LES ROMANOF
Si les bylines hésitent un’ moment, lorsquw’il s’agit de décerner la couronne de Russie, entre le jeune Michel et le prince Pojarski, ce n’est pas que les Romanof aient cessé d’étre aimés. Leur popularité date de la bonne tsarine Anastasie, de Nikita Romanof, le bon héros des bylines sur Ivan IV. On peut s’étonner de ce que les chansons du xvi’ siécle parlent si peu du grand patriarche Philaréte Romanof, auquel s’adressérent en somme, bien plus qu’a son fils, les suffrages des Etats-Généraux. II] n’est question de lui que dans une des bylines du manuscrit de Richard
James, intitulée ?Arrivée de Philaréte Nikitich et du boiar Chein & Moscow, aprés leur captivité en Pologne. Les autres chansons s’obstinent & ne connaitre que leur favori Nikita, celui des bylines sur le Terrible. C’est encore lui qu’elles mettent en scéne dans la période des troubles, en prétant & sa physionomie hérofque toutes sortes de traits fantastiques, empruntés aux bogatyrs d’un autre cycle. Comme Volga, Vseslaf ou Roman Dmitriévitch, il se transforme en hermine, puis en loup, et ravage l’arsenal et les écuries des Polonais au Kremlin. Il revient chez lui, reprend sa figure de bon compagnon, monte sur son cheval héroique, saisit sa massue d’acier, et répart pour la glorieuse Moscou, se battre avec les paiens de Lithuanie.
Nous assistons au grand conseil que le second des Ro-. manof, Alexis Mikhailovitch, tient en 1653 pour savoir si on déclarera la guerre a4 la Pologne. I] n’y est pas question de lui arracher la Petite-Russie, que Bogdan Khmelnicki offrait 4 cette époque au tsar de Moscou, mais simplement de reprendre Smolensk. Les délibérations des Etats sont reproduites & leur facon par les chanteurs populaires. Plusieurs des boiars se prononcent contre la guerre. Les raisons quwils donnent contre l’annexion de Smolensk sont assez bizarres : « Smolensk n’est pas de construction moscovite, elle est de construction lithuanienne; 4 Smolensk il n’y a pas de strélitz; dans la caisse de Smolensk on ne trouve pas un kopek, etc. » Mais le prince Miloslavski se léve et dit : « Smolensk n’est pas de construction lithuanienne, elle est de construction moscovite ; & Smolensk il y a quarante mille strélitz; dans la caisse de Smolensk, des richesses sans nombre. Nous tiendrons done pour Smolensk, nous lutterons pour Smolensk ». Ainsi fut résolue, suivant les chanteurs, la conquéte de la Russie Blanche. Le discours du prince plut au tsar qui le nomma voiévode de Smolensk. On sait que la premiére
femme d’Alexis, mére des tsars Feodor et Ivan et de la tsarévna Sophie, fut une Miloslavski.
Ces feuillets épars ne forment point une épopée : il ne s’était présenté aucun nom assez grand pour grouper autour de lui toutes ces bylines et leur donner une sorte @unité.