‹ La Russie épique; étude sur les chansons héroïques de la Russie, traduites ou analysée pour la première foisChapitre 53 sur 66 · ÉPOPÉES ÉOTPTIBNNB ET ORIENTALE · texte numérisé non relu

ÉPOPÉES ÉOTPTIBNNB ET ORIENTALE

lai parait digne de son bras héroïque. Il s^engage au service d'un grand seigneur du pays : deux fois il s'échappe en secret du château, la première pour exterminer 80,000 Turcs, la seconde pour en moissonner 100,000. Son maître, le voyant revenir couvert de sang, soupçonne que ce doit être un vaillant héros. Le roi d^Ârinar, reconnaissant des services rendus, fait chercher le bogatyr inconnu dans iout le pays, le retrouve, lui accorde la main de Cléopàtre et meurt en le désignant pour son successeur.

Cependant le sultan veut se venger. Il compte sur la complicité de cette beauté perfide, déjà funeste à tant de milliers de braves. Il rassemble une armée formidable ; il en confie le commandement à Tun de ses pachas et, précédant Parmée, il entre dans la capitale d^Ivan, déguisé en mendiant. En Pabsence du nouveau roi, il se glisse dans le palais et demande à Cléopàtre de lui montrer le bon glaive dont «son époux s'arme pour les combats. Elle lui montre ce glaive que douze hommes pouvaient à peine soutenir, et le faux mendiant l'emporte. Ivan, désolé de cette perte, reprend sa massue de fer et marche contre les Turcs. Après maint exploit, il est abattu et tué par le pacha. Le sultan s^empare de son royaume et Cléopàtre le reçoit avec beaucoup d^amabilité.

Le sacristain est averti aussitôt du sort de son fils par le sang qui apparaît dans l'écurie. Il selle le cheval héroïque, part et trouve le cadavre du roi. Le bon cheval lui dit : c Si tu veux rappeler ton fils à la vie, ouvre-moi le ventre, arrache mes entrailles et frotte Ivan de mon sang. Quand les corbeaux viendront pour me dévorer, il faut en saisir un et l'obliger à apporter Teau vivifiante. » Le sacristain suit ces conseils : Ivan ressuscite. Il dit à son père : c Retourne à la maison, moi je réglerai mon compte avec mon ennemi. > Ici le conte russe va suivre de très près le conte égyptien : Ivan rencontre en chemin un paysan et lui dit : c Je te veux tant de bieU) que je vais me changer en un cheval merveilleux avec une crinière d'or: tu le conduiras devant le palais du sultan. » Quand le sultan vit ce cheval, il l'acheta à haut prix et le fit mettre en son écurie. Dès ce moment il ne cessait d'aller l'y visiter. € Pourquoi, seigneur, lui dit Cléopàtre, vas-tu constamment' aux écuries ? — C'est que j'ai acheté un cheval merveilleux qui a une

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cri6ik« d'or. ^ Ce a*e^ pas «i eheVal^ c'est ivati le fils du ftaèrf^ toin, fais-le ineVé ^ Alors une ji^K^ noire courut avertir le cheval de oe qu'elle venait d'entendre; ce(uiH;i se contenta de dire : c Quand on me tuera, prends le sang de ma tète et jette-le aux bœufs du sultan. > La fille noire fit ce qu'Ivan lui avait reconunandé et, quand on lui coupa la tété, elle jeta son sang aux bœufs. Parmi eux apparut un taureau au pelage d'oré On en avertit le sultan qui ne pouvait se lasser de visiter son étable. Gléopàtre renouvela ses questions, puis elle dit : c Ce n^est pas un taureau au pelage d'or, c'est Ivan le fils du sacristain, fais-le tuer I > La fille noire courut à retable pour apprendre au taureau ce qui se passait : Ivan lui recommanda cette fois de prendre sa tête quand elle serait coupée et de l'enterrer dans le jardin du sultan. Elle obéit et le lendemain matin apparut dans le jardin un pommier qui portait des pommes d'or. On le dit au suHan, qui ne pochait plus se las* ser de visiter son jardin. Gléopàtre l'avertit encore : c Ce n'est pas un arbre aux pommes d'or, c'est le fils du sacristain ; fais couper le pommier. » On le coupa, mais- la fille noire avait reçu pour insia^ction de ramasser le premier copeau et de le jeter dans rétang du jardin. Alors on vit nager sur l'étang un magnifique canard. Le sultan ordonna de lui donner la chasse et lui-même se déshabilla pour nager ^rèslui. Le canard l'entraîna sur l'autre rive, sauta sur la berge et reprit sa forme d'Ivan, mais avec les habits du sultan (*). Alors il fit saisir le sultan et sa méchante femme et les fit brûler tous les deux. Puis il régna paisiblement, fit venir son père et sa mère auprès de lui, épousa la fille d'un prince et en eut beaucoup d'enfants.

