LES IMPÉRATRICES DU XVIII° SIÈCLE
par espmple dans un pamphlet de 1743 CO, un dialogue entre deux soldats russes, où Ton demande notamment à Elisabeth la destitution de Lasey et de Munich. C'est précisément ce Lascy qui, dans les bylines, est accusé de la grande trahison : il est le Ganelon du Roland cosaque :
c Nous allons chanter, enfants, une vieille chanson — une chanson que nous ne chantons jamais sans pleurer, celle du brave cavalier Krasnochtchokof, comment trépas lui advint.
« C'est d'an traître qtfune mort prématurée lui vint, c'est de Pierre Pétrof, lô fils de Lascy W. C'est lui qui écrivit, pour le trahir, à Tennemi, — & l'ennemi en terre suédoise — au général de Parmée ennemie :
c Pai voulu faire savoir à mon ennemi, que demain matin Krasnochtchokof se met en campagne, avec un faible détachement de cosaques. >
€ C'est de là que mort prompte lui advint, — par Pierre Pétrof, fib de Lascy >.
Si les bylines font mourir Krasnochtchokof en trahison, elles ne renoncent pas à le faire mourir d'autres façons. Les héros semblent posséder plusieurs vies à perdre héroïquement. Dans certaines chansons, il tombe au pouvoir du khan de Crimée, reçoit les mêmes oflBres, fait les mômes réponses que le prince Pojarski et souflfre le même martyre. Ailleurs, c'est de Prusse qu'il revient, blessé, mourant et se tenant à peine sur son cheval. Au premier coup d'oeil sa mère croit qu'il est ivre. Il la détrompe en ces termes : « Ah ! madame, ma mère chérie ! — non, je ne reviens pas du cabaret de la couronne, — non, je n'ai pas bu l'eau-de-yie du tsar, — c'est notre ennemi le roi de Prusse qui m'a régalé, — régalé de trois boissons diflTérentes : son premier vin, c'est le sabre tranchant, — le
(I) SoloTief, hiOTia Rouit, t. XXI, p. S7S. (9) Lessen, dans les byUnes.
second vin, le fusil qui lance la flamme^ — le troisième vin, la flèche d'aeier »,
Krasnochtchokof est âevenn si papitkûre, lK)ii-9eiilèmfiat siu* la terre dtt Don^ mais de TOural à Moscou^ d'Oï«abourg à ArkiMUogeliy qmt^ daoàs plt» d'une* des a»âeDM6 chansons on a gratté les noms des vieux héros pour leur stfbStituer celui rftt généraï cosâque.
La prise de Berlin par Krasnochtchokof (et ûotï plus, comme dans Thistoire, par Totleben, Tchernichef et Panine) est racontée avec maints détails épiqtfôs. La captïve, ce n'est plus Éerlin, c'est tantôt la fllïe du roi, tantôt sa femme, tantôt simplement îa Prussienne, qui est surprise en l'absence du Protiss ou du Proussak. Elle se laisse enlever assez facilement ' les princesse^ d'épopées oïit toujours un faible pour l'ennemi de leur père et de leur mari. Dans les contes, la fille du puissant magicien est toigours d'intelligence avec famant et emploie ses propres ruses magiques à confondre celles de son père. Comme le fait remarquer M. Bezsonof, c'est un procédé foncièrement épique que de représenter une ville sous la figure d'une femme ou d'une jeune tille : c'est ainsi que, dans la Cftanson d'Igor y Vseslaf aime comme une fiancée sa ville de Kief.
Berlin rappelle ici la fille du magicien dans les contes : Frédéric lui-même devient, dans les bylines, un redoutable sorcier, un enchanteur qui peut prendre toutes les formes, un insaisissable Prêtée- « Dis-moi, fille du roi, demande Krasnochtchokof, où s'est enfiii le roi de Prusse? — Je vous l'ai crié, et vous n'avez pas entendu ; j'ai agité mon mouchoir de soie, et vous n'avez pas vu. Il s'est posé sur la fenêtre, pigeon bleu-noir ; il s'est étendu sous la table, chat gris ; il s'est envolé de la chambre, brillant faucon ; il s'est abattu sur la fange noire, sombre corbeau ; il s'est jeté dans la mer bleue, blanc poisson ; il a nagé vers les îles, gris canard. » Le roi-sorcier reparaît ensuite «iau