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Tesprit public. De même qu'elle laisse Vassili triompher au pont de la Volkhof de tout Novgorod, elle consent volontiers à ce que Sadko soit plus riche que tout .Novgorod.
Cependant Sadko s'est encore une fois remis en mer. Il a rassemblé sa droujina : car le marchand, comme le héros et le patricien, en a une à son service. D'ailleurs à Novgorod le marchand, le patricien, le héros, ne font souvent, comme à Venise ou à Florence, qu'un seul personnage. On commerce la lance à la main et l'on guerroie tout en aUant à ses affaires. Il équipe trente vaisseaux : à leur tête marche le Vaisseau-Faucon, monté par Sadko lui-même. Puisqu'il est le marin par excellence, pourquoi ne monterait-il pas le vaisseau par excellence'^ « le père des vaisseaux? »
Soudain une tempête formidable s'élève. Les navires aux flancs vermeils commencent à se disloquer. Sadko dit alors à ses compagnons: « Écoutez, ma brave droigina; depuis que nous naviguons sur la mer, nous n'avons jamais payé tribut au Roi de la mer. Il est évident que maintenant il nous réclame le tribut, le tribut sur la mer bleue. » On prend alors un tonneau plein d'argent, on le jette dans les flots : la tempête continue. On précipite un tonneau d'or : elle redouble. Évidemment ce n'est pas là ce que veut le Roi de la mer. Ce qu'il veut, c'est une tête vivante. Il faut tirer au sort pour savoir qui sera jeté dans les flots. La croyance à la nécessité d'apaiser par un sacrifice les divinités maritimes était universelle dans toutes les mers anciennes. Il n'y a pas bien longtemps que les marins de la Méditerranée ont cessé de s'en prendre, en cas de tempête, à quelque passager malencontreux. La légende de Jonas dans la Bible se rattache à cet ordre d'idées. Nous allons voir que c'est surtout la légende hellénique d'Arion qui se rapproche ici de celle de Sadko.
Chacun des navigateurs prend une baguette de pin :
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chacun y écrit son nom, on les jette à Teau : c'est la baguette de Sadko qui s'enfonce. Il demande qu'on recommence répreuve avec des baguettes de sapin : il est encore une fois condamné. Il- abuse un peu de sa situation de chef de la droujina, de frire aîné de la confrérie^ pour &ire recommence l'épreuve un nombre de fois indéfini avec du bois d'aulne, du bois de noyer, finalement avec du bois de cyprès, sous prétexte que c'est le bois vàridique par excellence, puisque sur lui le Christ a été (crucifié. C'est toigours sa baguette qui s'enfonce. Il ordonne à. ses compagnons de prendre des baguettes de fer, pendant qu'il en prendra une de bois. C'est le fer qui surnage, c'est le bois qui s'enfonce. Sadko voit qu'il n'échappera pas à sa destinée : il revôt une magnifique pelisse, prend dans une main l'image de saint Nicolas ou Mikoula, dans l'autre sa harpe^ et il se jette comme un autre Ârion dans les flots. Soudain le voilà dans le palais du Roi de la mer, en présence du terrible monarque.
Sur quelle mer se passe la scène? esi-ce sur l'Ilmenou la Baltique ? sur le Volga ? sur le Don ? on pourrait le supposer d'après l'épithète de poddonii donnée au Roi de la mer. Est-il le *méme que eelui qui s'est montré si large envers Sadko? On ne le sait. Du moins , ils n'ont pas l'air de se reconnaître. Peut-être y avait-il autant de Rois que de mers russes.
Le monarque a sa femme à -ses côtés. Il adresse la parole à Sadko : a Je t'ai fait venir pour que tu me dises lequel est le plus précieux en Russie de l'or ou de l'ader. Voilà de quoi nous disputons ma tsarine et moi. » — « C'est l'acier, répond héroïquement le marchand; sans or et sans argent il est encore possible de vivre ; sans fer, dans aucune condition, l'on ne peut vivre. » Suivant quelques variantes la réponse est encore plus nette : « C'Qst le fer, parce qu'avec le fer on peut acquérir l'or. » Le ^ ffotyr perce ici sous le négociant. Le mot de Sadko re-
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prodoit eéhii de Vladimir^ priiiee de Kief , à propos de fta Aroii:Ûî]ia et de bt Taisselle d^or <*>.
« Qu'aéra dens les maine? n oonUmie le Roi de la mer. < Dans la droite^ j'ai Ffmage de Mftiwtk le bienheureux, dans la ganohe une harpe de platane. » Quand il com* menée à ea jouer, le Roi de la mer se met à danser et à se démener, agitant les pans de sa pelisse. Mais alors une voix^ — tantôt celle de la tsarine de la mer, tantôt celle d'un kalik ou d'un vieillard inconnu, tantôt celle de saint Mikoula, *^ une voix se fait entendre à Sadko. <x Écoute, Sadko, le riche marchand! brise ta harpe de platane. U te semble que le tsar danse dans son palais, mais il danse sur les rivages escarpés de la mer. » Et en effet, pendant que le Roi se démène, les flots se soulèvent flirteosemient; les ondes se mêlent aveo le sable Jaune; maints vaisseaux aux flancs vermeils sont abîmés; mainte téta innocente périt ^^. La peuple orthodoxe s'est mis en prière et a im-> ploré Mikoula de Mojalsk : c'est lui qui est venu toucher Sadko à l'épaule. Dans une variante, le poète semble s'associer aux anathèmes de rÉglise contre « les danses et chansons diàbclliques ; » la poésie populaire se condamne eUe^môme. Le vieillard inconnu apparaît à l'ar vei^urier et lui dit : «c Cest asses jouer de la harpe de platane ; c^est assez perdre des âmes innocentes , par tes jeux diaboliques, par tes danses impures.... »
Sadko a brisé sa harpe, le tsar cesse de danser, la tempête s'apaise. Une fantaisie prend an Roi de la mer : il veut marier l'aventurier, bien que celui-ci ait laissé femme àNovgorod^ Demain il lai fera passer ses flUes en revue, et il sera tenu de faire son choix. Le même p^i9onnage qui
(I) Voir ci-de88u8 page 99. — A ce point da récit, dam quelques variantes, le Ilot de la mer eotipe la tête à sa tsarine pour la punir d'avoir soutenu qu'en Russie c'était Tor qui était plus précieux que le fer.