Si Texplication mythique du conte égyptien se trouve dans les métamorphoses du dieu du soleil, il est assez piquant de voir Osiris devenir en Russie le fils d'un sacristain. C'est une page à ajouter à la piquante étude de Henri Heine, les Dieux en ewU.

(I) Voir f or ane semblable ^absUtaUon de petsonike dans Radlow, IV. p. 496.

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AKIR LE SAGE.

L'épopée assyrienne, les légendes de la Haute-Asie auraient pris corps également, si nous en croyons M. Bezsonof <*), dans Thistoire d'Akir le Sage, dont il existe des manuscrits russes très-anciens. Le maître d'Akir, c'est le roi Sennachérib, dont le nom est devenu Sinographe dans le conte russe. Si Ton veut relire la Vie d'I^sope^ par La Fontaine, d'après Planude, on verra que notre Akir ressemble beaucoup au sage Phrygien qui fut au service du roi de Babylone, Lycérus, et qui lui donnait la victoire dans les jeux d'esprit sur le pharaon Nectanébo. Les légendes d'Akir sont donc, sinon des traditions épiques de l'Assyrie, au moins des légendes très anciennes de l'Asie- Mineure et de la Haute-Asie, qui se sont transformées dans le conte russe (^) .

Le sage Akir ou Akour, nom qui serait peut-être une variante de celui d'Assur, était vice-roi pour Sinographe des provinces d'AUvit (Ninive) et à'Aïzor. U avait la confiance du roi, il était heureux, mais il n'avait pas de flls, Dieu lui envoya un songe, par lequel Akir vit qu'il devait adopter son neveu Anadam. Il lui enseigna la sagesse, lui donna toute sorte de bons conseils et le présenta au roi, qui le prit à son service. Anadam, poussé par le diable, paya son bienfaiteur de la plus noire ingratitude. Ce personnage répond donc à celui d'Eunus, flls adoptif d'Ésope, dans le récit de Planude. Il accusa Akir auprès de Sinographe d'aspirer à la royauté et de rassembler des

(1) K;|riée?8ki ,t. II, p. CCII et s^W. - Kostomarof, Pométniki, II, BB9.

(S) Yqir B. du M <ril sar rhistoire de la fable éf opique d^s Poésiei inédUet du

troupes dans ses provinces : en même temps il contrefit le sceau et la signature du roi dans une lettre envoyée à son père pour le sommer d'armer son contingent et de venir camper auprès de la capitale. A la vue de ces troupes, le roi ne douta plus de la trahison d'Akir : Anadam tendit un autre piège à celui-ci, en lui faisant tenir un ordre prétendu d'avoir à paraître devant le roi. Dès qu'il fut au palais, Sinographe le fit arrêter et ordonna de le faire périr. Mais Akir fléchit le palefrenier Angouboul chargé d'exécuter cet ordre en lui rappelant que son père n'avait pas exécuté un ordre de mort porté contre le père d' Angouboul. « J'ai dans mes prisons, ajoutart-il, douze hommes, dont l'un me ressemble : il est condamné à mort, et il a soif de la mort comme un ivrogne a soif de vin. Exécutele à ma place. » Ce sosie joue ici le rôle du vil Tatar dans les bylines sur Maria le Blanc-Cygne et du strélitz dans la byline du tsar qui veut tuer son fils.

On exécuta le prisonnier et tout le peuple, trompé par les apparences, pleura le trépas d'Akir le Sage. Quand Pharaon, roi d'Egypte, apprit sa mort, il jugea qu'il était temps de prendre sa revanche sur Sinographe dans cette lutte d'énigmes qui se poursuivait entre eux depuis longtemps et dans laquelle Akir avait toujours donné la victoire aux Assyriens. Il envoya aussitôt à la capitale de Sinographe un messager terrible ^ Eltiég, qui campa dans les champs assyriens et s'y conduisit comme en pays conquis. Puis il somma le roi de deviner les énigmes qu'il lui proposait; sinon il conquerrait le pays, ferait périr le souverain lui-même et réunirait Ninive à l'Egypte. Le roi assembla ses grands et leur proposa les énigmes : aucun d'eux ne put les deviner. Il fit venir Anadam et lui offrit la moitié de son royaume s'il le tirait d'embarras. Mais celui-ci répondit : « 0 roi, que dis-tu là? nos dieux mêmes ne savent pas ce que demande cet ambassadeur. » Alors Sinographe tomba dans un violent désespoir : « Hélas ,

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