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INTRODUCTION XXXIII

Jean Chrysostome, de saint Flavien, de saint Maxime le Confesseur, de saint Théodore le Studite.

Mais ce ne fut ni le parti franchement hérétique, ni le parti vraiment orthodoxe, qui fixa pour de longs siècles les destinées de l'Orient chrétien. Le rôle décisif dans cette histoire fut joué par un troisième parti qui, tout en occupant une place intermédiaire entre les deux autres, n'était pas cependant séparé d'eux par de simples nuances, mais avait une tendance tout à fait déterminée et poursuivait une politique profondément méditée. La grande majorité du haut clergé grec appartenait à ce parti que nous pouvons appeler semi-orthodoxe, ou plutôt or- Ihodoxe-anticatholique. Ces prêtres, soit par conviction théorique, soit par sentiment routinier, soit par attachement à la tradition commune, tenaient beaucoup au dogme orthodoxe. Ils n'avaient rien en principe contre l'unité de l'Eglise universelle, mais seulement à la condition que le centre de cette unité se trouvât chez eux ; et puisque de fait ce centre se trouvait ailleurs, ils aimaient mieux être grecs que chrétiens et acceptaient une Eglise divisée plutôt que l'Eglise unifiée par un pouvoir à leuryeux étranger et ennemi de leur nationalité. Gomme chrétiens ils ne pouvaient pas être césaropapistes en prins cipe, mais comme patriotes grecs avant tout, ils préféraient le césaropapisme byzantin à la papauté romaine. Leur

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grand malheur était que les autocrates grecs se signalaient pour la plupart comme hérétiques ou même comme hérésiarques; et ce qu'ils trouvaient encore plus insupportable, c'est que les rares moments où les empereurs prenaient l'orthodoxie sous leur protection étaient précisément les moments où l'Empire et la Papauté étaient en accord. Troubler cet accord, attacher les empereurs à l'orthodoxie tout en les détachant du catholicisme — ce fut là le but principal de la hiérarchie grecque. Dans ce but, elle était prête, malgré son orthodoxie sincère, à faire des sacrifices même en matière dogmatique.

L'hérésie formelle et logique répugnait à ces pieux personnages, mais ils n'y regardaient pas de près quand le divin Auguste voulait bien leur offrir le dogme orthodoxe un peu arrangé à sa façon. Ils aimaient mieux recevoir des mains d'un empereur grec une formule altérée ou inachevée que d'accepter la vérité pure et complète de la part d'un pape : Vhènoticon de Zenon remplaçait à leurs yeux avec avantage l'épitie dogmatique de saint Léon le Grand. Dans les six ou sept épisodes successifs que présente l'histoire des hérésies orientales, la ligne de conduite que suivait le parti pseudo-orthodoxe était toujours la même. Au commencement, quand Thérésie triomphante s'imposait avec violence, ces hommes sages ayant une aversion prononcée du martyre se soumettaient

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bien qu'à contre-cœur. Grâce à leur accession passive, les hérétiques pouvaient réunir des assemblées générales aussi ou même plus nombreuses que les vrais conciles œcuméniques. Mais après que le sang des confesseurs, la fidélité des couches populaires et l'autorité menaçante du pontife romain avaient forcé le pouvoir impérial à abandonner la cause de l'erreur, les hérétiques involontaires revenaient en masse à l'orthodoxie et, comme les ouvriers de la dernière heure, recevaient leur ample salaire. Les confesseurs héroïques survivaient rarement aux persécutions, et c'étaient les prudents qui jouissaient de la victoire de la vérité. Ils formaient la majorité dans les conciles orthodoxes comme ils l'avaient fait auparavant dans les conciliabules hérétiques. Et s'ils ne pouvaient pas refuser leur adhésion aux représentants du pape leur envoyant une formule exacte et définitive du dogme orthodoxe, si même au premier moment ils exprimaient cette adhésion avec un enthousiasme plus ou moins sincère, le triomphe manifeste de la papauté les faisait vite revenir à leur sentiment dominant, la haine jalouse contre le siège apostolique. Alors tous les efforts d'une volonté tenaceettoutes les inventions d'un esprit astucieux étaient employés pour contrebalancer le succès de la papauté, pour la priver de son influence légitime, pour lui opposer un pouvoir usurpé et factice. Le pape leur avait servi

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contre l'hérésie, mais celle-ci une fois vaincue ne pouvaiton pas se passer du pape ? Le patriarche de la nouvelle Rome ne pourrait-il pas supplanter celui de l'ancienne? Ainsi à chaque triomphe de l'orthodoxie, qui était toujours le triomphe de la papauté, succédait invariablement à Byzance une réaction anticatholique entraînant même les orthodoxes de bonne foi mais peu clairvoyants.

Cette réaction particulariste durait jusqu'à ce qu'une nouvelle hérésie plus ou moins impériale vint troubler les consciences orthodoxes et leur rappeler l'utilité d'un magistère vraiment ecclésiastique.

Quand, après 50 ans de domination dans l'empire d'Orient, l'arianisme officiel échoua dans ses tentatives d'envahir l'Église occidentale, et quand un espagnol, béni par les pontifes de Rome et de Milan, vint à Gonstantinople pour y restaurer l'orthodoxie, le rôle prépondérant que la papauté avait joué dans la grande lutte et dans le triomphe définitif du vrai dogme trinitaire ne manqua pas d'exciter la jalousie des sages hiérarques grecs, qui étaient semi-ariens sous Constance et Valens et qui devinrent tout à fait orthodoxes sous Théodose. Réunis (en 380) dans une assemblée qu'un grand saint de ce temps-là * a caractérisée par des paroles trop connues, ils

* Saint Grégoire le Théologien,

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