‹ La Russie épique; étude sur les chansons héroïques de la Russie, traduites ou analysée pour la première foisChapitre 43 sur 66 · LES IMPÉRATRICES &U XVIII*^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES IMPÉRATRICES &U XVIII*^ SIÈCLE

miliea de son armée^ vaillant jeune homme.» Il y a une quinzaine de chansons sur ce motif. Se flgure-t-on Frédéric II, rallié de Louis XV, Tami de Voltaire et de Maupertuis, le correspondant des encyclopédistes, devenu tout à coup un loup-garou, un endianteur des contes de Perrault ?

Dans d'autres chansons, la physionomie historique de Frédéric II est bien rendue. Il reste insaisissable comme le &acon qui vole cm le canard qui plonge; il est le roi eraéli qui a fait endurer aux pauvres soldats russes tant de soufii*ances et de privations, qui les a régalés de trois rudes boissons et par lequel on se figure toiypurs, même victorieux, avoir été vaincu. « Il nous a chassés, chassés, le roi de Prusse, chassés vers une autre terre, vers la frontière; il nous a torturés par la faim, non pas un an, m deUiX ans, mais quatre années ».

Ailleurs on rencontre une allusion très précise à cette bigarrure de Tarmée prussienne, composée en partie d'a*venturiers étrangers, de m^cenaires, même de prisonniers de guerre, d'éléments singulièrement disparates, auxquels une discipline de fer donnait seule figure d'armée : « Chez le roi cruel, — il y a des troupes étrangères qui ne sont pas siennes, — des troupes louées, faites prisonnières... ».

En revanche Frédéric nous apparaît, dans certaines bylines, plus découragé encore que son ennemi le pauvre soldat russe, pleurant sur sa capitale prise, sur son armée détruite. Ces chansons rustiques sont ici une curieuse paraphrase des fameuses lettres du roi de Prusse à Voltaire ou à Finkenstein, après Kttnersdorfl". Du haut d'une montagne, il contemple tristement sa ville tombée au pouvoir du tsar blanc : « J'ai mis à te bâtir, ma pauvre forteresse, trente-trois années; on t'a détruite en trws heures !» Combien de fois n'a-t-il pas pu croire, en effet, que la puissance prussienne, élevée non pas seulement en trente*

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trois ans, mais en deux siècles de longae patience, allait être renversée dans une seule journée ?

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