LES VIEUX BIENFAITS S'OUBLIENT
Un loup s'était pris au piège, mais ayant réussi à se dégager tant bien que mal, il cherchait à gagner un endroit écarté. Des chasseurs le virent et se mirent à le poursuivre. Le loup, fuyant, dut traverser la route, et en ce moment passe un paysan avec un sac et un fléau. Le loup s'adresse à lui: « Fais-moi cette grâce, petit paysan, cache-moi dans le sac, des chasseurs me poursuivent. » Le paysan y consentit et le cacha dans le sac qu'il referma et chargea sur ses épaules. Il va plus loin et se rencontre avec les chasseurs : « N'as-tu pas vu le loup, petit paysan ? » — « Non, je ne l'ai pas vu, répondit le paysan. Les chasseurs galopèrent plus loin et furent bientôt hors de vue. « Est-ce que mes malfaiteurs sont partis, demanda le loup? » — «Ils sont partis. » — « Eh bien! mets-moi en liberté, mainte-
En russe : le vieux pain-sel s'oublie. Le pain et le sel sont les symboles de l'hospitalité. Maintenant encore, quand de hauts personnages visitent une ville, on leur offre le pain et le sel en guise de bienvenue.
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AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 13 nant. » Le paysan délia le sac et lui rendit la liberté. Le loup dit : « Sais-tu bien, paysan, je te mangerai ! » — « Ah ! loup, loup ! de quel embarras je t'ai retiré et tu veux me manger ! » — « Les vieux bienfaits s'oublient, répondit le loup.» Le paysan voit que l'affaire tourne mai et dit au loup : « Si c’est ainsi, allons plus loin, et si le premier que nous rencontrerons dit, comme toi, que les vieux bienfaits s’oublient, alors il n’y aura rien à faire, tu me mangeras! » Ils allèrent plus loin. Is rencontrèrent une vieille jument. Le paysan lui adresse cette question : « Fais-nous ce plaisir, petite mère jument, juge entre nous : J'ai retiré le loup d'un grand embarras et il veut me manger ! » etillui raconta comment tout cela s'était passé. La jument pensa, pensa et dit : « J'ai vécu douze ans chez mon maitre, je lui ai donné douze poulains, j'ai travaillé pour lui de toutes mes forces et quand je suis devenue vieille et que je n'ai plus eu la force de travailler, il m'a prise et m'a jetée d'un endroit escarpé à la rivière; et j'ai grimpé, grimpé! j'ai eu bien de la peine à en sortir et maintenant je me traine où les yeux regardent (àl'aventure). Oui, les vieux
Quelle leçon cette jument donne à l’homme et que d'applications on pourrait faire de cet apologue ! « Vois-tu, c’est moi qui ai raison! » dit le loup. Le paysan s’attrista et se mit à prier le loup d'attendre une autre rencontre. Le loup y consentit encore. Ils rencontrèrent un vieux chien. Le paysan lui adressa la
même question. Le chien pensa, pensa et dit: « J'ai servi mon maître vingt ans, j'ai gardé sa maison et son bétail, et maintenant que j'ai vieilli et que j'ai cessé d'abovyer, il m'a chassé de sa cour et voilà que je me traîne où les yeux regardent. Oui, les vieux bienfaits s’oublient! » — « Eh bien! tu vois que c’est moi qui ai raison ! » Le paysan s’attrista plus que jamais et il pria le loup d'attendre une troisième rencontre, et après, « fais de moi ce que tu veux, si tu ne te souviens plus de mon bienfait. » A la troisième fois, ils rencontrèrent une renarde. Le paysan lui répéta sa question. La renarde se mit à discuter : « Mais comment est-il possible que le loup, cette grosse masse de chair, ait pu trouver place dans un si petit sac? » Et le loupet le paysan jurèrent que c'était la vérité vraie; mais la renarde ne voulut pas le croire et dit : « Eh bien! voyons petit paysan, montre-nous comment tu l'as fourré dans le sac! » Le paysan ouvrit le sac tout grand et le loup y fourra la tête. La renarde se mit à crier : « Mais est-ce seulement la tète que tu as cachée dans le sac ? » Le loup y entra tout à fait. « Eh bien, petit paysan, continua la renarde, montre-nous comment tu as lié le sac? » Le paysan le lia. « Eh bien! petit paysan, montre-nous comment tu as battu le blé aux champs? » Le paysan commença à battre le sac de son fléau. « Eh bien ! petit paysan, comment retournais-tu les gerbes? » — Le paysan retourna le sac et se remit à battre, puis il atteignit la renarde à la tête et la frappa à