: « Allons, Micha, semer du froment ! » — « Allons! » dit Micha. Et voilà qu'ils semèrent du froment. Le froment mürit et le paysan dit : « Que prendras-tu maintenant, Micha, la racine ou le dessus? » — « Non, frère, cette fois tu ne me floueras pas, donne-moi la racine et prends le dessus. Voilà qu'ils moissonnèrent le froment et partagèrent. Le paysan battit le froment, fit cuire du pain blanc, vint trouver Micha et lui dit: « Voilà, Micha, ce que c’est que le dessus ! » — « Paysan, dit l'ours, je

! Diminutif de Mikhaïlo, nom de l'ours.

suis furieux contre toi maintenant : je te mangerai ! » Le paysan s’en alla et se mit à pleurer. Voilà que la renarde passe et dit au paysan : « Pourquoi pleures-tu ? » — « Comment ne pas pleurer, comment ne pas m'affliger ? L’ours veut me manger. » — « Ne crains rien, mon oncle, il ne te mangera pas. » Et elle se cacha dans les buissons et ordonna au paysan de rester où il était. Elle sortit des buissons et demanda : « Paysan, n’y a-t-il pas ici de loups, ou d'ours? » Et l'ours s’approcha du paysan et dit: « Oïe! paysan, ne le dis pas, je ne te mangerai pas. » Le paysan dit à la renarde: « Il n’y en a pas ! » La renarde se mit à rire et dit: « Et qu'est-ce qui est couché auprès de la charrette ? » L’ours dit tout doucement au paysan: « Dis que c’est un billot. » — « Si c'était un billot, dit la renarde, il serait lié sur la charrette ! » et elle-même se sauva de nouveau dans les buissons. L’ours dit au paysan: « Lie-moi et place-moi dans la charrette. » Le paysan fit ainsi. Voilà que la renarde s'en revint de nouveau et demanda au paysan: « Paysan, n’as-tu pas ici de loups, ni d'ours?» — « Non, » dit le paysan. « Et qu'est-ce qui est couché dans la charrette? » — « Un billot. » — « Si c'était un billot, la hache y serait fichée. » Et l'ours dit au paysan : « Fiche en moi la hache. » Le paysan lui ficha la hache dans le dos et l'ours creva. Voilà que la renarde dit au paysan: « Que me donneras-tu, paysan, pour mon travail? » — Je te donnerai une couple de poules blanches, et toi, emporte-les sans regarder. Elle prit le sac que lui donna

le paysan et s’en alla; elle le porte, porte et pense : « Ça, voyons ! » elle regarda et vit deux chiens. Les chiens sautèrent du sac et coururent après elle...

Ce conte finit par un interrogatoire du mème genre que celui de la renarde pleureuse et des trocs de la renarde.

Les autres versions de ce conte expliquent mieux les motifs de la peur de l’ours. Le renard joue du cor et fait dire au paysan que c’est une chasse au loup et à l'ours. Dans une d'elles, c’est le loup qui remplace l'ours : nous avons expliqué déjà comme quoi ces deux animaux font double emploi.

Dans le conte suivant nos lecteurs reconnaîtront bien vite notre chat botté:

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