‹ La Russie EpiqueChapitre 50 sur 72 · LES GUERRES DE NICOLAS I · texte numérisé non relu

LES GUERRES DE NICOLAS I

Le régne de Nicolas ne prend pas vingt pages dans le recueil de M. Bezsonof. Les guerres contre les Turcs, la prise d’Erivan, la conquéte du Caucase, les exploits de Paskiévitch ont inspiré quelques chansons. L’insurrection de Pologne, la prise de Varchava (Varsovie) ou, comme disent les bylines, d’Archava, a groupé autour des noms de Diébitch et de Paskiévitch, une douzaine de chants, dont loriginalité consiste en une violente passion contre les Polonais :

Diébitch a laché ses cosaques, — dans votre glorieuse Pologne. — Ils ont tué, masacré — beaucoup d’entre vous, Polonais!

Le comte Paskiévitch, — ne fut pas longtemps 4 dormir. — Il organisait son armée, — la conduisait contre les Polonais. — Le Polak voit que cela va mal, il s’enfuit-dans les bois ombreux; — poursuivi par notre armée, — il se jette dans le feu, — il crie: « Faites quartier; — je suis maintenant tout a vous; — nous serons maintenant a votre service. »

La guerre de Crimée ne pouvait avoir un caractére aussi national que la guerre de 1812. On peut s’étonner cependant qu’elle n’ait donné aucune chanson populaire, a part une sorte de complainte religieuse sur l’expédition des Anglais dans la mer Blanche et les miracles qui s’accomplirent au couvent de Solovetsk. M. Bezsonof promet de faire des recherches sur certains recueils de chants

militaires qui se rapportent & Sébastopol, et qui se trouvent maintenant entre les mains de quelques particuliers. M. Kostylef, par exemple, en aurait recueilli un assez grand nombre.dans les camps. Mais si vingt années aprés Balaklava, aprés Malakof, aprés Inkermann, les chansons de Crimée ne retentissent pas dans la Russie entiére, si on est réduit & les rechercher dans des manuscrits et des bibliothéques particuliéres, il faut tirer une de ces deux conclusions: ou bien le peuple russe n’a pas été ému de la canonnade de Sébastopol, il ne s’est pas approprié, iln’a pas vécu Pépopée criméenne, — ou bien la poésie historique populaire aurait fait son temps en Russie comme dans tant d’autres pays.

Et en méme temps que la Société des amis de la littérature russe édite son dernier volume de bylines, la nation russe aurait chanté son dernier chant épique.

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