La Russie Epique
Votre société a été la premiére des sociétés savantes de Russie qui m/’ait accueilli dans son sein: permettez-moi de lui dédier mon premier livre sur la littérature russe. Ce travail a pour base les précieuses collections de chansons populaires qui ont été publiées sous ses auspices; ce sont surtout vos savants travaux qui m’ont éclairé dans Vinterprétation des monuments de votre littérature nationale; c’est sur vos pas que j’ai pu pénétrer dans le royaume enchanté des légendes héroiques et des chansons épiques de la Russie. En vous consacrant ce livre, ot je n’ai eu d’autre prétention que de vous donner des lecteurs en Occident, je vous fais moins une dédicace qu’une restitution.
Nancy, 30 décembre 1875.
svees tn eat su
en ye
~<a oe
eee.
ae
nie >
ea
haved oh
| ate ' 43 ieee tae - ahs bh eee = he sey A wh heresuiont “ey a fi ins ga ‘a ii oo ae (inden vy an 2 vist door Bh bine:
ie
La poésie populaire des Russes, comme celle des autres peuples de notre race, se divise en deux grands courants. Au premier appartiennent les chansons dun caractére lyrique, telles que les koliadki ou chansons de Noél, les chansons de la nowvelle année, de v Epiphanie, de Paques, de la Saint-Georges, de la Saint-Jean, celles qui célébrent la mort de Vhiver, la naissance du printemps, le temps de la moisson et les autres vicissitudes de Vannée, les chansons de fiancailles et de mariage, les complaintes de funérailles. Au second courant appartiennent les chansons épiques, celles qui célébrent les héros, les anciens princes, les tsars de la Sainte Russie et les grands événements de Vhistowre nationale.
Celles de la premiere catégorie sont souvent plus anciennes que les plus vieux chants de la seconde. Hiles ont conserve plus fidélement le reflet des croyances paiennes, des religions primitives de la race; car les dénominations chrétiennes ne doivent pas nous faire illusion : si la poésie de certaines fétes agit si pussamment sur les ceurs et les imaginations, cest que leur solennité religieuse coincide avec les moments les plus solennels de Vannée, que vers le temps ov nous célébrons Noél, Paques, la Saint-Jean ow la Saint-Georges, nos ancéires dryens avaient a féter les renouvellements ou les crises de Vannée solavre, et qua Pemmire des croyances nouvelles vient sajouter la vive vm-
xX LA RUSSIE EPIQUE.
pression des phénoménes naturels et comme wun reste de Vancienne vénération qwils excitérent chez nos aieux.
Non-seulement le motif de ces chansons lyriques est plus ancien que celui des chansons épiques, mais leur musique méme remonte souvent a une prodigieuse antiquité : cest ce gui explique. comment aux extrémités du monde dryen elle se retrouve presque semblable a elle-inéme, et powrquor telle mélodie populaire de la Russie rappelle certaines de nos mélodies bretonnes.
Je ne moccuperai ici que des poésies épiques “). Comme on le verra, les chansons héroiques de la Russie se partagent en quatre groupes bien distincts : VEpopée légendaire, dont les héros se rattachent & la période des origines nationales, et ow élément historique est assez faible ; ?Epopée historique, dont tous les nersonnages principaux nous sont déja connus par les monuments positifs et gui forme convme une histoire légendaire, comme les fastes poétiques de la Russie, depuis les premiers temps jusqwa nos jours ; ’Epopée que j’ai appelée adventice, parce gu’aucun de ses héros west né sur le sol russe et quelle se compose de motifs empruntés plus ou moins directement aux épopées etrangeres et renouvelés plus ow moins profondément par le génie russe ; VEpopée petite-russienne qui sest développée dans une branche spéciale de la race russe et sous des influences historiques toutes particuliéres.
Dans les chansons du prenier groupe, on vretrouve la trace tres visible des anciens cultes de la Slavie. Leurs hévos semblent parfois des dieux humanisés et presque tou- Jours leur légende a un caractére mythologique tres prononce. Aussi, tout en recherchant quelle est la part de Pélément historique dans cette épopée, faut-il nécessaire-
(1) Sur les chansons lyriques, je ne puis que recommander le livre de M. Ralston, conservateur du Britisch Museum : The Songs of the Russian people. Londres, 4872. M. Ralston a aussi donné une bonne étude sur Jes contes russes, Russtan Folk- Tales, Londres, 1873.