LE CORBEAU ET LE CRABE
Le corbeau planait au-dessus de la mer, quand il en vit sortir un crabe: hap! et il l'emporta vers le bois pour en faire son régal, perché sur quelque branche. Le crabe, voyant qu'il allait périr, dit au corbeau : « Hé, corbeau, corbeau! j'ai connu ton père et ta mère, c'étaient de bien braves gens ! » — «Ouhou ! » répondit le corbeau, sans ouvrir le bec. — « Et tes frères et tes sœurs, je les ai connus aussi: quelles bonnes gens c'étaient! » — « Ouhou ! » — « Mais bien qu'ils fussent de bonnes gens, ils ne te valaient pas. Je pense que, dans tout l'univers, il n’y a pas un sage pareil à toi! » — « Ehé! » croassa le corbeau à plein bec et il laissa re-
tomber le crabe dans la mer.
C'est la solution vainement cherchée par La Motte. On sait que, traitant d'immorales certaines fables de La
AU MOYEN DE SA LITTÉRATURE POPULAIRE. 163 Fontaine où le vice triomphe, il s'était donné pour mission de les redresser, C'est ainsi qu'il avait imaginé d'empoisonner le fromage, pour que le renard fût chàtié de sa coquinerie. Mais cela ne faisait que déplacer la difficulté, vu que la vanité du corbeau se trouvait alors non punie, mais récompensée. La version russe concilie tout en faisant de la proie et du flatteur un seul et même objet. De la sorte, suivant l'expression russe : « Les loups sont rassasiés et les brebis restent sauves, »
La fable ci-dessous (petite-russienne), nous montre également une ruse employée par le faible pour échapper au fort. Elle est empruntée au répertoire de tartuferie de la renarde.