‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 37 sur 67 · LA · texte numérisé non relu

LA

AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 107 ser mes os! » Le chat, dans les champs, l’entendit, se mit à la poursuite, délivra le coq et le rapporta à la maison : « Ne t'avais-je pas dit de ne pas ouvrir la fenêtre, de ne pas regarder par la fenêtre; que la renarde te mangerait et ne laisserait pas mème tes os. Fais attention, obéis-moi! Demain, nous irons plus loin. »

Voilà que de nouveau le vieux va au travail, et le chat lui porte du pain. La renarde se glissa sous. la fenêtre

et se mit à chanter la même chanson; trois fois elle

chanta et le coq se taisait toujours. La renarde dit: « Qu'est-ce que cela veut dire ? est-ce que Pierre serait devenu muet ? » — « Non, renarde, tu ne me tromperas pas, je ne regarderai pas par la fenêtre ! » La renarde jeta par la fenêtre des pois et des grains de froment et de nouveau se mit à chanter :

« Koukourékou — coq, — à la crête d'or ! — à la tète huilée ! — Regarde à la fenêtre. — J'ai de grands salons. — Dans chaque coin, — il y a une mesure de froment. — Tu en mangeras à satiété ! »

Ensuite elle ajouta : « Si tu voyais, Pierre, combien de curiosités j'ai chez moi! mais montre-toi donc, Pierre ! ne crois pas à ce que dit le chat. Si j'avais voulu te manger, je t'aurais mangé depuis longtemps ; mais c'est que je t'aime, je veux te faire voir le monde, te mettre sur le chemin de Ia raison, t’'apprendre comme il faut vivre. Mais montre-toi donc, Pierre ; tiens ! je me retire jusqu’au coin de la maison. » Et la renarde se

103 LA RUSSIE DÉVOILÉE serra encore plus contre le mur. Le coq sauta sur le banc et regarda de loin; il aurait bien voulu savoir si la renarde était partie. Voilà qu'il passa la tête à la fenôtre ; la renarde le prit dans ses griffes et s'enfuit. Le coq chanta alors la même chanson; mais le chat ne l'entendit pas. La renarde emporta le coq et le mangea dans la sapinière ; seules, la queue et les plumes furent emportées par le vent. Le chat et le vieux revinrent à la maison et ne trouvèrent pas le coq. Ils s’afiligèrent, mais ne purent s'empêcher d’ajouter : « Voilà ce que c’est que de ne pas obéir. »

Les fins tragiques ne plaisent pas en général. Combien de lecteurs et de lectrices font la-moue au roman qui se termine par une Catastrophe : il en est de même beaucoup qui, avant dese décider à lire un livre, s’informent « si Ça finit bien. » Aussi, pour une version où le coq subit la peine de sa crédulité, il en est plusieurs où le chat entreprend une expédition pour le sauver, et au moyen de la ruse employée par la renarde et qu'il retourne contre elle, il lui enlève tous ses enfants et la tue elle-même; après quoi il délivre le coq, qui n'a pas été mangé, à l’instar des romans, où l’infâme ravisseur ne touche pas à l'héroïne, que l’auteur veut garder intacte jusqu’à l'heure de la délivrance. On le voit, les procédés littéraires ne varient guère d’un milieu à l’autre.

Le conte suivant est sur le mème thème que « le Coq et le Renard » de La Fontaine.

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