L’EPOPEE PERSANE ET FRANCAISE
lettre attestant qu’il est bien le meurtrier de Loukaper. On nest pas étonné de voir Saltane entrer en fureur ; pour venger son fils, il ordonne de pendre le héros désarmé, Bove est conduit & la potence : trente héros lescortent & droite et trente & gauche. Il les extermine et s’enfuit. On le reprend, on le condamne & mort une seconde fois; mais la fille du sultan, Meltchigria, s’éprend du héros et lui offre la liberté s’il veut l’épouser et renoncer & son baptéme. I] refuse, extermine une seconde fois les sicaires envoyés contre lui et réussit encore 4 s’échapper.
Le Vieux-Pélerin lui rend son cheval et son épée et lui fait don de trois breuvages merveilleux : l’un pour endormir son ennemi, lautre qui donne les apparences de la vieillesse, le troisiéme qui rend la jeunesse. Il poursuit son chemin, se transforme en vieillard et arrive 4 la cour de Marcobrun, ot se trouve alors sa chére Droujnévna. Il demande l’auméne « au nom du héros Bove Korolévitch. » Aprés mainte aventure, il parvient auprés de sa fiancée qui ne peut le reconnaitre sous ses rides, lui demande l’aumdne au nom du héros Bove Korolévitch, et, voyant couler ses larmes, se révéle a elle, reprend sa jeunesse et enléve Droujnévna. Marcobrun, averti trop tard, lance plusieurs armées a leur poursuite : Bove les détruit successivement, ayant chaque fois l’attention délicate de laisser en vie quelques guerriers pour porter la-nouvelle. Il lutte contre un émissaire plus redoutable, le centaure Polkane, puis il fait la paix et conclut avec lui un pacte de fraternité.
Malheureusement Bove, comme tous les bogatyrs, est sujet 4 sendormir d’un sommeil héroique qui dure tantdét trois jours, tantét neufjours. Pendant qu'il est tombé dans une de ces léthargies, un lion vient assaillir la princesse Droujnévna et les deux fils dont elle vient d’accoucher. Polkane fait bravement son devoir de frére d’armes : il tue le monstre, mais il meurt de ses blessures. Lui mort, Bove endormi, la princesse ne sait ot se réfugier. Elle
senfuit, dissimule sa beauté en buvant le breuvage qui donne les apparences de la vieillesse, et entre en service chez une pauvre femme : elle file pour nourrir ses enfants.
Bove s’est réveillé, il voit le cadavre de Polkane et celui du lion; il croit que sa femme est dévorée et, pleurant amérement, il s’en va & la cour de son oncle Simbalda. Celui-ci lui révéle le secret de la mort de son pére, assassiné par Vinfidéle Militrissa et par son complice Dadon. Bove, comme Hamlet, a son pére & venger: déguisé en vieux médecin, il pénétre auprés de Dadon et lui tranche la téte; cette téte sanglante il Venvoie 4 sa mére qui en meurt de saisissement, épargnant & son fils un parricide qualifié. Il s’avise alors de retourner a la cour de Saltane et de demander la main de la princesse musulmane qwil a @abord refusée. Au moment ot le mariage va s’accomplir, sa femme légitime reparait avec ses deux enfants. Reconnaissance generale et denouement heureux, — sauf pour la pauvre princesse musulmane.
Les innombrables épisodes dont le récit est surchargé ne sont pas dans la maniére russe, qui reste toujours beaucoup plus simple. Ils révélent une origine occidentale, un gout italien. Les personnages sont les mémes que dans les Reali di Francia. Bove Korolévitch, ¢’est Beuve d’Hanstone; sa mére Militrissa, c’est Brandoria, fille de Huon de Bordeaux ; son pere Gvidon, c’est Guidon, duc d’Ancone ; Dadon, ’amant de sa mére, c’est le duc de Maganza ; son oncle Simbalda, c’est Sinibaldo ; Marcobrun, c’est Macabruno, le roi de Pologne ; Loukaper, c’est Lucca Ferri.
Les conteurs, qui ont donné le cachet russe-A ce récit occidental, y ont ajouté un certain nombre de personnages et de détails qui sont tout a fait nationaux. Par les bylines, nous connaissons déja, la fille nove, la lourdeur du sommeil héroique, les exploits accomplis avec un egssieu de charrette ou tout autre instrument d’agriculture, les géants qui ont la téte comme un chaudron 4a biére et les