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chez le tsar! Et quand au cagneux Michks, cela va sans dire : il a tellement mangé qu'il respire à peine ! La zibeline et la martre se mirent à prier la renarde ! « Petite commère, conduis-nous au tsar, ne fût-ce que pour regarder. » La renarde consentit et leur .ordonna de rassembler quarante quarantaines de zibelines et de martres. Elles les rassemblèrent; la renarde les conduisit au palais et fit hommage au tsar des quarante quarantaines de zibelines et de martres de la part de Cosme Vite-Enrichi. Le tsar ne peut assez s'étonner de la richesse de Cosme Vite-Enrichi ; il accepte le cadeau avec joie et ordonne de tuer tous ces animaux et d'enlever les peaux.
Le lendemain la renarde courut de nouveau chez le tsar et lui dit : « Votre Majesté Impériale ! Cosme Vite- Eorichi m'a ordonné de vous saluer profondément et de vous demander un jboisseau : il lui faut mesurer ses monnaies d'argent et tous ses boisseaux sont remplis d'or. » Le tsar, sans refus, donna à la renarde un boisseau. Elle accourut chez Cosme et lui ordonna de mesurer du sable dans le boisseau, pour en faire reluire les faces !. Quand le boisseau fut reluisant, elle enfonça dans les jointures quelques petites pièces de monnaies et le rapporta au tsar. Elle arriva et lui demanda la main de sa belle tsarevna * pour Cosme Vite-Enrichi. Le tsar ne refuse pas et ordonne à Cosme de se préparer tout à fait
4 Pour montrer qu'on s’en était beaucoup ser vi. ? Fille du tsar.
et de venir se présenter. Cosme se mit en route vers le tsar et la renarde courut en avant et engagea des ouvriers pour scier les supports du pont. À peine Cosme fut-il arrivé sur le pont, que le pont tomba à l’eau avec lui. La renarde se mit à crier : « Hélas! Cosme Vite- Enrichi périt ! » Le tsar l’entendit et envoya aussitôt des gens retirer Cosme. Ils le retirèrent, le revêtirent d'habits de parade et le conduisirent au tsar. Il épousa la tsarevna et vécut chez le tsar une ou deux semaines, « Eh! bien, dit le tsar, allons maintenant, mon cher gendre, en visite chez toi. Il n’y avait rien à faire pour Cosme, il lui fallait bien se mettre en route. Ils attelèrent les chevaux et partirent. Et la renarde partit en avant. Elle courut, courut ct voilà des pâtres qui paissent un troupeau de brebis; elle leur demande : « Pâtres, pâtres! quel troupeau paissez-vous ? » Les pâtres répondent : « Le troupeau du tsar Zmioulane t. » La renarde se mit à leur faire la leçon : « Dites à tous que c’est le troupeau de Cosme Vite-Enrichi, et non du tsar Zmioulane ; car le tsar Feu et la tsaritsa ? Foudre arrivent ; si vous ne leur dites pas que c’est le troupeau de Cosme Vite-Enrichi, ils vous brüleront et vous flamberont tous, vous et vos brebis. » Les bergers voient que l'affaire est inévitable, qu’il faut obéir, et ils promettent de parler à tous de Cosme Vite-Enrichi, comme la renarde le leur ordonnait. Et la renarde alla plus loin ; elle voit
De zméia, serpent ou dragon.
Femme du tsar.
es ae ne. à
AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 55 des pâtres qui gardent les cochons et leur demande : « Pâtres, pâtres ! quel troupeau paissez-vous ? »—« Du tsar Zmioulane. » — « Dites que ce troupeau est de Cosme Vite-Enrichi, car le tsar Feu et la tsaritsa Foudre arrivent ; ils vous brüleront et vous flamberont tous, si vous prononcez le nom du tsar Zmioulane. » Les bergers consentirent. La renarde de nouveau courut en avant ; elle arrive au troupeau de vaches du tsar Zmioulane, ensuite à son troupeau de chevaux et ordonne aux pètres de dire que ces troupeaux sont à Cosme Vite- Enrichi et de ne pas parler du tsar Zmioulane. La renarde arrive ensuite au troupeau de chameaux: « Pâtres, patres ! quel troupeau paissez-vous ? » — « Du tsar Zmioulane. » La renarde leur défendit sévèrement de parler du tsar Zmioulane, et ordonna de dire que ce troupeau était à Cosme Vite-Enrichi ; autrement le tsar Feu et la tsaritsa Foudre brüleront et flamberont tout le troupeau ! La renarde courut de nouveau en avant, entra dans le royaume du tsar Zmioulane, et s’en fut tout droit dans le palais de pierre blanche. « Que dirastu, petite renarde? » — « Eh! bien, tsar Zmioulane, maintenant il faut vous cacher au plus vite. Arrive le redoutable tsar Feu, avec la tsaritsa Foudre ; ils brülent et flambent tout ! Ils ont brûlé tous tes troupeaux avec les pâtres : d’abord les brebis, puis les cochons, enfin les vaches et les chevaux. Je n'ai pas tardé, je suis accourue te le dire, et j'ai failli être étouffée par la fumée ! »
Le tsar Zmioulane s’attrista — s'afligea: « Ah! petite renarde, où donc me fourrerai-je? » — « Il y a dans ton jardin un vieux chène sacré !, dont tout l'intérieur est pourri; cours et cache-toi dans le creux, jusqu'à ce qu'ils soient passés. » Le tsar Zmioulane fut prèt en un moment et d'après ce qui avait été dit, comme si cela avait été écrit, il tit ce que la renarde lui avait enseigné.
