‹ La Russie et l'EuropeChapitre 4 sur 119 · DES RACES ET DES NATIONALITÉS · texte numérisé non relu

DES RACES ET DES NATIONALITÉS

Aussi haut que nous puissions remonter le cours des âges historiques, nous trouvons déjà l'humanité divisée en races, c'est-à-dire en groupes distingués héréditairement les uns des autres par des différences dans les caractères physiques, dans les tendances morales et intellectuelles, dans l'instrument du sentiment et de l'idée, le langage.

C'est là un fait dont il y a lieu de discuter la portée, mais un fait incontestable.

Pourquoi naît-on de telle race plutôt que de telle autre? Pourquoi les races, de même que les individus, sontelles diverses en aspirations comme en facultés ? C'est là, tout aussi bien que l'origine du genre humain,

un problème de métaphysique et de palingénésie sur lequel la philosophie, et non l'histoire, peut avoir des solutions à proposer. Ce qui est certain, c'est que l'idée toute naturelle de chercher, à travers les annales du genre humain, les conséquences du fait primordial que nous venons de signaler, n'a rien à faire avec le fatalisme ni avec le matérialisme; à moins qu'on ne prétende appeler fatalité ce point de départ qui, chez la race comme chez l'individu, ne peut être changé par la volonté humaine. Je suis ce queje suis et ne puis être un autre : voilà la mystérieuse nature des choses, la nécessité, si l'on veut; mais je puis bien ou mal user de ce queje suis ; je puis tirer ou ne point tirer le meilleur parti de moi-même : voilà la liberté, pour les individus comme pour les races, qui ne sont que des collections d'individus unis par des conformités dont le principe échappe à nos investigations.

Il n'y aurait fatalisme que si l'on niait au principe de perfectibilité et à la volonté humaine la puissance de modifier ou de tempérer les prédominances et les tendances héréditaires que constate l'étude des races.

Les races marquent la première phase de l'histoire universelle : les nationalités caractérisent la seconde.

Les races, prises dans le sens primitif et rigoureux du mot, sont surtout une question scientifique et philosophique: les nationalités sont, à l'époque où nous sommes, la plus grande des questions politiques.

La distinction entre la race et la nationalité consiste en ce que, depuis bien des siècles, les races se sont partout plus ou moins superposées ou combinées par les guerres, les alliances, les mélanges forcés ou volontaires, et que c'est précisément de ces combinaisons que sont sorties les

Page 1