RAGES ET NATIONALITÉ
nations. 11 n'est aujourd'hui aucune nation qui soit absolument de race pure. Pour nous citer en exemple, nonseulement au sang gaulois, élément fondamental de notre nationalité, s'est mêlé, à doses diverses, le sang ibérien, grec, latin et germanique; mais il n'est nullement certain que le peuple gaulois, le peuple qui parlait la langue celtique, avant de subir ces diverses infiltrations, n'ait pas déjà été plus ou moins lui-même un mélange de diverses branches de la famille aryenne ^
Les combinaisons de races qui forment les nations sont d'autant plus faciles et plus fécondes que les races sont plus voisines, comme ilest arrivé en Europe, où les descendants des Aryas ne se sont presque partout mêlés qu'entre eux, et où, du Cap Nord à la Sicile et du Dnieper à la mer d'Irlande, on peut dire qu'à peu d'exceptions près nous ne sommes que les branches d'une seule famille'.
La nationalité étant donc un fait plus complexe que la race, quels sont les caractères essentiels qui marquent les vraies nations et les distinguent des agrégations factices appelées États?
11 y en a plusieurs : la race, d'abord, puisque, si elle n*est pas tout chez une nation, elle y est beaucoup ccpen-
* Il est certain que les Vénètcs et très-probable que les Phrygiens se sont mêlés aux Celtes, et ce ne furent sans doute pas les seuls.
- Malgré le caractère exceptionnel de leur langue, nous répugnons à voir dans les Basques, ces descendants des Ibères, si voisins de nous au moral et au physique, autre chose qu'un rameau aryen, plus distant que les autres de la souche première. — En établissant que les combinaisons entre races voisines sont les plus faciles, nous ne nions pas la possibililé de celles entre races éloignées; ce qui serait rouvrir la porte à cette fatalité que nous repoussons des choses humaines; seulement, en ce cas, il faut que ce soit la race supérieure qui domine moralement dans le mélange; sinon, il se fera un mows/rtf politique. '
i LNTRODDCTION.
dant, et que la race, ou les races, donnenl le fond primitif, les innéités essentielles ; puis la langue, qui formule les sentiments et les idées; puis le territoire naturel, qui dessine et limite le théâtre matériel dévolu en propre à l'activité de la nation, et enfin et surtout l'idée, Tesprit, l'ensemble de tendances, de qualités, d'aspirations transmissibles, soit primordiales, soit acquises, qui constitue l'unité morale d'une société; la langue manifeste cette unité, quand elle appartient en propre à la nation, soit qu'elle sorte tout entière du fond de ses entrailles , comme font les langues mères, soit qu'elle imprime la forme originale du génie national à un vocabulaire emprunté ou mélangé, comme font les langues de seconde formation.
Ces conditions sont nécessaires pour accepter la langue comme principe radical de nationalité; car il importe de remarquer qu'il est des peuples qui ont quitté leur langue originaire pour recevoir une langue étrangère, sans accepter l'esprit de la race qui avait créé celte autre langue; la langue adventice ne devient point, dans ce cas, un vrai signe de nationalité; ainsi fut-il, dans l'antiquité, des Babyloniens cl des Phéniciens, ces fils de Cham qui adoptèrent une langue sémitique sans devenir de vrais Sémites; ainsi en est-il aujourd'hui des Moscovites ou Grands-Russes, qui ont reçu la langue slave, une langue aryenne et européenne, sans prendre l'esprit européen, et qui approprient cette langue à un tout autre génie.
On voit aussi, par contre, des groupes de populations frontières accepter Tesprit et le but d'activité de la nation, de langue différente, à laquelle ils se trouvent annexés, sans renoncer à leur propre langue; ©insi l'Alsace, de-
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venufi si bonne française tout en conservant l'usogc de la langue allemande^
On voit même des nations qui, tout en gardant leur langue et leur autonomie, ont acceplé l'esprit de grands peuples d'une tout autre origine, au milieu desquels elles se trouvaient enclavées. Tels, dans l'antiquité, les Sacas ou Scythes royaux, Aryas qui s'étaient faits Touraniens et Tartares*. Tels, en sens inverse, dans l'Europe moderne, les Hongrois, Touraniens de race et de langue, et si Européens de cœur^ Si l'on ne considérait que le fait matériel de la langue, on croirait les Hongrois Asiatiques et les Russes Européens, et l'on se tromperait aussi profondément d'un côté que de l'autre.
