LE CHAT, LE COQ ET LA RENARDE
Il y avait un vieux, qui avait un chat et un coq. Le vieux s’en fut au travail dans la forêt; le chat lui porta à manger et on laissa le coq pour garder la maison. En ce moment arriva la renarde :
« Koukourékou — coq, — à la crête d'or, — regarde à la fenêtre, — je te donnerai des pois. »
Ainsi chantait la renarde, assise sous la fenêtre. Le coq ouvrit la fenêtre, passa la tête et regarda qui chantait 1à. La renarde saisit le coq dans ses griffes et l'emmena en visite chez elle. Le coq criait: « La renarde m'emporte, elle emporte le coq, au delà des sombres forèts, dans les pays lointains, dans les terres étrangères, au delà des trois fois neuf terres, dans le trois dixième empire’. Kot Kotovitch ?, délivre-moi. » Le chat, dans les champs, entendit la voix du coq, se mit à la poursuite de la renarde, l’atteignit, lui arracha le coq et le rapporta à la maison. « Fais attention, Pierre coq ! lui dit le chat, ne regarde pas par la fenêtre; ne
! Expression consacrée pour désigner un pays très éloigné. 2 Matou, fils de matou.
et fie pas à la renarde ; elle te mangerait, et ne laisserait pas même tes os! »
Le vieux s’en fut de nouveau au travail dans la forêt et le chat lui porta à manger. Le vieillard, en sortant, ordonna au coq de garder la maison et de ne pas regarder par la fenêtre. Mais la renarde était aux aguets ; elle avait si grande envie de manger le coq! Elle s’approcha de la chaumière et chanta :
«a Koukourékou — coq, — à la crête d’or ! — Regarde à la fenêtre, — je te donnerai des pois, — je te donnerai des grains. » Le coq allait par la chaumière et se taisait. La renarde se mit de nouveau à chanter sa chanson et jeta des pois par la fenêtre. Le coq mangea les pois et dit: « Non, renarde, tu ne me tromperas pas ! Tu veux me manger, et tu ne laisseras pas même mes 05.» — « Ne dis pas cela, Pierre coq! est-ce que je voudrais te manger ? Je voudrais t'avoir chez moi comme hôte, te faire voir comment je vis, te montrer mon bien.» Et de nouveau elle se mit à chanter :
« Koukourékou — coq, — à la crête d'or ! à la tête huilée ! — Regarde à la fenêtre. — Je t'ai donné des pois, — je te donnerai aussi des grains. »
À peine le-coq eut-il mis la tête à la fenêtre que la renarde le saisit dans ses griffes. Le coq se mit à crier à pleine gorge : «a La renarde m'emporte, elle emporte le coq, au delà des forêts sombres, au-delà des sapinières épaisses, par les bords escarpés, par les hautes montagnes ; la renarde veut me manger et ne pas lais-