ÉPOPÉES ÉGYPTIENNE ET ORIENTALE
maudit que je suis, j'ai coupé cette branche incréée de Tarbre fécond, j'ai détruit le rempart du royaume de Ninive et d'Aïzor, j'ai fait périr sans réflexion Akir le Sage. »
Quand le palefrenier entendit le roi se lamenter, il courut trouver Akir et lui dit : « Maintenant il çst temps de te montrer. »
Akir le Sage l'autorisa à révéler au roi la vérité. Sinographe, au comble de la joie, récompensa Angouboul et tomba aux pieds du^ sage, qui avait encore les jambes enchaînées et dont la barbe inculte tombait jusqu'à la ceinture. D le supplie comme Charlemagne supplie Ogier, ou Vladimir le héros de Mourom. Akir commence par congédier le messager terrible en lui déclarant qu'il se rend lui-môme auprès de Pharaon pour résoudre ses énigmes : il se donne au roi d'Egypte non pour Akir rendu à la lumière, mais pour le palefrenier Angouboul.
Ces énigmes , on les connaît déjà par la légende d'Ésope : ce sont les étalons de Kabylone qui hennissent et les cavales d'Egypte qui conçoivent de leur hennissement ; ce sont les architectes aériens que le sage fait enlever par des aigles afin de bâtir une cité entre ciel et terre. A ce dernier trait. Pharaon s'écrie: « Tu n'es pas le palefrenier Angouboul , tu es Akir le Sage. » Alors il lui paya le tribut qu'il devait maintenant à Sinographe, le chargea d'or et de pierreries. Le roi de Ninive n'en voulut rien prendre : il ne retint pour lui qu'une pierre précieuse qui brillait jour et nuit et qui n'avait pas de prix. Cette pierre à Téclat spontané reparaît souvent dans les contes russes.
Akir a retrouvé sa femme qui , vêtue d'une peau de chameau, gardait les troupeaux du méchant Anadam. Le fils ingrat lui est livré, comme Eunus à Ésope. Mais Akir est moins disposé à la clémence que le fabuliste. Il fait attacher le coupable à la porte de sa maison, et chacun des passants doit lui donner trois coups sur la tête. Anadam le supplie de pardonner; Akir lui répond par la parabole de
384 LA RUSSIB àPIQOB.
I^bre qtd s'est ftdt connaître par ses mauvais âmits et dont on ne doit pins rien attendre de bon.
L'empreinte russe sur cette vieille l^nde d'Orient » révèle à quelques détails évidemment chrétiens. Dans ses prescriptions à son fils adoptif , Akir lui recommande de fréquenter les églises; c'est par le diable qu'Anadam est perverti; enfin le conteur fait remarquer, à propos du chat fouetté par ordre d'Akir, qu'en ce temps là les Égyptiens étaient des idolâtres, ce qui donne à supposer -que les Assyriens de la légende sont de bons orthodoxes.
Quant au fond mythique, il est fecile à découvrir : Akir, c'est l'ancien soleil qui chaque jour est supplanté par le nouveau. Anadam n'est peut-être qu'une forme de l'Adonis syrien.