Il la possède en soi, dansl'acte premier (/mYabsolu
2. Il la possède pour soi en la manifestant ou en la produisant de soi-même dans l'acte second [action absolue). 3. Il la possède dans le retour à soi-même en retrouvant en elle, par l'acte troisième, l'unité parfaite de son être et de sa manifestation {jouis-
sance absolue), il ne peut pas en jouir Kans l'avoir nif^anifeslée et il ne peut pas la manifester sans l'avoir en soi. Ainsi ces trois actes, ces trois états ou ces trois rapports (ici ces termes coïncident), indissolublement liés entre eux, sont des expressions différentes mais égales de la Divinité tout entière. En manifestant sa substance intérieure ou en se reproduisant par Lui-même, Dieu n'a aucun intermédiaire et ne subit aucune action externe qui pourrait altérer sa reproduction ou la rendre incomplète : le produit est donc parfaitement égal au producteur en tout excepté ce rapport même que l'un est le producteur et l'autre le produit. Et, comme toute la Divinité est contenue dans sa reproduction, elle est contenue toute dans la jouissance qui en procède. Ne tenant à aucune condition extérieure, cette jouissance rie peut pas être un état accidentel inadéquat à l'être absolu de Dieu : elle est le résultat direct et complet de l'existence et de l'action divines. Dieu en tant que jouissant procède de Luimême en tant que producteur et produit. Et comme . je troisième terme (le Procédant) n'est déterminé que par les deux premiers, parfaitement égaux entre eux, il ne peut manquer de leur être égal en tout excepté ce rapport même qui fait qu'il procède d'eux et non vice versa.
Ces trois actes n'étant pas des parties séparées de la substance absolue ne peuvent pas être non plus des phases successives de l'existence divine.
ET l'église universelle 211
Si l'idée de partie suppose l'espace, l'idée de phase suppose le temps. En écartant ces deux formes de la nature créée, il faut affirmer que la substance absolue est contenue dans les trois modes de l'existence divine, non seulement sans division, mais aussi sans succession. Or, cela suppose dans l'unité absolue de la substance divine trois sujets relatifs ou trois hypostases. En effet, si les trois modes de l'existence absolue pouvaient être successifs^ alors un seul sujet suffirait, une seule hypostase pourrait se trouver successivement dans les trois rapports différents avec sa substance. Mais l'être absolu, ne pouvant pas chang-er dans le temps, n'est pas susceptible d'une évolution successive ; les trois modes constitutifs de son existence complète doivent être en Lui simultanés ou coéternels. D'un autre côté, il est évident qu'un seul et même sujet (hypostase) ne peut pas s'affirmer à la fois comme non-manifesté, comme manifesté et comme procédant par sa manifestation. Il est donc nécessaire d'admettre que chacun des modes de l'existence divine est toujours représenté par un sujet relatif distinct ; qu'il est éternellement hypostasié et que, par conséquent, il y a en Dieu trois hypostases coéternelles. Cette nécessité peut encore être présentée sous un autre point de vue. Puisque, dans le premier mode de son existence. Dieu, comme non-produit et nonmanifcsté (m.iis se reproduisant et se manifestant), est nécessairement un véritable sujet ou une hypos-
tase, etpiiisqiiele secondmode de l'existence divine (Dieu comme reproduit ou manifesté) est parfaitemont égal au premier en tout, excepté la différence spécifique de leur rapport mutuel, il est nécessaire que le premier, étant une hypostase, le second le soit aussi. Car la seule différence relative qui les distingue ne tient pas à la notion de l'hypostase mais à la notion de produire et d'être produit. Ainsi, si l'un est une hypostase produisante, l'autre est une hypostase produite. Le même raisonnement est absolument applicable au troisième mode de Texistence divine, qui procède des deux premiers, en tant que Dieu, par sa manifestation accomplie, rentre en soi dans la jouissance absolue de son être manifesté. En éloignant de ce dernier rapport l'idée du temps et l'image d'un processus successif, nous arrivons nécessairement à admettre une troisième hypostase coéternelle avec les deux autres et procédant de toutes les deux comme leur unité ou leur synthèse définitive, fermant le cercle de la vie divine. La jouissance en Dieu (Dieu comme jouissant) ne peut pas être inégale à son action et à sa réalité primordiale : si donc celles-ci sont des hypostases distinctes, celle-là le sera aussi.
La trinité des hypostases ou des sujets dans l'unité de la substance absolue est une vérité qui nous est donnée par la révélation divine et la doctrine infaillible de l'Eglise. Nous venons de voir que cette vérité s'impose à la raison etpeut être logique-
ET l'Église universelle 213
ment déduite dès qu'on admet que Dieu est dans le sens positif et complet de ce terme. La révélation divine ne nous a pas seulement appris qu'il y a trois hypostases en Dieu, mais elle les a encore désignées par des noms spécifiques ; et il ne nous faudra que compléter notre argument précédent pour montrer que ces noms ne sont pas arbitraires, mais qu'ils répondent parfaitement à l'idée trinitaire elle-même.