‹ La Russie et l'EuropeChapitre 118 sur 119 · QUESTION DU DANUBE · texte numérisé non relu

QUESTION DU DANUBE

lion danubienne. Si la transaction se réalise entre l'Autriche et la Hongrie à des conditions dignes de celle-ci, et la Hongrie n'en acceptera pas d'autres, si le dualisme austro-hongrois se constitue en faisant, à l'intérieur des deux corps associés, la part des nationalités diverses, nous désirons qu'à ces deux corps s'en associe un troisième, aumoins par une étroite alliance défensive et par une étroite association d'intérêts : nous désirons que la Roumanie enlro dans ce groupe politique, comme une nation, comme un État, moins puissant, mais non pas moins autonome, ni moins assis dans son droit que chacun des deux autres. Et, s'il nous parait aussi désirable de voir la Roumanie entrer dans ce groupe qu'il est indispensable d'en faire sortir les provinces italiennes, c'est autant pour le salut de la Roumanie que pour l'affranchissement de Venise.

A plus forte raison, s'il arrivait, au contraire, que l'empire d'Autriche vint à se dissoudre au lieu de se transformer, et ([u'une rupture eût lieu entre l'Autriche allemande et la Hongrie, l'unique chance de salut serait-elle dans l'étroite association de toutes les populations non allemandes du Danube.

Depuis que nous avons écrit ce qui précède, un fait considérable a eu lieu en Allemagne. Le ministre prussien qui a foulé aux pieds, dans son pays, tout droit légal et toute liberté constitutionnelle, a fait brusquement appel au peuple allemand tout entier, et proposé la convocation d'un parlement élu au suffrage universel. Ce qui, selon la logique, eût dû être le couronnement de toute une série de progrès, s'est produit comme l'expédient violemment empirique d'un homme d'aventures.

Cette tentative audacieuse va-t-clle avorter sous la réprobation qu'excite son auteur, au dedans comme au dehors? Sera-t-elle, au contraire, le signal d'une transformation radicale de l'Allemagne? L'histoire n'est pas la logique, et les voies de la Providence sont obscures. Jusqu'ici, toutefois, les chances ne semblent pas en faveur de M. de Bismark. Quoiqu'il advienne, la

-426 KCLAIRCiSSEMEN'IS.

France doit, en Allemagne, comme partout, reconnaître le droit des peuples à disposer de leurs destinées, et, si elle est obligée d'intervenir, le seul rôle digne d'elle est l'intervention en faveur du droit populaire et contre la conquête.

Hors de l'Allemagne, un double but est à poursuivre, dont rien ne doit écarler la France: faire sortir les provinces italiennes des mains de l'Auliiche, pacifiquement s'il est possible; — empècber la Roumanie de tomber dans les mains de la Russie, en même temps que lui maintenir le droit, qu'elle a su reconquérir, de disposer d'elle-même.

La Roumanie vient de se donner ce prince étranger qu'elle réclamait : s'il accepte, la France ne nous semble pas avoir autre cbose à faire, quant à présent, que de le reconnaître et de le soutenir, et de tâcher d'arrêter la Turquie sur la pente où la pousse son dangereux voisin, qui excite à la fois la Porte Ottomane contre la Roumanie et les populations chrétiennes contre la Turquie.

Page 1