La phase des nationalités, où la libre volonté humaine joue un bien plus grand rôle que dans la phase primitive des races pures, sera définitive, si l'humanité doit continuer son progrès, en d'autres termes, s'il existe un plan providentiel des destinées humaines. Ceux qui combattent le principe de nationalité au nom de l'unité et de la fraternité humaines n'entendent bien ni ce qu'ils combattent ni ce qu'ils aflirment. Les nationalités ne se sont reconnues d'abord que par leurs différences; elles ne se sont démêlées qu'en se
' Un autre cas remarquable est celui où des groupes de langues dilféren- Ics se détachent des mères-patries pour former des nations mixtes, telle que la Suisse, composée de fragments français, allemands et italiens. C'est une œuvre pure de la volonté humaine et non de la nature.
^ Il est vrai qu'ils se rapprochèrent plus tard de leur origine en se grécisant à demi, comme on le voit par les tombeaux des princes scythes de la Tauride.
' Il est probable que, dans les luttes de l'avenir, un autre peuple touranien, les Finlandais, se rallieront aussi à la cause européenne. La langue madjare des Hongrois est plus ou moins mêlée de slave, mois le fond est louranien.
(5 INTUODIJCTION.
heurtant les unes contre les autres; c'est cette période d'antagonisme qui blesse le sentiment des humanitaires : ils ont raison ; elle doit finir.
Mais, si elle doit finir, ce n'est point par l'absorption des nationalités dans une masse informe et inorganique : c'est par leur coordination dans un ensemble harmonieux; les nationahtés doivent subsisler comme les notes diverses dans une symphonie, et non s'abîmer dans le bruit confus du chaos. La loi de l'humanité, comme de toute la création, est la variété dans l'unité.
Toute vraie nation donne sa note au concert, ou, pour parler sans métaphore, exerce sa fonction dans l'ensemble, et ne peut être supprimée par la violence sans que sa disparition ne jette le trouble dans tout le reste; si elle manque volontairement à sa fonction, à sa mission, si elle se dissout ou s'annule, elle peut être remplacée et le vide comblé par une nation nouvelle; mais il est très-important de remarquer qu'aucune nation chrétienne n'a encore disparu.
Jamais on n'aurait vu sur la terre rien de comparable à ce qui se produirait, le jour où les nations européennes, reconnaissant à quel point elles sont nécessaires les unes aux autres, renonceraient à leurs jalousies puériles, à leurs envahissements réciproques, à leurs rancunes surannées, pour organiser la fédération de l'Europe et reconstituer dans une savante ordonnance l'unité primordiale de la grande race dont elles descendent, en conservant l'indépendance et en assurant le libre développement de chacune des branches aryennes qui sont devenues les nations modernes. Quelle splendide variété, quel magnifique résumé du génie humain présenterait une société politique formée de la France,
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de l'Angleterre, de l'Allemagne, de Tllalie, de l'Espagne, de la Scandinavie, de la Pologne, de la Grèce et des nations du DanubeM
Nous sommes loin de ce jour de gloire ! Non-seulement la discorde règne toujours entre les nations européennes, mais cette discorde est fomentée et envenimée, avec un art profond, par une race étrangère el par un esprit étranger, qui se sont introduits en Europe pour la dominer et la dissoudre, et qui y apportent un grand mal moral et un danger matériel immense.
Un État, un peuple d'une autre origine, qui avait sa raison d'ètie et sa fonction, lui aussi, celle de porter les formes extérieures de civilisation qu'il a empruntées à l'Europe, et l'activité dont il participe, jusque dans l'extrême nord et l'extrême orient de l'Asie, et de faire entrer ces vastes régions stagnantes dans le mouvement général du monde moderne, cet État et ce peuple, disons-nous, dédaignent leur rôle légitime pour les rêves gigantesques d'une malsaine ambition : loin de prendre appui moral sur l'Europe, tout en restant différents de l'Europe, pour modifier, dans l'intérêt général, ce qui leur est actuellement inférieur, le monde de la race jaune, le monde mongol et chinois, ils se sont retournés vers l'Europe et contre l'Eui'ope pour la dominer elle-même, elle, leur supérieure el leur initiatrice, à laquelle ils ne peuvent rien apporter ni rien apprendre, et ils poussent, par leur action perturbatrice, tout l'ancien hémisphère à des catastrophes incalculables.
' Nous ne parlons pns ici des petits États mixtes ou intermédiaires; mais nous ne contestons nullement ni l'utilité ni le droit de leur existence.
Le dangereux disciple de l'Europe est aujourd'hui son ennemi, son péril suprême.
Nous posions tout à l'iieure, dans notre préface, la question : Qu'est-ce que l'Europe et qu'est-ce que la Russie? et nous tâchions de résumer la réponse en quelques lignes.
C'est cette réponse que nous allons développer en un volume.