‹ La Russie dévoilée au moyen de sa littérature populaire; l'épopée animaleChapitre 40 sur 67 · LA RENARDE, LE LIÈVRE ET LE COQ · texte numérisé non relu

LA RENARDE, LE LIÈVRE ET LE COQ

Il y avait une renarde et un lièvre. La renarde avait une chaumière de glace, et le lièvre, d’écorce : vint le rouge (beau) printemps, la chaumière de la reuarde fondit et celle du lièvre resta comme devant. La renarde demanda au lièvre la permission d'entrer chez lui pour se réchauffer, et elle chassa le lièvre. Le lièvre va par le chemin et pleure; voilà qu'il rencontre des chiens : « Tiaf! tiaf! tiaf! pourquoi pleures-tu, petit lièvre? » Et le lièvre répondit : « Laissez-moi, chiens ! comment

! Décret.

ne pleurerais-je pas? J'avais une chaumière d’écoree et la renarde en avait une de glace; elle m'a prié de Ja laisser entrer, puis elle m'a chassé. » — « Ne pleure pas, petit lièvre, dirent les chiens, nous la chasserons. » — « Non, vous ne la chasserez pas! » — « Si, nous la chasserons! » [ls arrivèrent à la chaumière : « Tiaf! tiaf! tiaf! va t'en, renarde! » Et elle leur répond du haut du poêle! : « Attendez seulement que je saute, que je bondisse et vos morceaux voleront par les ruelles ! » Les chiens s’effrayèrent et s’en allèrent.

Le lièvre s’en va de nouveau et pleure. A sa rencontre s'avance l'ours: « Pourquoi pleures-tu, petit lièvre?» Et le lièvre répond : « Laisse-moi, ours ! comment ne pleurerais-je pas? J'avais une chaumière d’écorce et la renarde en avait une de glace; elle m'a prié de la laisser entrer, puis elle m'a chassé. » — « Ne pleure pas, petit lièvre, dit l'ours, je la chasserai! » « Non tu ne la chasseras pas : les chiens ont voulu la chasser et n’ont pas pu; toi non plus tu ne pourras pas. » — « Si, je la chasserai! » Ils s'en furent la chasser : « Va-t'en, renarde ! » Et elle, du haut du poèle: « Attendez seulement que je saute, que je bondisse, et vos morceaux voleront par les ruelles!» L'ours s’effraya et s'en alla.

Le lièvre s’en va de nouveau et pleure. A sa rencontre s'avance le bœuf : « Pourquoi pleures-tu, petit lièvre ?

1 Le poë!e de la chaumière russe est un four, au-dessus duquel aime à s'étendre le paysan, qui ne craint pas plus la chaleur que le froid et répète volontiers ce dieton : « La chaleur ne rompt pas les os. »

AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 115 Laisse-moi, bœuf! comment ne pleurerais-je pas? J'avais une chaumière d’écorce et la renarde en avait une de glace; elle m'a prié de la laisser entrer, puis elle m'a chassé.» — « Allons, je la chasserai. » — «Non, bœuf, tu ne la chasseras pas : les chiens ont voulu la chasser et n'ont pas pu, l'ours a voulu la chasser et n’a pas pu et toi non plus, tu ne pourras pas! » — « Si, je la chasserai! » — {ls s’approchèrent de la chaumière : « Va-t'en, renarde! » Et elle, du haut du poële : « Attendez seulement que je saute, que je bondisse, et vos morceaux voleront par les ruelles! » Le bœuf s’effraya et s’en alla,

Le lièvre s'en va de nouveau et pleure. A sa rencontre s'avance le coq avec sa faux : «Koukourékou ! pourquoi pleures-tu, petit lièvre?» — « Laisse-moi, coq? comment ne pleurerais-je pas? J'avais une chaumière d’écorce et la renarde en avait une de glace; elle m'a prié de la laisser entrer, puis elle m'a chassé. » — « Allons, je la chasserai, » — « Non, tu ne la chasseras pas ! Les chiens ont voulu la chasser et n’ont pas pu; l'ours a voulu la chasser et n’a pas pu ; le bœuf a voulu la chasser et n’a pas pu et toi non plus tu ne pourras pas! » — « Si, je la chasserai! » [ls arrivèrent à la chaumière : « Koukourékou! — Je porte la faux sur l'épaule. — Je veux trancher la renarde ! — Va-t'en renarde! » — Et elle, l’entendant, s’effraya et dit : « Tout de suite, je m'habille!» — Le coq de nouveau : « Koukourékou. — Je porte la faux sur l'épaule. — Je veux trancher la renarde. — Va-L'en renarde!» Etelle dit: — «Je passe ma pelisse. »

Et le coq, pour la troisième fois : « Koukourékou. — Je porte la faux sur l'épaule. — Je veux trancher la renarde. — Va-t'en, renarde ! » La renarde s'enfuit et le coq la sabra de sa faux. Et avec le lièvre ils se mirent à vivre heureusement et à amasser du bien.

Une version petite-russienne de ce conte porte encore plus haut la gloire du coq. Ce n’est pas cette fois le lièvre qu’il est appelé à secourir, mais bien le renard lui-même, chassé de son domicile par la chèvre. Cette version à pour titre :

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