NESDAIIES ET MESSIEURS, PASSEZ
Décidément, non! cet homme-là n'avait pas compris le côté sérieux de la vie.
11 nous reste à compléter ce que nous avons déjà dit sur Rostoplchine auteur*; car il se piquait d'être homme de lettres, el, non content d'écrire pour présenter au public son apologie et pour plaider, comme ses intérêts lui semblaient Texiger, sa cause personnelle devant son souverain, il voulut soutenir sa réputation de bel-esprit, en composant de jolis riens, soit en vers, soit en prose, et toujours, bien entendu, en langue française.
Voici de lui un quatrain, que nous ne reproduisons pas pour l'élégance des tours ou la fmessc de sa
P 12, 13 et 14, 25 el 24, 6U-77, 407-187.
pointe, mais parce qu'il a*lrait à la personne de l'aiiteur et aux jugements dont elle a été l'objet.
Je suis né Tailare,
El je voulais être Romain ;
Les Français m'onl fait barbai*e,
Et les Russes Georges Dandin.
On attribue au poète de Jouy (dont le vrai nom, comme on sait, était Etienne), un autre quatrain, qui est, en quelque sorte, une réponse à celui-ci ; mais il ne nous parait pas digne du talent d*un écrivain à la jTois si spirituel et si fécond.
Quant au talent du comte Rostoptchine, il est surtout attesté par la pelite improvisation qu'on a publiée^ après sa mort, sous le titre de Mémoires écrits en dix minutes, et dont nous avons dit qu'elle était son chefd'œuvre comme écrivain. La comtesse Bobrinski* rayant un jour engagé à écrire ses mémoires et ayant paru attacher beaucoup d'importance à celle recommandation, il revint chez elle peu de temps après, portant à la main un petit rouleau de papier. A la question de la dame, curieuse de savoir ce qu'il avait là, il
* Belle-filIe de ce iils de Catherine II et du prince Orlof dont il esl fait mention dans l'Histoire intime, t. II, p. 428, note. Alexis Bobrinski fut créé comte en 1796. Il avait d'abord reçu le nom de Komanof; celui qu'il prit ensuite lui venait de la terre de Bobriki, dans le gouvernement de Toula , dont sa mère lui avait fait don. Mous parlons aussi, dans le même ouvrage (t. II, p. 69, note), du comte Bobrinski fils, qui sans doute était le mari de la dame en question et qui vit encore.
répondit que c'étaient les mémoires qu'elle lui avait ordonné de composer sur sa vie. Et il lui fit lecture de la piquante plaisanterie que nos lecteurs connaissent déjà par divers extraits. Rien n'est plus propre à faire juger de Texcentricité de Fauteur que cette brillante improvisation, dans laquelle il s'est peint avec vérité. Des quinze chapitres dont la pièce se compose et dont, à l'exception du dernier, aucun n'arrive à une longueur de dix lignes , le premier est intitulé Ma natsmnce et le second Mon éducation : on les a vus à la page 18.