‹ La Russie EpiqueChapitre 49 sur 72 · LES FAVORIS D’ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LES FAVORIS D’ALEXANDRE

Revenons aux chansons villageoises. Aprés la délivrance du sol russe, elles s’attaquent 4 deux ministres d’Alexandre I*. L’un, Araktchéef, le promoteur de la réaction qui signala les derniéres années du régne, est flétri dans les chansons cosaques. Bien entendu, on ne lui reproche ni la Sainte-Alliance, ni les persécutions contre les

libéraux; ce qu’on lui reproche « 4 cette béte maudite,

a cette canaille, 4 Araktchéef le noble, » c’est d’avoir bu et mangé la solde des cosaques. Du fruit de ses déprédations, il s’est fait batir un palais de pierre blanche, ow il repose sur des coussins de duvet, regardant des poissons aux écailles d’argent et Ala téte d’or, qui frétillent dans Veau vive d’une source amenée dans son palais. Cette invective est jetée dans le moule poétique qui a deja servi sous Pierre le Grand contre le prince Menchikoff, et Karamychef, et Repnine, et Sagarine, les voiévodes infidéles d’Astrakhan, de Kazan, de Sibérie.

L’autre ministre , le libéral Spéranski, n’est pas mieux traité. Il est curieux de retrouver, dans une chanson qui semble populaire, l’écho des rancunes aristocratiques contre le parvenu :-

Le prince Spéranski — n’est pas de race noble; — il est fils de pope, — un grand coquin; — c’est une oie qui vole — sur la sainte Russie... A notre empereur — il veut enlever la couronne de Russie... mais on l’a envoyé en Sibérie — pour y lire son psautier.

La mort d’Alexandre, la douleur de l’impératrice-mére, si malheureuse déjé des cruels souvenirs de 1801, a inspiré assez bien les poétes de village :

Sa mere bien-aimée, — ne peut dormir dans la nuit sombre: — « Je monterai sur la tour, sur la tour, — qui est sur la grande route, —jeregarderai du coté, — ou vit mon Alexandre! » Mais un nuage de poussiere sur la route annonce larrivée d’un courrier: — « Ton fils, ton fils Alexandre — a fini ses jours & Taganrog. >

Moins originales sont les piéces qui portent ce titre: « Larmes de l’armée sur la mort d’Alexandre. » En changeant le nom, ce sont les mémes vers, les mémes larmes qui ont déja coulé sur le cercueil d’Ivan le Terrible, de Pierre le Grand, de Catherine II. Le rhapsode moderne

s’est assujetti servilement 4 la tradition, aux anciens modéles, et c’est encore 4 la cathédrale de Moscou qu’est exposé le cercueil de cyprés.

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