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DEUX RECENTES PUBLICATIONS MOSCOVITES

On nous communique l'analyse de deux publications qui ont paru récemment à Saint-Pétersbourg : i" Documents servant à éclairer l'histoire des provinces occidentales de la Russie et de leurs rapports avec la Russie et la Pologne ; 2° Des populations de la Russie occidentale, ouvrage publié par ordre exprès du tsar. Le but de ces deux ouvrages, dont l'apparition coïncide avec les mesures spoliatrices décrétées contre la propriété en Lituanie et en Ruthénie, est : 1° de justifier la réponse du prince Gortschakof aux protestations des gouvernements européens en 1865, à savoir : que la question entre la Russie et la Pologne est une question de famille entre Slaves ; 2° d'établir que les provinces occidentales sont bien russes et non polonaises.

Les auteurs éludent, au lieu de résoudre, les questions capitales qui concernent les rapports des populations des provinces occidentales, soit entre elles, soit avec les Polonais et les Moscovites, quant aux origines, quant aux caractères de civilisation et quant aux relations historiques ; ou, du moins, ils ne considèrent ce,s relations qu'à un point de vue, le seul qui puisse leur fournir quelque apparence d'arguments, le point de vue religieux, sous lequel ils essayent d'opposer ces populations, comme grecques orthodoxes, à l'Europe germano-latine. Ils ont cru très-habile d'emprunter à un historien polonais, Lelewel, une carte des

anciennes principautés russes, lithuaniennes et polonaises, afin de revendiquer pour la Russie moderne tout ce que Lelewel reconnaît avoir appartenu aux anciens Russes.

C'est toujours la même équivoque, cent fois réfutée, sur le sens multipla du nom de Russe. Renvoyons-les, ci-dessus, aux cinq Russies de M. Viquesnel, et rappelons que cette antique Russie du Dnieper, à laquelle imaginent de se rattacher les Moscovites, était, comme nous l'écrit fort justement M. Duchinski.une Normandie et non u)îe Moscovie. « Les Grecs appellent Rhoss « ceux que nous appelons Normands, écrit, au neuvième siècle, « Luitprand, évéque lombard de Crémone. » Et ailleurs : « Les « /î/ifl5s, que nous appelons autrement Normands. » Les Moscovites ou Grands-Russes ont bien moins le droit de réclamer ces vieux Russes Scandinaves et les pays de leur domination, que la Grande- Rretagne anglaise n'aurait le droit de revendiquer la Rretagne française, ou les Français d'usurper la Franconie allemande.

Il y a mieux à faire encore que de renvoyer les nouvelles publications officielles à un savant français ; c'est de laisser réfuter ces ouvrages de circonstance par la science moscovite elle-même. Un écrivain de grande autorité en Russie, M. Solovief, que les Russes appellent leur Augustin Thierry, et qui vient d'être chargé d'enseigner l'histoire à l'héritier du tsar, avait d'avance répondu pour nous. Dans son Histoire de Russie, ouvrage dont la valeur scientifique n'est contestée de personne, ce docte successeur de Karamsine reconnaît sans difficulté nombre de points plus que suffisants pour ruiner les théories officielles.

Pour prendre les choses par l'origine, ce nom de Russe appliqué à des peuples si divers, et en vertu duquel les Moscovites prétendent confisquer les Slaves du Dnieper, ce nom de Russe, leurs ancêtres les Souzdaliens ne le portaient môme pas avant l'invasion mongole. La Rouss, la Russie, n'étaitalorsque le pays slave et chrétien soumis aux Rurikovitches, et spécialement, dans le pays slave, la région de Kief. Au douzième siècle, la Souzdalie, aux trois quarts encore païenne, juive ou musulmane, n'était considérée que comme tributaire de la Rouss, ainsi que le constate Nestor. On voit, dans le tome II de Karamsine (années

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