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LA RUSSIE SUR LE FLEUVE AMOUR

Nous empruntons à l'article publié dans la Revue des Deux Mondes, du i" février 1866, par M. de Mars, quelques renseignements de haut intérêt svu* les incidents les plus récents de l'extrême Orient.

Nous avons parlé, dans le chapitre m de notre seconde partie, des derniers traités de la Russie avec la Chine. La Revue résume l'histoire de ces négociations et fait ressortir l'habile conduite de l'amiral russe Poutiatine, se présentant à la fois comme allié aux Anglo-Français et comme médiateur aux Chinois. Sans tirer un coup de canon, le médiateur peu désintéressé devance les vainqueurs de Tien-Tsin, dans la conclusion d'un traité avec le Céleste Empire. Outre les concessions territoriales que Poutiatine extorque à Tien-Tsin, le général Mouravief \ qui négociait de son côté, à main armée, sur le fleuve Amour, obtient, quinze jours après, à Aïgoun, le droit de navigation sur tous les affluents de la rive droite (chinoise) du fleuve, c'est-àdire, en réalité, la domination sur tout le bassin de l'Amour.

La partie chinoise (septentrionale) de l'île Saghalien suit le sort du pays entre l'Oussouri et la mer, qui la sépare de la Chine, et devient russe avec lui.

Le général Ignatief joue, dans la seconde guerre anglo-française, le même rôle que l'amiral Poutiatine dans la première. 11 profite de la prise de Pékin par les alliés, pour obtenir de nouvelles concessions siu* l'Amour et, dans la Mandchourie, au delà de ce fleuve, la frontière de la Tumen, dépassant ainsi de beaucoup le cours de l'Oussouri vers le sud (1860). L'acquisition do ces nouvelles positions, bien plus importantes que l'embouchure

* Ne pas le confondre avec le bourreau de la Lithnanie.

même de l'Amour, permet à la Russie de fonder, en face de l'ile de Niphon, c'est-à-dire devant le cœur même du Japon, le port de Vladi-Vostok ( le Dominateur de l'Orient ), port ouvert à la navigation toute l'année. La Russie commande à présent, non plus seulement le bras de» mer qu'on appelle la Manche de Tatarie, mais la mer même du Japon. En cinq ans (de 1855 à 1860), la Russie s'était avancée de dix degrés ^ (250 lieues géographiques, l'étendue de la France), vers le sud.

C'était trop peu : voilà ce qu'on a fait ; maintenant, voici ce qu'on a essayé défaire. En 1862, la Russie a offert ses secours à l'empereur de la Chine contre les rebelles (les Taé-ping), à condition que la frontière russe avançât, à l'ouest, de l'Oussouri jusqu'au Soungari, le grand affluent méridional de l'Amour, absorbant ainsi la Mandchourie entière, et qu'au sud, elle se prolongeât jusqu'au Leao et au golfe de Leao-Ting; c'eût été la Russie installée dans la mer Jaune, dans la mer intérieure de la Chine, en face du golfe de Pe-Tche-Li, à quelques jours, quasi à quelques heures de vapeur de l'embouchure du Pey-Ho, la rivière de Pékin ; de plus, la grande presqu'île de Corée eût été tournée, séparée de la Chine comme l'avait été l'Ile Saghalien, et inévitablement russifiée : la Corée, but principal de l'ambition russe, position sans égale pour dominer à la fois la Chine et le Japon, vaste contrée habitée par des populations énergiques, actuellement tributaires "de la Chine, mais ni chinoises ni japonaises, et qui serviraient d'instruments actifs à la Russie contre la Chine et le Japon.

Autant aurait valu recevoir garnison russe dans Pékin. La Chine, cette fois, refusa ; mais on peut compter que la Russie n'abandonnera point SCS plans, et que ce n'est que partie remise.

Les révélations que nous fournit la Revue des Deux Mondes complètent les indications de notre chapitre ni, et dépassent de beaucoup nos conclusions, que le Nord avait essayé de combattre par une interminable homélie sur la modéralion et l'innocence delà Russie. 11 y était fort question des limites respectives des Orochtones, des Toungouses et des Mandjoures, et du rôle humanitaire des Cosaques, missionnaires de la civilisation, mais

* Du 5-2» au il" de latitude nord.

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