Et Cosme Vite-Enrichi s’avance et s’avance avec sa femme et son beau-père. Ils arrivent jusqu’au troupeau de brebis. La jeune princesse demande : « Pastoureaux, pastoureaux! quel troupeau paissez-vous ? » — « De Cosme Vite-Enrichi, » répondent les pâtres. « Hé, mon cher gendre, tu as, en vérité, beaucoup de brebis! » Ils vont plus loin, ils arrivent au troupeau de cochons. « Pastoureaux, pastoureaux ! demande la jeune princesse, quel troupeau paissez-vous ? » — « De Cosme Vite-Enrichi. » — « Hé, mon cher gendre, tu as, en vérité, beaucoup de cochons. » [ls vont toujours plus loin et plus loin ; ici paît un troupeau de vaches ; là, de chevaux et là de chameaux. On demande aux pâtres : « Quel troupeau paissez-vous ? » Ils répondent invariablement : « De Cosme Vite-Enrichi. » Voilà qu'ils sont arrivés au palais du tsar ; la renarde les reçoit et les conduit dans le palais de pierre blanche. Le tsar entra
1 Le mot zapotiédnoi, que nous traduisons ici par sacré signifie
plutôt interzit. Il semblerait indiquer une coutume analogue au tabou des Océaniens,
AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 55 et admira comme la table était bien servie. Et de festiner, manger, boire et se réjouir ! Ils vivent ainsi un jour, ils vivent une semaine. « Ça, petit Cosme, dit la renarde, cesse de nocer, il faut agir. Va avec ton beaupère dans le jardin vert ; dans ce jardin s'élève un vieux chène et dans ce chène est assis le tsar Zmioulane — il s'est caché de vous. Tirez (à coups de fusil) l'arbre en petits morceaux! » Alors Cosme, d’après ce qui lui avait été dit, comme si ç'avait été écrit, s’en fut avec son beau-père dans le jardin vert et ils se mirent à tirer sur ce chêne et ils tuèrent le tsar Zmioulane à mort. Cosme Vite-Enrichi s'intronisa dans ce royaume et il se mit à vivre avec sa tsarevna et à jouir de la vie ; et maintenant encore ils vivent et madchent du pain‘. Ils régalaient tous les jours la renarde de poules et elle resta leur hôtesse, jusqu'à ce qu'elle eut exterminé toutes les poules.
Une des nombreuses variantes de ce conte renferme un passage d’une naïveté charmante, qui dépeint très bien l'embarras d’un pauvre paysan qui, n'ayant jamais rien vu, se trouve tout à coup revêtu de riches habits et transporté dans un milieu où tout le frappe de surprise :
«. [ls arrivèrent chez le tsar. La table était déjà mise. Boukhtane-Boukhtanovitch ne regarde nulle part
1 Cette expression, qui revient souvent dans la littérature populaire x ,* « n ns 3, A \ me S russe, peut être comparée à celle d'Homère : 87! 40ovt otrov dovres.
S6 LA RUSSIE DÉVOILÉE AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE, que sur lui — de sa vie il n'avait vu pareil habit! Le tsar cligna de l’œil à la renarde : « Renarde, qu'est-ce donc que Boukhtane-Boukhtanovitch ne regarde nulle part que sur lui? » — « Tsar, homme libre! I lui paraît honteux d’avoir sur soi un tel habit ; Boukhtane- Boukhtanovitch de sa vie n’a porté un habit si misérable, Tsar, homme libre, donne-lui l'habit que tu portes à Pâques. » — « Et elle dit à l'oreille à Boukhtane-Boukhtanovitch: « Ne regarde pas sur toi! » Boukhtane-Boukhtanovitch ne regarde de nouveau nulle part que sur une chaise : Là chaise était dorée! Le tsar dit à l'oreille à la renarde : « Renarde, qu'est-ce done que Boukhtane-Boukhtanovitch ne regarde nulle part que sur une chaise ? » — « Tsar, homme libre! c’est que chez eux *, ils ont beaucoup de chaises comme cela dans les bains! » Le tsar, khlop ! (vlan !)jette la chaise dehors ! La renarde dit à l'oreille à Boukhtane-Boukhtanovitch : « Ne regarde pas à la mème place ; regarde de ci et de là. « Mais alors on se mit à parler d'une bonne chose, des accordailles. En fin de compte, on célébra le mariage ; faut-il longtemps pour cela chez un tsar ? Ni bière à brasser, ni eau-de-vie à distiller, tout estprét..s.:»
1 C'est-à-dire libre de faire ce qu’il lui plaît, ® La renarde parle ici au pluriel en signe de respect.
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