($) Voir H. de la VUlemarqué, Myrdhin o^ l'0nchani9ur Merlin, p. 111, Bar%at' Br0iM, I, SS6, sur la chanson « qui fait tressaillir la grande mer et trembler la terre • . Mérita d'vn coup de sifflet soulève un orage, MyrdMn, p. 199.
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a donné à Sdxlko le conseil de briser sa harpe , lui enseigne la manière de se tirer de cette épreuve. Qu'il arrête son choix sur la dernière de toutes, la moins belle, la plus noire. Quand il Taura choisie et qu'il sera avec elle dans le lit nuptial, qu'il se garde bien d'y toucher : il resterait jusqu'à la fin des temps dans le royaume de la mer. — Sadko se lève de grand matin : cent jeunes filles défilent devant lui; puis cent autres; puis cent encore. La dernière de toutes, c'est une noire : Sadko feint de vouloir l'épouser, mais le soir venu il se souvient de l'avis de saint Nicolas. Il s'endort à ses côtés. Quand il se réveille, il se retrouve à Novgorod. Ses compagnons, qui reviennent au port désplés de l'avoir perdu, l'aperçoivent sur la jetée qui vient audevant d'eux.
Cette descente de Sadko dans le royaume de la mer est un motif qui se rencontre dans un très grand nombre de contes russes <*>. Tantôt c'est un jeune paysan qui va chez le diable chercher une jeune fille à épouser; tantôt on y va pour rechercher une personne qu'on aime. L'épopée de Sadko a quelque chose d'incomplet : son voyage dans le royaume de la mer n'a aucun but. Mais à part qu'il n'a aucune Eurydice à en ramener, sa descente chez le tsar rappelle tout à fait la descente d'Orphée aux enfers : comme lui il s'y présente sous la protection de l'harmonie, une harpe à la main.
Dans une byline, recueillie par Hilferding W^ Sadko est devenu l'ami de Sviatogor : le Novgorodien conserve dans
(1) Par exemple dans M. Ralston, Ruttian FoUu-taUt : Lt roi des eanz et Vassilissa. — La parole hfttive, etc.
Voir aussi Loys Bnieyre, Contes populaires de la Grande Bretagne, Paris 1875* p. 71. Le Jeune roi d'Éasaîdh descend chez le Gruagacfa. Il Joue aux échecs avec lui : (Dans une variante des bylines, Kihéevski, V. 43^ Sadlco se précipite également dans la mer avec un jeu d'échecs). Le roi d'Éasaîdh choisit parmi les filles , non la plus laide et la plus noire, mais « cette fllle tondae & la poélu rude qui est derrière 1 a porte. > — Voir également chez M. Brueyre le conte du géant Mac-Mahon, p. 346.
(3) Bylinet de V Onega, p. 643.
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cette compagnie héroïque son rôle de marchand ; quand le géant doit se mettre en campagne, Sadko écrit dans le pays des Sarrasins, parce qu'en Russie il n'existe pas d'armure à la taille du titan : on lui envoie un casque sarrasin qui pèse 1600 livres.
Sadko , comme Vassili Bouslaévitch, malgré ses aventures fantastiques, a une certaine existence historique. Il fut un contemporain du fils de Bouslava et put se rencontrer avec lui dans les mêmes vdchés ou assemblées. Les chroniques novgorodiennes parlent d'un nommé Sadko ' qui en 1167 éleva une église aux saiwts inséparobles , Boris et Glèbe <*>. Bâtir des églises a été de tout temps une pieuse habitude chez les riches marchands russes : les byUnes signalent chez leur héros navigateur la même tendance. Elles lui font même honneur de l'érection de plusieurs des temples célèbres de Novgorod, suivant la coutume invariable des chansons épiques de toujours prêter aux riches. « Dieu, dit un de nos textes W, mit un désir dans son cœur rebelle : Sadko allait dans Novgorod : il fonda une éghse de Dieu au nom de Stéphane l'archidiacre (S. Etienne) : il fit dorer les croix, les tuiles du temple; il enrichit de pierreries les icônes, les incrusta de perles, couvrit d'or les portes royales. » Un peu plus loin on lui attribue, dans les mêmes termes, la fondation de la cathédrale de Sainte-Sophie, — qui certainement n'est pas de lui, et de Saint-Nicolas de Mojaïsk. Au fait, Sadko devait bien, une église à ce Mikoula, dont il avait emporté l'icône dans les palais du Roi de la mer et qui lui avait donné là tant de sages conseils ^\
(i) Voir la démoDStraiion dans Bezsonof, V. V, p. LVII-LXIU.
(9) Bezflonof, ibid, p. S9.
(3) Ilia de Mourom aussi devient, dans les rédactions évidemment les plus récentes un b&tisseur d'églises. Voir ci-dessus» page 68.
Ifi4 Lk ixonoL Ènçiam.